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Edouard Deluc
Pétaouchnok
Sortie du film le 09 novembre 2022
Article mis en ligne le 21 novembre 2022

par Julien Brnl

Genre : Comédie

Durée : 94’

Acteurs : Pio Marmaï, Camille Chamoux, Philippe Rebbot, Pablo Pauly, Moussa Mansaly, Olivia Côte, Délia Espinat-Dief...

Synopsis :
Fin fond des Pyrénées, deux précaires, amis devant l’éternel, ont l’idée du siècle pour se sortir de la mouise : lancer une chevauchée fantastique, à travers la montagne, pour touristes en mal de nature, de silence, d’aventure.

La critique de Julien

C’est en 2015, lorsqu’il survolait la cordillère des Andes, qu’Édouard Deluc a eu l’idée d’une comédie d’aventure collective, où deux amis, imposteurs sur les bords, organiseraient une virée au travers de celle-ci, à cheval, avec des touristes en mal d’aventure. Rapatriée au pays pour une question d’identification et de réalité tangible, l’intrigue du film se déroule finalement dans les Pyrénées, ce qui ne l’empêche pas de s’intituler « Pétaouchnok », d’après l’expression familière, synonyme de lieu lointain, perdu et difficile d’accès. Le cinéaste met alors en scène l’histoire de deux amis en situation précaire, qui ont l’impression de rater tout ce qu’ils entreprennent, dont Ludo (Pio Marmaï), féru de cheval et connaissant les Pyrénées comme personne, lui qui loue un appartenant et s’occupe de sa petite fille une semaine sur deux, bien que le compagnon de son ex-femme souhaite qu’elle en ait la garde totale, tandis que Richard (Philippe Rebbot), lui, squatte chez son ami et dort dans son divan-lit, lequel est spécialiste des tours de magie. Sauf que ces derniers ne parviennent plus à payer les soins de sa mère âgée. C’est alors qu’ils auront l’idée dudit projet, lesquels en obtiendront les fonds, à condition d’aider en retour un jeune en réinsertion sociale...

« Pétaouchnok » n’a d’autre prétention que celle de confronter un groupe d’individus issus de notre société à la dynamique d’un retour à la vie d’antan, à les inviter à se recentrer sur l’essentiel, à se retrouver eux-mêmes, et cela au travers d’une virée low-cost dans les Pyrénées. Ces personnalités - aux antipodes - vont devoir dompter du cheval et surtout se dompter les unes et les autres, mais également s’entraider, étant donné qu’elles seront forcées, à la suite de plusieurs déboires, à une situation de survie, lesquelles devront ainsi apprendre à cueillir, chasser, pécher, et se laver avec l’eau (très) froide de source, ou accepter de sentir le bourrin. Mais l’aventure qui les attend n’est pourtant rien face à la violence du monde dans laquelle elles vivent... Chaque touriste vient donc chercher ici quelque chose, à défaut d’être bien obligé de participer, à l’image d’Agnès (Camille Chamoux), qui a reçu ce voyage en cadeau, elle qui est une comédienne pas très reconnue dans le milieu, mais qui ne parvient pas à s’épanouir, tout en se prenant, d’après un des personnages principaux, pour Sophie Marceau. Fred (le Comte de Bouderbala) tente lui de partager, enfin, un vrai moment avec son fils qui l’ignore, tandis que Sophie (Olivia Côte), une assistante sociale en dépression à la suite d’un suicide auquel elle a assisté au travail, tente de passer à autre chose. Tout ce beau monde, avec leurs forces et faiblesses, vont dès lors s’apporter mutuellement quelque chose, bien aidés par une nature luxuriante, par un retour à l’état sauvage, le long de la rivière Lladura, ce qui leur permettra donc de se ressourcer, de faire un vrai pas de côté, de prendre l’air, loin d’une société où tout va trop vite...

Malgré ses messages sur la solidarité, la fraternité à toute épreuve et ses enjeux humains actuels, « Pétaouchnok » est une comédie sociale qui s’oublie aussitôt qu’elle a été vue, étant donné une écriture cousue de fil blanc, primitive, et surtout trop gentille. Tandis qu’il ne cache pas ses références évidentes aux « Naufragés de l’Ile de la Tortue » (1976) de Jacques Rozier et aux « Randonneurs » (1997) de Philippe Harel, le film de Edouard Deluc ne monte rien d’autre ici que du canasson, malgré l’épreuve de la montagne qui relie l’ensemble de ses personnages, plus ou moins cocasses, mais surtout fracturés par la vie. Même s’il se dégage de l’ensemble une certaine chaleur humaine et une bouffée d’air frais, cette comédie d’aventure improbable ne fait qu’entrelacer et survoler ses idées, dans un esprit de cohésion de groupe, et de retour aux sources. Si l’intention est louable, la promenade s’avère malheureusement toute tracée, et sans véritables embûches. À l’image de son affiche officielle, c’est donc une belle mais vaine photo de groupe...



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