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Pascal Elbé
On est fait pour s’entendre
Date de sortie : 24/11/2021
Article mis en ligne le 30 octobre 2021

par Charles De Clercq

Synopsis : Antoine semble n’écouter rien ni personne : ses élèves (qui lui réclament plus d’attention), ses collègues (qui n’aiment pas son manque de concentration), ses amours (qui lui reprochent son manque d’empathie)... Et pour cause : Antoine est encore jeune mais a perdu beaucoup d’audition. Sa nouvelle voisine Claire, venue s’installer temporairement chez sa sœur avec sa fille après la perte de son mari, rêve de calme et tranquillité. Pas d’un voisin aussi bruyant qu’Antoine, avec sa musique à fond et son réveil qui sonne sans fin. Et pourtant, Claire et Antoine sont faits pour s’entendre !

Acteurs : Pascal Elbé, Sandrine Kiberlain, Manon Lemoine, Emmanuelle Devos, Valérie Donzelli, François Berléand, Marthe Villalonga

L’acteur Pascal Elbé passe pour la troisième fois de l’autre côté de la caméra. Après un drame et un polar il se lance dans la comédie. Tout comme dans Tête de turc, son premier long, il est à la fois réalisateur, scénariste et acteur. Le sujet ? Ce sont ses enfants qui lui ont suggéré : partir de sa malentendance ! Soit intégrer un élément de sa vie personnelle dans son film. A l’arrivée cette comédie française tire son épingle du jeu. C’est que Pascal Elbé a été touché par la lecture du livre La vie en sourdine de David Lodge (2008).

La comédie française peut osciller entre le meilleur et souvent le pire. Dans ce cas, On est fait pour s’entendre mérite bien son nom, d’autant plus qu’il joue sur l’ambiguïté sémantique. Et le film doit beaucoup aux deux rôles principaux, Antoine et Claire, deux cinquantenaires, interprétés par Pascal Elbé et Sandrine Kiberlain (et on notera en passant que c’est un plaisir de voir deux acteurs qui ont juste l’âge de leurs rôles !). Et si le titre laisse augurer de la fin (ce n’est pas spoiler que de l’écrire, tant il est évident, dès le début, que la situation des antagonistes va évoluer dans le bon sens.

Entretemps il nous sera donné à voir le quotidien d’une personne malentendante et le réalisateur a donc pu puiser dans sa propre expérience pour montrer à l’écran certaines situations, qu’il s’agisse des élèves qui ont l’impression de ne pas être entendus par leur professeur (et c’est donc littéralement le cas) ou des confrères qui ont l’impression qu’Antoine n’en a rien à cirer ou est en décalage par rapport à des situations qui sont relatées en conseils des profs. Il ne s’agit d’ailleurs pas uniquement de montrer mais d’entendre, ou plutôt de ne pas entendre ou de mal entendre par le biais du travail sur le son. Et si d’aventure une relation peut se construire pour autant qu’on se recontacte et que l’on n’a pas entendu le numéro de téléphone, que fait-on ?

Pascal Elbé reconnait avoir transformé le récit universel de David Lodge en « comédie romantique » même s’il ne sait pas trop ce que veut dire « romantique » à l’âge des protagonistes ! Le réalisateur désamorce lui-même la situation du malentendant (dont on peut rire ce qui n’est pas le cas de l’aveugle) lorsqu’il fait son « coming out » ! Cela lui coûte de dire, voire d’avouer qu’il n’entend pas (bien) : "Il pensait faire une confession qui aurait un effet extraordinaire ; on lui répond tout de suite : ’Je préfère vous savoir malentendant que dépressif.’. Et tout le monde passe vite à autre chose. Il est coupé dans son élan d’un aveu qui lui coûtait beaucoup, dont il s’est fait toute une histoire et il se rend compte que personne ne s’y attarde. La malentendance n’est pas un si gros handicap pour qu’il puisse prendre toute la place dans l’histoire. Le centre de celle-ci devait être la rencontre avec le duo que forment les personnages joués par Sandrine Kiberlain et sa fille dans le film... Et justement à propos de la fille de Claire, muette ou plutôt mutique depuis qu’elle est orpheline de son père. Et ce ne sera pas ici l’aveugle et le paralysé, mais le sourd et la muette ! Là aussi on pressent l’issue de leurs failles.

Mais le fil compte aussi des scènes cocasses, notamment tout ce qui tourne autour de l’aide auditive, une scène au restaurant... et bien d’autres qui posent la question de l’incommunicabilité, exacerbée ici du fait de la malentendance. Le passage du déni à l’acceptation, au vivre avec. Le film ne serait rien sans les seconds rôles : Emmanuelle Devos, Valérie Donzelli, François Berléand, Marthe Villalonga. Tous sont au service d’un récit qui, pour prévisible qu’il soit aidera à réfléchir à déficience auditive « handicapante » qui selon l’Organisation Mondiale de la Santé toucherait 466 millions de personnes dans le monde.