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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Edward Zwick
Pawn Sacrifice (Le prodige)
Sortie le 25 novembre 2015
Article mis en ligne le 27 octobre 2015
dernière modification le 30 novembre 2015

par Charles De Clercq
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Bobby Fischer, spiderman de l’échiquier, tisse sa toile autour de Boris Spassky ! Un coup de maître de Edward Zwick ! 79/100

Synopsis : L’histoire de Bobby Fischer, le prodige américain des échecs, qui à l’apogée de la guerre froide se retrouve pris entre le feu des deux superpuissances en défiant l’Empire Soviétique lors du match du siècle contre Boris Spassky. Son obsession de vaincre les Russes va peu à peu se transformer en une terrifiante lutte entre le génie et la folie de cet homme complexe qui n’a jamais cessé de fasciner le monde.

Acteurs : Tobey Maguire, Liev Schreiber, Peter Sarsgaard, Lily Rabe, Michael Ståhlberg.

 Une « histoire vraie »

Voilà un film qui me laissait dubitatif ou interrogateur à la sortie de la projection presse, mais qui, après une heure de marche, me trouve pantois avec une impression largement positive. Pas autant que The Dark Horses qui lui aussi traitait d’une histoire réelle, également dans le milieu des échecs, à la différence cependant que l’histoire de Bobby Fischer a une dimension géopolitique et internationale que n’a pas celle de Genesis Potini !

C’est donc une « histoire vraie » que Edward Zwick adapte pour le grand écran. C’est celle de Bobby Fischer sur une durée d’une vingtaine d’années qu’il nous est donné de connaitre : du début des années 50 jusque l’été 1972, au centre sportif Laugardalshöll à Reykjavik, en Islande.Trois acteurs donneront corps à Bobby Fischer : Aiden Lovekamp pour l’enfant, Seamus Davey-Fitzpatrick pour l’adolescent… mais c’est Tobey Maguire qui interprétera l’adulte pour la plus grande partie du film. Et l’acteur est extraordinaire dans ce rôle qu’il a dû passablement préparer, à voir la comparaison entre la « fiction » et les images d’archives qui sont insérées sur toute la durée de ce long métrage. A ce sujet, les différents moyens utilisés pour fixer les images veulent rendre compte de l’atmosphère de l’époque. Ainsi, Bradford Young, le directeur photo, précise « Nous avons tourné environ 80% du film en numérique, mais nous avons également utilisé de la pellicule. Nous avons tourné en Super 16, en Bolex, en noir et blanc et en inversible. Nous avons procédé ainsi pour restituer les différentes époques du film qui se déroule sur une longue durée. Nous nous sommes dit que nous serions plus proches de la réalité si nous nous servions des mêmes pellicules qu’à l’époque où le film est censé se dérouler. »

 Un homme, une folie, deux nations

Zwick explore plusieurs thèmes :

  • la fulgurante ascension d’un passionné d’échecs, autodidacte ;
  • le développement de sa folie paranoïaque ;
  • le combat entre les Soviétiques « communistes » et les Américains qui se déplace sur un double échiquier : celui du jeu et celui de la politique médiatisée
  • et enfin, le « match du siècle », en Islande.

Si la montée en puissance du jeune joueur est intéressante, mais abordée comme un biopic classique (très ? trop ?), en revanche la paranoïa est très bien traitée et c’est d’ailleurs ce qui fait l’objet du plan d’ouverture du film qui nous fait découvrir Bobby en pleine crise dans ce que nous saurons plus tard être sa chambre d’hôtel en Islande. Pour le réalisateur tout ne se passe pas uniquement dans la tête de Bobby Fischer et sa santé mentale s’inscrit sur des faits qui vont amplifier le phénomène : « La mère de Bobby était communiste et le FBI possédait sur elle un dossier de plus de mille pages. Enfant, il était sous surveillance, et adolescent, comme il se rendait dans les pays de l’Est pour jouer aux échecs, ses faits et gestes étaient d’autant plus examinés à la loupe par le FBI. Mais il n’était pas le seul à vivre avec la peur. Boris Spassky, le champion communiste, était lui aussi prisonnier de ses propres succès. Ses angoisses, liées au fait d’incarne l’affrontement de la guerre froide à travers les échecs, renvoient tout à fait à celles de Fischer. La virtuosité du script de Steve permet de les exposer parallèlement, tandis qu’ils se lancent dans la compétition et se font écho l’un l’autre comme dans une mise en abîme ».

Le combat entre Russes et Américains est intéressant et fera la Une des médias. Les contemporains d’alors s’en souviendront probablement (il n’y avait pas d’internet à l’époque et seuls la radio, la télévision et les médias traitaient de cela) et plus encore s’ils sont fans et/ou joueurs d’échecs. « C’était le début de l’âge d’or des médias. Durant une période de trois-quatre mois en 1972, il a peut-être été la personne la plus célèbre au monde. D’une certaine manière, il est un des premiers héros punk : c’était quelqu’un de difficile et d’arrogant, et qui se fichait pas mal de ce que les autres pensaient. Il a pu se comporter ainsi, car il était extrêmement doué pour ce qu’il faisait. » Les médias se faisaient l’écho des exigences de Fischer et certains les trouvaient totalement saugrenues à tel point que certains Occidentaux prenaient parti pour Spassky qui incarnait la constance, la quiétude, la force tranquille et le fair-play face aux extravagances de l’américain !

 Le match du siècle en Islande

Le film consacré également une large part au fameux match du siècle. Celui-ci est largement connu des joueurs d’échecs et l’on trouvera même dans cet article la reprise et le diagramme des principales parties du Championnat du monde de 1972. Toute l’intelligence du film (mais peut-être une faiblesse) est de présenter ce match comme un thriller, d’une certaine façon comme le fait Robert Zemeckis dans son film The Walk où il présente la préparation de l’exploit de Philippe Petit comme celle d’un casse. Dans l’un et l’autre film, nous sommes censés savoir quelle sera la fin. La surprise n’est donc pas dans celles-ci, mais dans le chemin pour y conduire. Si faiblesse il y a, c’est parce que le spectateur peut se sentir exclu du « jeu ». S’il ne connait pas vraiment les échecs, nombre d’éléments de l’intrigue et des parties lui seront incompréhensibles. En revanche, le joueur pourra être déçu de n’en pas voir assez, lui qui connait peut-être par cœur les différentes parties qui sont jouées, pour qui les ouvertures citées n’ont pas de secrets. Qu’on ne se méprenne pas ! L’en-jeu (sic) et le challenge étaient difficiles à tenir et la faiblesse est compensée par la manière dont le match est filmé, se concentrant sur les attitudes, les mimiques, les mouvements des deux « acteurs » sur le terrain !

Deux acteurs en effet, car face à Tobey Maguire, qui arrive à nous faire oublier l’homme-araignée, il y a Liev Schreiber, impérial dans son interprétation de Boris Spassky. L’acteur, malgré ses origines, ne parle pas le russe et a dû l’apprendre. « Il a travaillé avec un professeur russe pour apprendre ses répliques et il était si bon que les russophones sur le plateau en étaient bouche bée » précise le réalisateur alors que Liev ajoute : « Jouer dans une autre langue est très déconcertant et il a été difficile de ne pas penser comme un Américain. » !
Les seconds rôles sont également importants et ajoutent à la densité du récit. Face à l’équipe soviétique richement dotée en personnes et en conditions de logement, de transport, Bobby ne peut compte que sur une équipe de deux : le Père Bill Lombardy, joué par Peter Sarsgaard, et Paul Marschall, son manager et avocat, incarné par Michael Stuhlbarg. Selon Steven Knight, le scénariste, « Lombardy était un prêtre joueur d’échecs, l’un des meilleurs en Occident à l’époque. Il avait aussi été souvent battu par des joueurs de l’Est. Sa dignité et sa compassion sont vraiment évidentes tout au long du film. Il était très préoccupé par la santé mentale de Bobby et était pour lui un véritable ami. Il a été probablement l’un des premiers à comprendre que Bobby était en train de réinventer les échecs. Pour lui, quoi qu’il arrive, cela en valait la peine, ne serait-ce que pour la beauté du jeu ».

 Le sacrifice d’un pion, pas un prodige !

Pour conclure, c’est d’abord le fan d’échecs que j’étais à l’époque (passion qui s’est accrue avec l’apparition des jeux d’échecs électroniques) qui a été séduit et emballé par le film. Ensuite, le cinéphile a embrayé, mais regrette un scénario peut-être un peu trop classique qui ne change pas radicalement le genre biopic et se demande qu’elle sera la cible du film. En effet, ceux qui ne sont pas passionnés par les échecs risquent de rester en deçà du film, au bord de l’échiquier, comme ces spectateurs que Bobby Fischer ne voulait pas trop près de lui. Ce spectateur est donc invité à la patience (de rigueur aux échecs quand il ne s’agit pas d’une partie « rapide »). Il découvrira alors d’autres enjeux de la guerre froide ; la passion et la folie d’un homme (sa déchéance ne sera évoquée que par des mentions textuelles à la fin du film et quelques images d’archives) ; un combat qui est un véritable sport et qui demande autant d’énergie et de concentration que pour d’autres, bien plus physiques. Enfin, le cinéphile et fan d’échecs regrette amèrement le titre en français, Le prodige ! Quel dommage de ne pas avoir traduit littéralement par « Le sacrifice du pion » ! Cela aurait permis de mettre l’accent sur deux dimensions essentielles de ce long métrage. C’est qu’il y est question d’un terme très échiquéen, à savoir sacrifier un « simple » pion, le perdre, le proposer à l’« ennemi » pour en acquérir un avantage plus tard. C’est ensuite, le sacrifice d’un homme qui sera lui aussi un « pion » sur l’échiquier du combat de grandes nations. Regrettable donc !

 Illustrations et bande-annonce


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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