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M. Night Shyamalan
Old
Sortie du film le 21 juillet 2021
Article mis en ligne le 26 juillet 2021

par Julien Brnl

Genre : Thriller, horreur, fantastique

Durée : 108’

Acteurs : Gael García Bernal, Vicky Krieps, Rufus Sewell, Ken Leung, Eliza Scanlen, Thomasin McKenzie, Alex Wolff, Abbey Lee Kershaw, Embeth Davidtz...

Synopsis :
En vacances dans les tropiques, une famille s’arrête pour quelques heures sur un atoll isolé où ils découvrent avec effroi que leur vieillissement y est drastiquement accéléré et que leur vie entière va se retrouver réduite à cette ultime journée.

La critique de Julien

M. Night Shyamalan est-il un imposteur ou génie, ou un entre-deux ? En tout cas, on est à même de se demander, à la vue de son nouveau film, « Old », s’il a confiance en les grandes firmes pharmaceutiques... Libre adaptation du roman graphique « Château de sable » (paru en 2010 aux Editions Atrabile), scénarisé par Pierre Oscar Lévy et illustré par Frederik Peeters, ce thriller fantastique voit alors plusieurs familles en vacances se retrouver sur une magnifique plage isolée, grâce au propriétaire de leur somptueux hôtel. Sauf qu’ils vont rapidement constater leur vieillissement accéléré, sans réussir à s’échapper de cet endroit, alors que leurs vies entières se trouvent réduites à seulement quelques heures...

Difficile de s’accrocher à cette histoire aux prémisses très excitantes, mais dont M. Night Shyamalan, co-producteur, scénariste et réalisateur, ne sait que faire. Car en effet, une fois ces individus installés sur cette plage, « Old » n’offre rien d’autre qu’une paranoïa mortelle de groupe toute tracée, sans approfondir l’impact psychologique de l’altération temporelle que subit leur corps, alors que certains tenteront de comprendre ce qui leur arrive, tandis que d’autres essayeront de revenir en vain sur leurs pas ou de s’enfuir à la nage, ou mourront encore à la suite de la détérioration rapide de leur santé. Le cinéaste filme alors ces familles à la façon d’un ballet, enchaînant des mouvements de caméra divers, tels que des panoramiques circulaires (donnant le tournis) lors des réunions de crise, lui qui se révèle parfois virtuose dans sa manière de filmer les corps, et visages (le comble dans un film où il est compté, alors qu’on passe d’un groupe d’individus à un autre à ces moments clef). D’ailleurs, en parlant de visage, on attendait tout de même un travail de maquillage à la hauteur de la vieillesse accélérée en question. Mais force est de constater que Shyamalan, pour une question du budget de production (ou non), et petit malin qu’il est, esquive ces changements majeurs, pourtant tant attendus. Mais nous ne sommes donc pas dupes ! En effet, pour les enfants, d’une part, il parvient à cacher leur visage, en filmant leur dos, leur silhouette, alors aux moments clef de changements physiques, et cela après des ellipses de temps (le comble dans un film où il est compté, alors qu’on passe d’un groupe d’individus à un autre à ces moments clef), avant de constater, de face, qu’ils sont alors interprétés par des acteurs différents. D’autre part, pour les adultes, très peu de changements sont constatés, si ce ne sont quelques rides et cheveux gris. Et cela est très décevant en soi, cinématographiquement trop facile, et en conséquence peu crédible.

L’autre grosse déception de « Old », c’est la mise en scène superficielle, « deux de tension » et volontairement nébuleuse de son intrigue, qui ne permet en aucun cas l’empathie pour ces pauvres innocents, lesquels n’ont rien demandé d’autres que de s’offrir des vacances au soleil. Et puis, malgré l’urgence de la situation qu’il met en scène, Shyamalan se retrouve piégé par son propre récit, lequel n’a rien à offrir à son histoire adaptée qui viendra alors pimenter les horreurs vécues par ses personnages. On reste alors totalement extérieur à cette histoire, qui tourne à vide, sans ressentir la moindre émotion. Finalement, ce qui nous tient fondamentalement ici en haleine, c’est la quête de réponse à nos questions, et dès lors aux leurs, tandis que les quelques hypothèses qu’ils établiront sur les causes de leur vieillissement ne trouveront pas de réponse claire(ment scientifique), malgré quelques indices, découverts sur les lieux. Le spectateur attendra alors plus qu’impatiemment l’épilogue, en lien direct avec le prologue, lesquels n’existent pas dans le roman graphique duquel il s’inspire. Le concernant, on imagine bien Shyamalan s’être frotté les mains après l’avoir écrit, persuadé de l’effet de (faux) twist qu’il pourrait créer. Sauf que ce dernier agit comme un pétard mouillé, aussi grotesque qu’invraisemblable, et peu rassurant ! Dommage, mais on ne voit pas trop où il veut en venir...

Enfin, autant vous dire que la bande-annonce de « Old » nous trompe sur la marchandise, car il ne s’agit là en rien d’un film d’horreur. Si vous souhaitez donc y aller pour avoir peur, alors passez votre chemin. De même, si vous souhaitiez voir un peu de sang, vous n’en trouveriez, par magie, pas une seule goutte, alors que le cinéaste se montre beaucoup trop minimaliste dans ses effets, à deux exceptions (vaines) près. À vrai dire, la seule affiche du film résume à elle seule ce que vous y verrez de pire. Et c’est bien triste pour un film de genre bénéficiant d’un point de départ (très) alléchant, ainsi que d’un budget de production conséquent, mais mal utilisé...