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CINECURE
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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

Les critiques de Julien Brnl
Nos Batailles
Réalisateur(s) : Guillaume Senez
Article mis en ligne le 21 octobre 2018

par Julien Brnl
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Riche et sans pathos, cette fresque sociale contemporaine joue la carte de la pudeur, sans chercher à démoraliser, mais plutôt à aller de l’avant. Un film puissamment intime, et pas à pas salvateur. 15/20

➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux - Sortie du film le 03 octobre 2018

Signe(s) particulier(s) :

  • second film du réalisateur belge Guillaume Senez (après « Keeper » il y deux ans), sélectionné à la Semaine de la Critique de Cannes en mai dernier ;
  • Mention du Jury Cinevox au Festival International du Film Francophone de Namur 2018.

Résumé : Olivier se démène au sein de son entreprise pour combattre les injustices. Mais du jour au lendemain quand Laura, sa femme, quitte le domicile, il lui faut concilier éducation des enfants, vie de famille et activité professionnelle. Face à ses nouvelles responsabilités, il bataille pour trouver un nouvel équilibre, car Laura ne revient pas.

La critique de Julien

Après avoir fait grand bruit lors de son avant-première mondiale le 13 mai dernier au Festival de Cannes dans la sélection dans la section de la Semaine de la Critique, le second film de notre compatriote Guillaume Senez débarque enfin dans nos salles, tandis qu’il a ouvert le Festival International du Film Francophone de Namur fin septembre. « Nos Batailles », c’est son titre, lui qui, comme son précédent, s’empare d’un sujet social actuel et tabou, engendré par notre style de vie. Après avoir filmé l’exploration sexuelle d’un couple de très jeunes adolescents, Senez livre le portrait d’un père secoué par la disparition volontaire (car nécessaire) et soudaine de son épouse, le laissant dans l’incompréhension, lui et ses deux enfants, tandis qu’il doit apprendre à jongler entre son job difficile (de chef d’équipe dans un entrepôt) et sa vie de famille, qu’il a semble-t-il trop négligé...

C’est donc cette fois à Romain Duris, Lucie Debay et Laetitia Dosch (qui était déjà dans son précédent film) de tourner pour le réalisateur, lui dont la méthode de direction d’acteurs est pour le moins originale. En effet, il ne donne pas de dialogues à ses comédiens, lesquels doivent alors improviser vis-à-vis du contexte de la scène à tourner. C’est certes inconfortable et risqué pour un acteur, mais autant dire que cette méthode de travail permet de procréer des interprétations d’autant plus infaillibles et authentiques qu’elles ne l’auraient été, et directement portées par une écoute instantanée entre partenaires de jeu. La sincérité est d’ailleurs la plus grande force de ce film, bien aidée aussi d’une caméra à l’épaule, laquelle capture les moindres émotions.

On avait rarement vu un Romain Duris aussi fort et vulnérable à la fois, dans le rôle de ce père qui fait alors tout son possible pour élever ses enfants, tout en assumant la rentrée d’argent. Lucie Debay, dans celui d’une épouse et mère attentionnée et discrète, mais par-dessus tout dépressive, renverse également. Son rôle permet d’ailleurs de mettre une image derrière les conséquences du non-dialogue entre pairs, mais surtout de l’abandon de sa personne au profil de la vie quotidienne, et doucement monotone... Enfin, on retrouve avec énormément d’attention la folie attendrissante de Laetitia Dosch, révélée dans « Jeune Femme » de Léonor Seraille, interprétant ici la sœur du personnage de Romain Duris. Sans oublier les deux enfants du film, joués par Basil Grunberger et Lena Girard Voss, incroyables d’un bout à l’autre. De par ses personnages, Guillaume Senez parvient ainsi à représenter plusieurs profils, justes et morcelés, qui en disent long sur la société dans laquelle nous vivons.

« Nos Batailles » livre alors un récit à plusieurs facettes, les principales étant le combat d’un père pour combler l’absence d’une mère, et celui d’un homme face à ses propres émotions (entre déni et acceptation) et aux injustices du milieu du travail.
Riche et sans pathos (notamment dans son dénouement), cette fresque sociale contemporaine joue la carte de la pudeur, sans chercher à démoraliser, mais plutôt à aller de l’avant.



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