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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Gabriel Le Bomin
Nos patriotes
Sortie le 14 juin 2017
Article mis en ligne le 4 juin 2017
dernière modification le 21 juin 2017

par Charles De Clercq
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Une histoire vraie, profondément humaine qui parlera au cœur.
Un film sur quelques années de la vie d’un terroriste ! Noir, guinéen, peul ! 71/100

Synopsis : Après la défaite française de l’été 1940, un jeune tirailleur sénégalais [1], Addi Ba, s’évade et se cache dans les montagnes Vosgiennes. Aidé par certains villageois, il va obtenir des faux papiers qui lui permettent de vivre au grand jour. Repéré par ceux qui cherchent à agir contre l’occupant et qui ne se nomment pas encore « résistants », il participe à la fondation du premier « maquis » dans la région. Avec ce groupe de pionniers, ils mènent de nombreuses actions clandestines. La résistance s’invente. Les Allemands, qui l’ont bien identifié et le surnomment « le terroriste noir », le traquent sans relâche. Malgré cela, Addi Ba vit, aime et se bat durant trois ans...

Acteurs : Marc Zinga, Alexandra Lamy, Louane Emera et Pierre Deladonchamps

 Une belle histoire vraie ?

De ce film, je n’avais lu que le synopsis quelques semaines avant la vision presse. Et je me disais que cette « belle » histoire conviendrait bien pour l’hebdomadaire Dimanche auquel je collabore à la page culture en présentant chaque semaine un film que je souhaite mettre en avant, pour ses qualités humaines. Si en plus, le film a en a d’autres, « cinématographiques », ce sera d’une pierre deux coups. Je n’avais pas été attentif à ces mots « terroriste noir » et c’était peut-être ou probablement inconscient, que sais-je, tant le premier terme a aujourd’hui des connotations bien sombres (pour ne pas écrire ’noires’). Tout au plus la mention au générique « librement adapté d’une histoire vraie » laissait-elle supposer que le librement donnerait dans le glamour. Le film avait un excellent casting, qu’il s’agisse de « notre » Marc Zinga, mais aussi de Pierre Deladonchamps (L’inconnu du Lac et Le fils de Jean) du côté masculin et, pour les actrices, Alexandra Lamy, Louane Emera (La famille Bélier), toutes deux hors du registre de la comédie ! Ajoutons à cela les seconds rôles et même les « petits » rôles dont certains vous laisseront, comment dire... sans voix ou muet d’admiration et d’éprouvantes surprises !

 Une sensation de ’déjà vu’ !

Toutefois, il y avait un je ne sais quoi dans ce long métrage du documentariste (essentiellement, mais pas que) Gabriel Le Bomin. On sentait un film bien préparé, tant pour la direction d’acteur, la reconstitution et les lieux choisis (ici, les Vosges, terrain historique des faits qui ont inspiré le film). Mais le film avait un côté « littéraire » que je n’arrivais pas à cerner. J’emploie le mot littéraire à défaut d’autre probablement plus approprié. Etait-ce un lyrisme trop appuyé ? Je ne sais. Bien plus, une étrange sensation de « déjà vu » faisait que je raccrochais Nos patriotes aux films de Mourad Boucif, Les hommes d’argile et La couleur du sacrifice (un documentaire). Je pensais que c’était l’histoire de ces « tireurs sénégalais » (méconnus et exclus de la mémoire historique) vue par le petit côté de la lorgnette ! A tel point qu’à la sortie de la projection, je suis laissé séduire par les arguments d’un ami critique qui y voyait un film qui manquait singulièrement de souffle et d’aspérité (ce n’étaient pas ses mots, mais... je les adapte !).

 Un lyrisme assumé ?

Ce n’est qu’après quelques heures que je me suis rendu compte que si les liens avec les films de Mourad Boucif étaient justifiés, le sentiment « lyrique » ne venait pas de ces films... mais d’un roman que j’avais lu lors de sa sortie, prêté et sorti de ma mémoire. C’était il y a cinq ans que le guinéen Tierno Monénembo publiait Le terroriste noir. Il travaille sur la vie d’un Peul guinéen, Addi Bâ, héros de la Résistance en France, fusillé par les Allemands (Le Terroriste noir), ainsi que sur les liens unissant la diaspora noire d’Amérique avec l’Afrique. Toutefois cet écrivain ne tenait pas cette histoire de première main, mais de « Germaine, une survivante de la période et amie du glorieux Guinéen, (qui) raconte à un neveu d’Addi Bâ, venu en France en 2003 pour recevoir à titre posthume les décorations militaires de son oncle que la République française lui confère enfin, l’histoire de ce héros méconnu de la résistance à l’Occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale adopté par toute une petite région comme l’un de ses fils. » (source Wikipedia, où l’on découvrira les prix de ce roman).

 Une légende africaine !

Oserait-on écrire maintenant que le film permettait de « découvrir » une légende africaine ? Et je joue ici doublement sur les mots. Découvrir, au sens de découvrir un trésor et d’enlever la couverture qui voilait quelque chose. Légende, non pas au sens de ce qui serait faux, mais au sens littéral de « ce qu’il faut lire » (à l’opposé de ’sans légende’, à savoir qu’il n’y a rien à lire et que l’illustration parle d’elle-même). Mais aussi s’agissant de quelqu’un dont on dit que c’est une « légende » ! Et c’est tout à l’honneur du réalisateur de réhabiliter une personne et une histoire, « son » histoire ! Avec la rigueur du documentariste qui veut retrouver les faits. Avec la capacité du scénariste - qu’il est également - de mettre en scène cette histoire, la faisant ’sienne’ (et l’on conviendra qu’un documentaire même si on parle de ’cinéma du réel’ est toujours un travail de (re)construction !). Ce qui m’avait semblé « littéraire » c’était peut-être cela : Germaine qui raconte l’histoire à son neveu. Tierno la met par écrit. Et Gabriel la met en images. Trois itérations de narration, d’embellissement d’une histoire, certes vraie, mais peut-être anoblie et engrossée de rêves et de passions ! Relisant la présentation du livre par l’éditeur « La guerre, Monsieur, a si bien mis tout sens dessus dessous qu’un tirailleur nègre agonisait à nos portes ! Être Noir et soldat, croyez-moi, c’est être mal vu des Français et chassé par l’occupant. Mais Addi Bâ, si fier, si poli, a fait sensation au village – surtout auprès des femmes. Les ennuis sont venus quand il a pris le maquis. Les Boches ont alors traqué sans relâche le fameux » terroriste noir « ... », je me dis que Germaine est peut-être une de ces femmes qui a craqué pour Addi Ba !

 Laisser place à son cœur

C’est une « histoire vraie » que ce film « adapte » et l’on ne peut que là recommander à tout humain de « bonne volonté ». Et s’il est critique et/ou cinéphile, on lui demandera peut-être de laisser là sa critique pour ouvrir son cœur. Pour faire advenir en celui-ci la mémoire d’un homme injustement oublié (figure de beaucoup d’autres qui furent dans son cas) et rétabli en dignité bien longtemps après son exécution. On pourra découvrir d’excellents acteurs, dont Marc Zinga, qui a travaillé en mode ’Actors Studio’ voulant n’être connu que comme son personnage durant tout le tournage. Un homme d’exception, mais également ambigu. Un film où la violence est là, sournoise parfois. Une violence qui peut surprendre, même lorsque les mots ne viennent pas à la bouche pour l’exprimer. Un récit où la compassion peut être interrogée. Le lecteur qui aura lu jusqu’au bout cette critique me trouvera bien lyrique. C’est un procès que j’accepte bien volontiers que l’on me fasse.

 Diaporama

Copyright photos : Alain Guizard, Christine Tamalet

 Bande-annonce :

Notes :

[1(NDLR : en réalité, guinéen !)


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB

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