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Les critiques de Julien Brnl
Plaire, Aimer et Courir Vite
Réalisateur(s) : Christophe Honoré
Article mis en ligne le 9 juillet 2018
dernière modification le 26 juillet 2018

par Julien Brnl

➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux - Sortie du film le 27 juin 2018

Signe(s) particulier(s) :

  • sélectionné en compétition officielle lors du Festival de Cannes 2018 ;
  • le titre du film provisoire était « Plaire, Baiser et Courir Vite », tandis que c’est Louis Garrel qui devait au départ donner la réplique à Vincent Lacoste, avant d’être finalement remplacé (pour raison inconnue) par Pierre Deladonchamps ;
  • l’écrivain, réalisateur, scénariste, dramaturge et metteur en scène français Christophe Honoré s’est senti animé d’une forte envie d’écrire une histoire entièrement originale à la première personne, évoquant le Sida ou son combat, sans pour autant la destiner forcément au cinéma, mais en se servant de la fiction pour revivre l’étudiant qu’il était au début des années nonante, ainsi que faire exister la figure littéraire masculine qu’il aurait tant rêvé de rencontrer.

Résumé : 1990. Arthur a vingt ans et il est étudiant à Rennes. Sa vie bascule le jour où il rencontre Jacques, un écrivain qui habite à Paris avec son jeune fils. Le temps d’un été, Arthur et Jacques vont se plaire et s’aimer. Mais cet amour, Jacques sait qu’il faut le vivre vite.

La critique

Avec un titre de film comme celui-là, impossible de ne pas déjà ressentir une certaine forme de luminescence s’en dégageant, et un sentiment de vie, et d’amour. Après le choc « 120 Battements par Minutes » l’année dernière (pour rappel notamment récompensé au Festival de Cannes et aux César du cinéma), le moment était plus que propice pour Christophe Honoré de mettre également en images les années SIDA, les ayant toutes aussi marquées que celles de Robin Campillo. Pourtant, la différence s’arrête là, étant donné que « Plaire, Aimer et Courir Vite » est un combat intime et non militant, et surtout une grande histoire d’amour, impossible.

On sent d’emblée Christophe Honoré inspiré par ces années racontées, filmées dans sa Bretagne natale, et reconstituées avec une photographie doucement bleuâtre, tandis que l’action se situe davantage en intérieur qu’à l’extérieur. Il s’en dégage une forme de nostalgie de vie, surtout envers une jeunesse révolue en termes d’âge, mais qui ne l’est pas tout à fait pour son auteur. C’est donc avant tout un film qui s’imprègne de la personnalité de son réalisateur, ainsi que des thèmes prédominants de son œuvre, tels que le suicide, l’inceste, les secrets de famille, ou encore le SIDA. « Plaire, Aimer et Courir Vite » résonne alors quelque part comme un film revitalisant par la sincérité qu’il dégage au niveau du traitement de son histoire d’amour, prenant à contre-pied son titre faussement rhétorique, étant donné que son histoire est inévitablement dramatique.

Christophe Honoré peut remercier son trio d’acteurs formidables, qu’il dirige d’ailleurs avec beaucoup de subtilité, notamment envers Vincent Lacoste qui n’avait jusque-là pas l’habitude de jouer avec la nudité. C’est d’ailleurs lui qui touche le plus dans son rôle d’Arthur, entre l’insouciance de sa jeunesse, son incapacité à voir plus loin que le lendemain, et son assurance. C’est d’ailleurs par cette dernière qu’il réussira à réanimer la flamme amoureuse qui sommeille en Jacques, incarné par Pierre Deladonchamps. Mais au contraire d’Arthur, Jacques sait que cet amour n’est pas, ou plutôt plus autorisé, alors qu’il se sait condamner par la maladie.

« Plaire, Aimer et Courir Vite » nous immerge alors dans le quotidien de ces deux hommes, l’un au début de sa vie, entre ses études, son secret et ses amis, et l’autre à la fin, entouré de son fils, de son amant, de son fidèle voisin, et de ses textes exutoires. Honoré leur permet des moments bercés par leur histoire d’amour irréversible, mélancolique, et intense. Pourtant, c’est bien d’un film qui parle du refus plutôt que de la vie dont il est ici question, et qui illustre les détours parfois nihilistes que l’on peut y prendre afin d’empêcher une nouvelle souffrance à en devenir. Malgré ce titre, ce film est un mélodrame dont l’issue est incertaine, elle qui se laisse entrevoir par l’aspect pudique des sentiments partagés, jamais avec pathos, mais plutôt dans la retenue et le partage.

Pourtant, s’il y a bien une chose que l’on regrette au sein de cette idylle fragile, c’est l’aspect trop littéraire des dialogues écrits par le scénariste et réalisateur, lui qui a directement puisé dans des textes et livres de sa jeunesse. Certains seront dès lors sous le charme, tandis que d’autres seront noyés par ces joutes verbales illusoires, employées par les personnages dans leur quotidien, utilisant ainsi un vocabulaire trop inspiré compte tenu des événements de la réalité, pourtant dictée par une tristesse bien plus abondante qu’envisagée. Dès lors, ces figures de style alourdissent les messages, et nous éloigne de l’émotion des mots.



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