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CINECURE est le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour les radios RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Les critiques de Julien Brnl
Patser
Réalisateur(s) : Adil El Arbi & Bilall Fallah
Article mis en ligne le 26 avril 2018
dernière modification le 29 juillet 2018

par Julien Brnl
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Voilà un film qui fait du bien à notre paysage cinématographique belge. Sur base d’un postulat archi-rabattu, il emprunte à la culture pop pour nous partager un moment de cinéma nerveu comme jamais, pour lequel les metteurs en scène ont pleinement conscience de leur savoir-faire. C’est un exercice de style parfois brouillant et épileptique, mais non dénué de propos, véhiculés à la manière du duo, dans leur univers. Voilà qui nous (et leur) réserve de bonnes choses à venir, tout comme à Matteo Simoni, fabuleux de générosité dans son rôle. Allez, on peut le dire : « Patser », c’est de la bonne ! 14/20

➡ Vu au cinéma Acinapolis Jambes - Sortie du film le 28 février en Wallonie (24 janvier 2018 ailleurs)

Signe(s) particulier(s) :

  • troisième long-métrage du duo de réalisateurs flamands d’origine marocaine Adil El Arbi et Bilall Fallah, après « Image » (2014) et « Black » (2015) ;
  • « Gangsta » est le titre choisit pour l’exploitation du film chez nos voisins français, où il est sorti ce même jour.

Résumé : Anvers. Quatre amis d’enfance, fan de Scarface et petits dealers se rêvent en futurs parrains du crime organisé. Mais leur légende se transforme en cauchemar quand ils volent un chargement de cocaïne, déclenchant la guerre avec un baron de la drogue à Amsterdam et les cartels colombiens.

La critique

  • Sorti cette semaine-ci dans le strict anonymat en Wallonie, « Patser » est déjà le troisième « joujou » du (désormais inséparable) duo flamand formé par Adil El Arbi et Bilall Fallah, après le sulfureux « Black », interdit de sortie en France. Souvenez-vous, ce dernier avait créé des tensions et échauffourées au Kinepolis Bruxelles lors de ses diffusions, étant donné le sujet brûlant du film, soit les relations conflictuelles entre des bandes urbaines bruxelloises... Cela dit, le film n’a pas du tout souffert de cette affaire (que du contraire), étant devenu un sacré succès dans nos salles. D’ailleurs, grâce à ce film, le duo s’est vu approcher par la Paramount, en vue de réaliser « Le Flic de Beverley Hills 4 ». Faute de problèmes financiers du studio, le projet est en stand-by. Mais c’est bien sur « Bad Boys 3 » que le duo s’attelle actuellement, bien occupé à la réécriture du script, en espérant qu’il plaise à Will Smith, ainsi qu’au distributeur du film...

Ayant bien compris la leçon quant à l’exploitation quelque peu houleuse de leur précédent film, le duo nous présente aujourd’hui « Patser », bien plus grand public, même s’il côtoie toujours ici les mêmes thématiques, dans un milieu (une fois de plus) peu prisé, soit celui des gangsters anversois (appelés des « patsers »), et du trafic de drogues via le port de la ville.
Qu’à cela ne tienne, ce que le cinéma des deux cinéastes a pesé en violence psychologique gagne ici en énergie, et en créativité.

Nous voilà donc en compagnie de quatre inséparables amis d’enfance, du genre à passer les journées entières ensemble, et à répéter inlassablement les mêmes habitudes, sans véritable autre ambition dans la vie que celle de devenir « patser », soit une figure de proue à la Tony Montana, dans leur quartier anversois, afin d’être respecté par le milieu. Autrement dit, Adamo et ses amis rêvent d’une réalité qu’ils auront vite eu tort de déformer, après avoir volé un chargement de cocaïne ne leur appartenant pas, déclenchant, au passage, une véritable guerre de gangs...

Méconnaissable, Matteo Simoni (vu dans « Marina » de Stijn Coninx) interprète ici Adamo, le personnage principal autour duquel va se centrer cette intrigue assez classique, soit un petit flambeur du genre à faire sa petit frappe devant son miroir, une arme à la main, torse nu et la casquette à l’envers, mais, à contrario, se masturber en cachette en pensant à son amie Badia (la seule fille du quatuor), bien trop fier pour avouer de quelconques sentiments. L’acteur flamand porte avec fureur ce rôle codifié, mais auquel il apporte un caractère naïf attachant, malgré ses erreurs de parcours. On adore tout simplement Adamo.
À côté de ce dernier, même si le développement des autres personnages n’est pas aussi creusé (ou s’égare en chemin), les scénaristes nous permettent de cibler très vite ceux à qui on a à faire. Mais surtout, « Patser » se dévoile avant tout comme un film qui parle de la jeunesse (désœuvrée) et de l’amitié, et des liens indéfectibles qui en sont liés. On apprécie ainsi suivre les péripéties d’Adamo, ce keket, non pas des plages, mais d’Anvers, qui se rêve d’une vie à la « Scarface », et qui s’en donnera les moyens. Mais comme on dit, « qui fait le malin, tombe dans le ravin » !

S’il n’est pas très mature, « Patser » nous offre pourtant un discours sur le destin, et ce que nous faisons pour le brusquer. Dans son optique, le film ne prend jamais la grosse tête, ni ne cherche à conscientiser ou juger ses personnages, mais se contente de les aimer, malgré leur caractère peu recommandable.

Mais là où Adil El Arbi & Bilall Fallah permettent à leur film d’exister au-delà de ses lignes (sans grandes surprises dans leur genre), c’est dans la mise en scène. Pour le coup ultra référencé, leur film est une pile électrique qui ne cesse d’étonner le spectateur par son visuel qui ne ménage ni sur les couleurs pop et les néons, ni sur les effets de style propres aux personnages racontés. Ainsi, on se ravit d’y découvrir notamment une partie de Tetris, grandeur nature, en lien avec les parties de console auxquelles s’adonnent nos anti-héros. Sans parler de cette coke tamisée au son du « Tombe de Neige » de Salvatore... Adamo, où encore ce pré-générique final magnifiquement emballé ! Bref, on « kiffe sa race », d’autant plus avec une bande-originale concoctée avec soin !

Outre ses bonnes idées de mise en scène, « Patser » souffre de quelques longueurs narratives, tout comme d’un règlement de comptes final qui rappelle un peu trop celui de leur précédent film, donnant ainsi l’impression d’avoir déjà vu cela. Aussi, les mésaventures des personnages sont rythmées par un découpage peu rebondissant autour des sept péchés capitaux, ce qui a tendance à en rajouter encore un peu plus à leur cocktail, déjà bien garni. Enfin, le doublage francophone est tout simplement catastrophique, et gâche la qualité de l’immersion dans cet univers flamboyant, à esthétique très inspirée par l’univers de ses personnages. Alors, par pitié, voyez-le, mais en version originale sous-titrée !



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