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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE est le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour RCF.

Adil El Arbi et Bilall Fallah
Patser (Gangsta en France)
Sortie le 24 janvier 2018
Article mis en ligne le 11 janvier 2018
dernière modification le 30 janvier 2018

par Charles De Clercq
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Patser, un film qui a du peps, « qui se la pète » et l’assume totalement... va diviser les critiques.
Nous avons « kiffé grave » sur ce 3e film et en proposons un commentaire très personnel. 84/100

Synopsis : Le parcours de quatre jeunes glandeurs du quartier ‘t Kiel à Anvers, prêts à tout pour devenir des légendes du grand banditisme. Ils foncent tête baissée en plein dans une guerre des gangs dont les enjeux les dépassent largement, et déclenchent malgré eux un cyclone d’emmerdes qui aura des répercussions jusqu’en Colombie.

Acteurs : Gene Bervoets, Jeroen Perceval, Matteo Simoni, Axel Daeseleire, Hans Royaards

 Après Black, casser l’Image !

Que voilà un film qui ne laissera pas indifférent. Autant dire que cela passe ou que cela casse pour un film réalisé par Adil El Arbi et Bilall Fallah à qui l’on doit Image (2014) et Black. Ce dernier était... le premier film que nous avions vu, très tôt en vision presse, le 10 septembre 2015. Bien que nous ayons largement passé l’âge d’user de cette expression, nous avions kiffé grave sur ce film que nous avons loué d’emblée de fin de projection alors même que nombre de nos confrères étaient dubitatifs. Certains parlaient même - et ils semblaient sincères - de clichés. Ce n’est pas ce que nous pensions après avoir vu le film et plus encore après avoir découvert d’où celui-ci venait. A tel point que nous avons reçu en radio les deux réalisateurs et les deux acteurs principaux. Occasion aussi d’entendre ces ceux protagonistes, black et arabe (comme on dit) pour qu’ils expriment ce qu’ils avaient sur le cœur d’avoir tourné ce film tiré d’un livre qu’eux-mêmes connaissaient et pour cause, il fait partie de leur cursus. Des choses avaient été dites, criées, vociférées, avaient flammé sur les réseaux sociaux et surtout par des personnes qui n’avaient pas vu le film et encore moins lu les livres que les réalisateurs avaient adaptés. Une controverse tournait autour du traitement différent réservé au viol de Mavela sur lequel on insistait beaucoup trop lourdement. Or c’est ce qui est dans le livre écrit du point de vue de Mavela et cela a été confirmé par Martha Canga Antonio qui jouait son rôle (Lien vers l’interview de celle-ci et de Aboubakr Bensaihi qui interprète Marwan). Alors que les réalisateurs ont maintenant acquis une renommée au-delà de l’Océan, ont été primés dans plusieurs festivals, des critiques ont jeté un autre regard sur Black, quitte à changer de cap à 180 degrés ! Une métanoïa, littéralement donc.

 Plein les yeux et les oreilles !

Au sortir de la vision presse notre enthousiasme était toujours présent, malgré plusieurs voix qui démolissaient le film y voyant la pire mauvaise copie du cinéma américain dans ce qu’il a de plus négatif. Sans compter que s’exprimait chez certains la crainte que les marocains soient (encore plus) mal vu qu’avant ! Autant dire que la polémique va naître et s’amplifier. Et nous pouvons comprendre que le film divisera certainement et dérangera probablement. Nous sommes pratiquement en mode jeu vidéo avec une bande-son qui devrait crisper les plus de 20/25 ans. Le spectateur en a plein les mirettes au niveau des images et il sera immergé dans un monde sonore tel que celui que les jeunes habitent lors de leurs soirées en « boîtes » (si c’est encore le vocabulaire utilisé !). Bien plus, le film se la joue « sept péchés capitaux ». Non pas tellement en référence à Se7en de David Fincher (quoique !) mais plutôt en mode jeu vidéo avec sept niveaux avant d’arriver (ou pas) au game over. Et autant l’écrire, un jeu qui est cent coudées au-dessus de Jumanji : Welcome to the Jungle (Bienvenue dans la jungle). Péché par péché, palier par palier, ces patsers (on pourrait traduire par « ceux qui se la pètent ») vont mettre le doigt, le nez, les yeux dans des affaires qui ne les concernent pas.

 Les barons de la drogue !

Ce sous-titre est un clin d’oeil volontairement malicieux à l’un des scénaristes, Nabil ben Yadir, que nous avions interviewé à l’occasion de son film Dode Hoek (Angle mort). On lui devait, dans un tout autre genre, Les barons. Souvenez-vous du pitch : tous humains nait avec un certain nombre de pas avant qu’il ne meure. Dès que vous avez atteint le seuil fatidique, tout est dans le mot, vous passez de vie à trépas ! Du coup, la seule solution : glander. Et cela se retrouve ici dans Patser. Non pas tellement que la vie se termine au bout d’un certain nombre de pas (ou d’une activité trop intense)... quoique ! Mais qu’il s’agit plutôt ici et surtout de glander. De se faire du fric... à ne rien faire, ou plutôt facilement. En jouant dans la cour des grands. Et s’agissant de jeu, ces quatre jeunes anversois y connaissent quelque chose, eu qui se connaissent bien depuis l’enfance et ont joué ensemble. Mais pour jouer dans la cour des grands, il faut connaître les règles du jeu et il se pourrait bien que, de niveau en niveau, l’on en vienne à ne plus pouvoir maitriser les choses. Et un battement d’aile de papillon pourra provoquer une tempête colombienne. Ce ne sera pas les barons en Amérique (du sud) mais en Afrique du Nord, au Maroc donc, mais pas que... à Amsterdam aussi.

 Les curseurs au maximum !

Le spectateur qui entrera dans le jeu et en acceptera les règles... pour jouer le jeu donc... ne sera pas déçu car les curseurs de l’action, de la musique, des images (à l’écran) et des « images » que l’on se fait des différents protagonistes : marocains, noirs, algériens, de la drogue, des policiers, racistes et issus de l’immigration marocaine sont poussées à saturation. Certains crieront probablement aux clichés mais telle n’est pas notre lecture, nous y reviendrons. C’est que nous sommes ici non seulement en mode jeu vidéo comme nous l’écrivions plus haut mais aussi quasiment en format bande dessinée. Le too much et assumé et fait partie de la culture du film. Un long-métrage qui s’adresse essentiellement (mais pas seulement) aux adolescents à tel point que certains se poseront des questions sur l’impertinence de choisir une telle cible. Quels mauvais exemples pour les enfants et les jeunes ! Quelles images retiendront les uns et les autres ? Vous voulez que l’on se batte en rue et entre clans ? C’est dans le don assumé du film qu’il faut chercher la réponse.

 Une intelligente autodérision !

Le film ne se prend pas au sérieux mais il est loin d’être comique ou d’appartenir au genre comédie. Outre que les réalisateurs filment très bien Anvers (entre autres), les jeunes acteurs ont joué le jeu. Nous sentons qu’ils habitent leurs rôles et, en même temps, qu’ils ne se prennent pas au sérieux, tout comme l’intrigue et le scénario (dont nous ne spoilerons aucun élément) ainsi, petit exemple parmi d’autres, le bandeau noir sur les yeux colombiens (à découvrir à l’écran donc). Patser qui montre l’amitié depuis l’enfance jusqu’à l’adolescence et l’âge adulte, joue des codes et se joue de ceux-ci pour montrer une jeunesse désoeuvrée, la rivalité entre bandes (pour se la jouer patser, on pourrait ajouter « mimétique » et parler de mimésis acquisitive pour faire référence à la Mimesis et la violence chez René Girard [1]). Il y aurait aussi une sortie de route alternative à laquelle on peut croire (genre : vous voyez les kids, ce n’est pas bien) à moins que tout est mal qui finit mal parce qu’il n’y aurait pas de happy end et qu’il faut une question posée au spectateur en brisant (peut-être) le quatrième mur pour lui dire que pour ne pas foncer entre celui-ci il faut choisir entre droite et gauche... Ou plutôt... qu’il fallait. Parce que c’est sûr, il n’y a pas de machine à remonter le temps... sauf peut-être une caméra qui nous fera découvrir quelques clés antérieures pour comprendre l’action...
Enfin, le film pose quelques questions éthiques et politiques. Ainsi pour ces dernières, quelques références à Anvers et à son bourgmestre (dont le nom n’est pas cité), à des hommes politiques ou du monde judiciaire... à leur face d’ombre, à ceux qui œuvrent tel des janus bifrons...

Et enfin, quant à ceux qui auraient quelques sursauts éthiques [2] sur la drogue, les bandes, Adamo (Matteo Simoni, excellent, tout comme les autres acteurs) pose en voix off la question qui dérange : et vous continuer à acheter des vêtements fabriqués par des enfants esclaves au Bangladesh (et on peut ajouter les smartphones et ordinateurs en d’autres endroits du monde) ?

 Bande annonce :

Notes :

[1(même si ce que nous écrivons ici est probablement juste !)

[2(et nous pensons - ce qui n’est pas évoqué dans le film - aux réactions outragées par rapport à des réfugiés soudanais expulsés)


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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