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CINECURE
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Jean-Jacques Annaud
Notre-Dame brûle
Date de sortie : 16/03/2022
Article mis en ligne le 12 mars 2022

par Charles De Clercq

Synopsis : Le film reconstitue, heure par heure, l’invraisemblable réalité des évènements du 15 avril 2019 lorsque la cathédrale subissait le plus important sinistre de son histoire. Et comment des femmes et des hommes vont mettre leurs vies en péril dans un sauvetage rocambolesque et héroïque.

Acteurs : Samuel Labarthe, Jérémie Laheurte, Elodie Navarre, Pierre Lottin, Chloé Jouannet, Jesuthasan Antonythasan

L’événement aura tenu en haleine, non seulement des catholiques français, mais bien d’autres hommes et femmes dans l’Hexagone et partout dans le monde tant le monument a une valeur hautement symbolique. Jean-Jacques Annaud a fait appel à des acteurs moins connus du grand public pour que celui-ci entre vraiment dans le feu de l’action si l’on veut nous pardonner ce mauvais jeu de mots trop facile. Le film est non seulement un hommage à l’illustre cathédrale mais aussi et surtout aux nombreux pompiers qui se sont dévoués dans une intervention très risquée. Il était bien sûr hors de question de tourner dans la célèbre cathédrale et c’est à Bourges, dans la cathédrale Saint-Etienne, bâtie à l’origine sur le modèle de Notre-Dame de Paris, et qui est celle qui s’en rapproche le plus au plan de l’architecture que le réalisateur a placé ses caméras. Il était hors de question aussi de recourir à des effets spéciaux et l’équipe technique a reconstitué en studio une partie de la charpente millénaire et y a bouté le feu. On a aussi reproduit les couloirs, escaliers exigus et les acteurs pompiers ont eu fort à faire pour jouer dans un tel univers et rendre compte de cet événement extraordinaire. Le réalisateur ne privilégie aucune piste sur la naissance de l’incendie et toutes les hypothèses avancées restent donc ouvertes. Jean-Jacques Annaud suit les événements au plus près tout en condensant une douzaine d’heures dans deux heures de film environ. Annaud montre aussi toutes les difficultés de l’intervention et les contretemps. Hasard d’un nouveau personnel, d’instructions mal comprises, de difficultés à se rendre sur les lieux mais aussi de déployer des moyens techniques dont on ne disposait pas dans la caserne la plus proche.

Les reliques, une approche « épineuse » !

Le spectateur qui n’est pas au fait de certains tropismes du christianisme catholique sera surpris de l’attachement aux « reliques » et à leur aspect symbolique. Précisons d’emblée que tous les catholiques ne font pas une fixation sur les reliques. En revanche certains apprendront que la France s’est endettée à l’époque pour 35 ans pour acquérir la couronne du Christ. Et beaucoup seront surpris que la « relique » offerte à la vénération du public est une fausse. La « vraie » est en réalité dans un reliquaire fermé à clé qui se trouve sous la couronne offerte à la vision des fidèles ! Et pour accéder à ce coffre il a fallu pas mal de péripéties qui sont contées dans le film (où, pour ce cas-là l’accessoire a prédominé sur l’essentiel, parce que faisant partie de l’univers symbolique). Si nous guillemetons l’adjectif vraie, c’est parce que l’historicité des reliques pose problème. C’est le cas, pour ces reliques de la cathédrale : la couronne, un clou de la croix et un morceau de celle-ci. Un certain nombre de catholiques reconnaissent que si l’on rassemblait tous les morceaux de la croix l’on aurait une petite forêt et, de même pour les clous où l’on aurait largement plus que ce qui serait nécessaire. Ajoutons qu’il y a des reliques qui le sont par contact primaire avec une « vraie relique » ou secondaire, soit un contact avec une relique qui a été en contact avec celle d’origine et ainsi de suite. Par ailleurs, s’agissant de la couronne, d’autres lieux de culte dans le monde revendiquent la posséder ! Lorsque l’on découvre la « vraie couronne » l’on constate qu’elle est plus petite que celle soumise à la vénération des fidèles (elle se trouve dans un cercle cylindrique en verre (dont les diamètres du cercle et du cylindre sont largement inférieurs à la couronne visible du public). Il y a lieu de préciser pour ceux et celles qui sont peu au fait des textes évangéliques et de leurs interprétations qu’il n’y avait aucune raison de garder la croix et les clous (cela aurait été insensé à l’époque). Par ailleurs Raymond E. Brown, non suspect de révisionnisme, précise dans La mort du Messie, Encyclopédie de la Passion du Christ (2005, 1694 pages !) que la scène du « couronnement » est probablement historique. Quand à la « couronne d’épines » le mot utilisé peut prêter à plusieurs lectures. Celle, habituelle qui voit akantha (épine, qui a été privilégiée lorsque le courant doloriste s’est amplifié) et celle d’akanthos qui fait référence à la plante d’acanthe, celle-là même qui orne les chapiteaux corinthiens (sans épine mais, dans le cas présent, en signe de dérision). L’insistance se fait également sur le sauvetage du ciboire contenant des hosties « consacrées ». Là aussi, depuis les controverses eucharistiques au tournant du premier millénaire qui ont vu une hyper-focalisation sur la « présence réelle » suite au dogme de la transsubstantiation (mais où beaucoup de fidèles peu formés confondent allègrement substance et matière et donc comprennent l’exact inverse de ce qui est signifié) l’on se rend compte que pour l’aumônier qui a « sauvé » le « Saint-Sacrement », c’est bien plus qu’une vie humaine. Il est probable que certains chrétiens, y compris catholiques, se seront dit que le Seigneur n’en aurait pas été affecté ! Il n’empêche que l’on retiendra combien l’aspect symbolique des choses transcende l’aspect matériel.



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