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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Stephan Streker
Noces
Sortie le 8 mars 2017
Article mis en ligne le 31 janvier 2017

par Charles De Clercq
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Le mariage de Zahira n’est pas un mariage pour tous !
Noces est un film tout en pudeur et émotion. Sobre et interpellant ! 86/100

Synopsis : Zahira, belgo-pakistanaise de 18 ans, est très proche de chacun des membres de sa famille jusqu’au jour où on lui impose un mariage traditionnel. Écartelée entre les exigences de ses parents, son mode de vie occidental et ses aspirations de liberté, la jeune fille compte sur l’aide de son frère aîné et confident, Amir (© de la photo du réalisateur ci-contre : Jean-Pol Sedran).

Acteurs : Babak Karimi, Lina El Arabi, Sébastien Houbani, Olivier Gourmet, Alice de Lencquesaing, Zacharie Chasseriaud, Nina Kulkarni, Aurora Marion, Rania Mellouli.

Noces est le troisième long-métrage de Stephan Streker dont je n’ai vu aucun de ses films précédents. Noces, c’est « inspiré », au départ, de plusieurs « histoires vraies » dont celle de Sadia Sheikh, un de celles que l’on classe dans les « faits divers » [1]. Ceux qui se souviennent des faits (après tout c’était ici en Belgique que ceux-ci se sont « conclus ») n’apprendront donc rien du déroulement de cette affaire et de la façon dont elle s’est terminée. Ceux-ci et les autres entreront en contact avec une culture qui n’est pas la leur. Le Pakistan, tout le monde connaît de près ou plutôt de loin et en lien avec des événements qui dépassent ses frontières. Ici, en revanche, il est question de l’intime et de traditions, notamment celles relatives aux mariages.

 Le réalisateur ne juge pas

Tout l’art du réalisateur - et certains le lui reprocheront - est d’avoir traité son sujet sans emphase et avec beaucoup de sobriété. Bien plus, il ne prend pas parti ou du moins, il ne juge pas ses protagonistes ! C’est que nos conceptions éthiques occidentales (mais qu’est-ce à dire ?) iront dans un sens plutôt que dans l’autre. A première vue l’on se dira que la conception « traditionnelle » du mariage (ici pakistanais) est aux antipodes de notre conception du mariage. Mais il faudrait s’entendre sur celle-ci et reconnaître qu’il n’y en pas une seule et que les perceptions sont plurielles ! Qu’il s’agisse de celle mise en valeur dans le film Eternité et qui, si elle date d’un siècle est encore revendiquée comme modèle aujourd’hui. Ou, aux antipodes, du « mariage pour tous » contesté par certains se revendiquant de leur religion. Qualifiant celui-ci de contre-nature, allant contre la tradition (chrétienne et/ou humaine), destructrice des valeurs de la civilisation et de celles de nos pères. Le citoyen européen - avec des nuances en fonction des pays qui font partie de l’Europe - aura bien des définitions du mariage. Chacun estimera la sienne et celle de son clan comme valide et opposable aux tiers. Chacun se souviendra de mariages arrangés dans ses ascendants sans que personne n’y trouve à redire et si l’on remonte plus haut, dans notre Histoire, même des grands de ce monde n’y ont pas échappé. Il ne s’agit donc pas ici d’acquiescer ou de promouvoir un mode d’existence qui contreviendrait à nos règles éthiques mais simplement de prendre acte que différents modes de vie existant ou ont existé. Certes, il ne s’agit pas de les valider - le rédacteur de cette critique condamne fermement ces situations « féodales » - mais d’être conscient que ce n’est pas par un simple diktat juridique que les choses seront acceptées. Ainsi, pour revenir au « mariage pour tous », ce n’est pas parce que celui-ci est inscrit dans un code législatif qu’il est pour autant accepté par tous et qu’au nom de leurs traditions et valeurs il sera rejeté et condamné.

 Familles, je vous plais ?

Si donc, pour beaucoup, le mariage que la famille voudrait imposer à Zahira fait fi de tous les droits, il faut au moins entendre la détresse des parents (ici) et de la famille là-bas. Et le réalisateur s’en fait l’écho, pas nécessairement pour l’approuver mais au moins pour nous la donner à voir et entendre. Et il le fait donc sans condamnation sans cependant en faire un modèle. De même, il fait découvrir la difficile voire ambiguë position du frère, à la fois « ami » de sa soeur mais garant, si pas de la tradition, du moins du respect dû aux parents. Stephan Streker aborde aussi un autre thème, celui de l’avortement. C’est que Zahira est enceinte non pas du jeune européen qu’elle aime (interprété par Zacharie Chasseriaud, jeune acteur belge qui commence à faire son nid dans le cinéma !), non pas de celui auquel on la destine, mais d’un autre qu’elle ne peut garder pour des raisons que l’on comprendra à l’écran. Noces nous montre là que l’avortement n’est pas chose simple, en particulier pour l’intéressée, quels que soient les mots employés pour dire et circonscrire la « chose ». Bien que cette partie de l’intrigue soit seconde (mais pas secondaire) elle est traitée avec pudeur par le réalisateur qui fait valoir les difficultés de prendre une décision en ce domaine.

C’est aussi la pudeur qui domine l’attitude des parents qui n’imposeront pas un futur époux mais proposeront à leur fille le choix entre trois maris potentiels. A elle qui est amoureuse d’un autre, la modernité permettra de franchir les frontières grâce à des rencontres via Skype pour désigner l’élu - ou plutôt celui qui déplait le moins, et l’on découvre d’ailleurs toute l’inexpérience de celui-ci - et ensuite pour le mariage coutumier proprement dit.

 Un casting de talent(s) !

Le film est en français et en ourdou, langue parlée au Pakistan. Découvrant les acteurs employant celle-ci, le premier réflexe du spectateur est de se dire comment ils seront reçus par les leurs tant ils (leurs personnages) violent des règles en vigueur dans leurs pays et familles ! Il faut ici préciser que ce n’est pas la religion qui est en jeu mais la tradition culturelle. En réalité, beaucoup d’acteurs ne sont pas des pakistanais mais des acteurs qui ont appris la langue pour le film, ainsi Lina El Arabi et Sébastien Houbani. A noter le père est joué par Babak Karimi l’acteur qui était le juge dans le film Une séparation d’Asghar Farhadi. A leurs côtés quelques acteurs chevronnés viennent les seconder, Zacharie Chasseriaud déjà cité, Olivier Gourmet ou Alice de Lencquesaing pour offrir une véritable tragédie grecque, car c’est ainsi que le réalisateur voit son film : « Parce que, comme dans une tragédie grecque, c’est la situation qui est monstrueuse, pas les personnages. Je me suis intéressé avant tout à l’intime de chacun des intervenants de cette tragédie qui sont tous le siège d’enjeux moraux très puissants. Les liens qui unissent les membres de la famille sont des liens d’amour sincère. Et pourtant, tout le monde est écartelé. À commencer évidemment par Zahira entre ses aspirations à une liberté légitime et son amour pour sa famille dont les membres se trouvent être aussi ses geôliers. Je me suis attaché à comprendre tous les personnages : Zahira, bien sûr, mais aussi son frère, son père, sa mère, sa grande soeur, etc. Jean Renoir disait qu’il n’y avait jamais de méchants dans ses films parce que chacun a toujours ses raisons. ».

 Diaporama

 Bande-annonce

Notes :

[1Ce document en pdf est relatif à un des « fait-divers » qui sert de soubassement au film (source). Attention, ne lisez celui-ci ou ne cliquez sur le lien que si vous avez vu le film ou que les « spoilers » ne vous dérangent pas !


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