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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Quentin Tarantino
Once Upon a Time in Hollywood
Sortie du film le 14 août 2019
Article mis en ligne le 24 août 2019

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • neuvième film studio de Quentin Tarantino, lequel a été présenté en compétition au Festival de Cannes 2019, tandis qu’il a reçu la Palm Dog, trophée décalé récompensant le meilleur chien du Festival de Cannes, pour le pitbull Brandy, appartenant dans le film au personnage de Brad Pitt ;
  • au casting du film, on retrouve la dernière apparition de Luke Perry dans un film, célèbre acteur de Beverly Hills ayant trouvé la mort en mars 2019 suite à un accident vasculaire cérébral ;
  • la fille de Bruce Lee, Shannon Lee, a fait savoir qu’elle est très mécontente de la représentation de son père dans le film, qui prétend « ll est montré comme un trou-du-c** arrogant qui brasse de l’air (...). C’était très désagréable de m’asseoir au cinéma et d’entendre les gens se moquer de mon père. » ;
  • l’acteur australien Damon Herriman incarne ici Charles Manson, rôle qu’il tiendra également dans la saison 2 de la série Netflix de David Fincher « Mindhunter » ;
  • premier film de Tarantino à ne pas être associé au producteur Harvey Weinstein, tandis que Sony Pictures en a obtenu les droits de distribution après avoir satisfait à plusieurs conditions de Tarantino.

Résumé : En 1969, la star de télévision Rick Dalton et le cascadeur Cliff Booth, sa doublure de longue date, poursuivent leurs carrières au sein d’une industrie qu’ils ne reconnaissent plus.

La critique de Julien

Il en avait tant rêvé, et il l’a fait. Quentin Tarantino revient avec un neuvième film (et dernier ?) pas comme les autres, lequel a d’ailleurs été présenté en mai dernier au Festival de Cannes, en compétition officielle. Un Tarantino est déjà un événement en soi, mais quand on sait qu’il compte notamment à son casting les acteurs Leonardo DiCaprio, Brad Pitt ou encore Al Pacino, l’attente ne pouvait être que encore plus énorme. Et c’est sans compter sur son scénario, classé top secret jusqu’à la sortie du film (excepté pour ceux l’ayant découvert en festival), que Quentin Tarantino n’avait alors conservé qu’un seul exemplaire, chez lui, et que seuls Leonardo DiCaprio et Brad Pitt avaient pu lire entièrement. Et il faut dire que le pitch de « Once Upon a Time… in Hollywood » avait de quoi intriguer, et surtout lorsque l’on connaît bien le cinéma de l’enfant terrible qu’est ce réalisateur !

Et il n’est à vrai dire question que de cela dans ce film, soit du septième art, et plus précisément de celui des années soixante, et de l’amour que lui portait le cinéaste, tout comme de la manière dont on le vivait à Hollywood, en 1969, alors en pleine transformation, à l’aube du « Nouvel Hollywood ». Période révolue, Tarantino nous fait vivre ses derniers instants au travers du quotidien de Rick Dalton (DiCaprio), la star fictive déclinante de la série télévisée western « Bounty Law », et de sa doublure Cliff Booth (Pitt), tandis que le mouvement hippie est à son apogée (manifestations contre la guerre du Viêt Nam, Woodstock, etc.). Aussi, on savait que l’histoire aurait pour toile de fond l’assassinat (à la date du 09 août 1969) de l’actrice Sharon Tate (Margot Robbie), épouse du cinéaste franco-polonais Roman Polanski, alors enceinte de huit mois, et cela par trois membres de la « Famille Manson », une secte hippie dirigée par le gourou Charles Manson.

D’emblée, Quentin Tarantino nous plonge avec contemplation dans un univers à part entière, tel qu’on ne l’avait encore vu au cinéma, soit les coulisses du déclin du « Vieil Hollywood ». Même si le duo principal est purement inventé pour les besoins du film (bien que notamment inspiré de la relation entre l’acteur Burt Reynolds et son cascadeur Hal Needham), tout (ou presque) a véritablement existé, quitte à perdre les spectateurs dans son océan de références en feu, c’est-à-dire des endroits filmés aux extraits de films montrés, en passant par la multitude de protagonistes dont ils croiseront la route (qu’ils aient été renommés ou non). C’est l’une des premières folies de ce film, soit de parvenir à (nous) faire revivre ces lieux, ces personnages, ces films, ces séries mythiques. Mine de rien, si Tarantino réinvente ici la réalité dans le dernier segment de son hommage, il lui fait preuve d’une énorme fidélité, forcément très appréciable, lorsqu’il évoque l’Histoire du cinéma. Lui et son équipe sont d’ailleurs parvenus à modifier numériquement certaines scènes de classiques et leurs acteurs principaux, afin de les remplacer par Rick Dalton, et cela notamment dans un épisode de la série « FBI » (créée par Quinn Martin et Philip Saltzman, de 1964 à 1974), mais aussi dans le film d’espionnage italien « Death on the Run » (de Sergio Corbucci, 1967), où le visage de Dalton est remplacé sur celui de Ty Hardin, ou encore dans « The Great Escape » (de John Sturges, 1963), dans lequel Dalton remplace Steve McQueen, sous les traits d’Hilts. On y croirait dur comme fer, tellement la reconstitution est méticuleuse, des décors (boulevards, enseignes, plateaux de tournage, etc.) aux costumes, en passant par les accessoires, sans oublier la bande-originale, surpuissante. De plus, dans son optique de filmer l’acteur jouer l’acteur, le cinéaste nous en dit beaucoup sur ce métier et sa dure réalité, lorsque vient le moment de laisser place à la nouvelle génération, et donc à faire ses adieux, ou bien accepter des rôles non-souhaités... Tel que son titre l’indique, le film raconte l’avènement d’un nouveau monde, baigné par la contre-culture hippie, mais qui est elle littéralement vue ici d’un mauvais œil…

Alors que l’alchimie entre DiCaprio et Brad Pitt coule de source, et que le premier nous offre un show à la hauteur de ses meilleures interprétations, on ne peut pas en dire autant de la multitude de seconds-rôles qui font uniquement ici office de figuration. Mais comment passer à côté de l’interprétation de Mike Moh dans la peau de Bruce Lee, sur le plateau du tournage de « The Green Hornet » (créée par George W. Trendle et Fran Striker, de 1966 à 1967), qui représente à elle seule un ressort comique évident, lequel fait d’ailleurs polémique. De plus, réputé par certains comme misogyne, Tarantino filme aussi cette période au travers du regard de l’homme, tandis que la femme est indirectement considérée tel un objet, à l’image du rôle de Margot Robbie, dans la peau de Sharon Tate, laquelle ne prononce même pas cinquante mots durant toute la durée du film, ou encore de celui de Margaret Qualley, dans le rôle d’une jeune auto-stoppeuse peu habillée, et appelée « Pussycat ». Sans compter sur la fixation de Tarantino pour les pieds dénudés féminins, alors que ceux de ses deux (anti-)héros sont toujours bien couverts, même si le nombre de gros plans, dessus, se comptent par dizaine.

Aussi, la violence n’est jamais bien loin dans un film du réalisateur, et encore moins dans ce film, à une époque où l’on pouvait encore tabasser à sang du hippie. En témoigne le final, dont on commence à être habitué de la tournure chez Tarantino. Sans rien en révéler, on se demandait comment cette histoire, dans laquelle il ne se passe finalement pas grand-chose, allait se terminer, et surtout ficeler les deux bouts. Et à notre plus grande surprise, un sentiment de trop peu en ressort, mais du bon côté de la chose, dans le sens où le réalisateur parvient à éviter un certain voyeurisme circonstanciel et détourner nos attentes, pour alors en exploiter une évocation raccord avec sa vision mélancolique et onirique du cinéma d’antan. Car c’est aussi ça le cinéma, soit sa force d’évoquer ce qui a été, comme ce qui n’a pas été, ou ce qui aurait pu être. A côté de cela, ce final, d’un point de vue plus formel et historique, peut dérouter par son parti-pris irrespectueux, tandis que certains n’y verront qu’une décharge de violence inouïe venant conclure près de trois heures de souvenirs ultra-référencés, lesquels ne pourront satisfaire qu’aux initiés...

« Once Upon a Time... in Hollywood » nous raconte bien une histoire, voire un conte. Mais en choisissant de nous parler davantage d’une époque plutôt que d’enjeux fictifs réels, tout en plaçant son récit dans une toile de fond plutôt délicate à aborder, le nouveau Quentin Tarantino laissera un grand nombre de spectateurs aussi endormis, touchés ou choqués par sa vision de cinéaste des propos en question, elle qui est loin d’être innocente, et imprégnée par ses (mauvaises) habitudes et son immaturité.



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