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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Pablo Larraín
Neruda
Sortie le 4 janvier 2017
Article mis en ligne le 23 novembre 2016

par Charles De Clercq
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Le poète est-il la proie ou le chasseur ? La vérité du poème transcende la réalité des faits.
Gael García Bernal excelle ici et vole quasiment la vedette à Alfredo Castro ! 83/100

Synopsis : 1948, la Guerre froide s’est propagée jusqu’au Chili. Au Congrès, le sénateur Pablo Neruda critique ouvertement le gouvernement. Le président Videla demande alors sa destitution et confie au redoutable inspecteur Oscar Peluchonneau le soin de procéder à l’arrestation du poète.
Neruda et son épouse, la peintre Delia del Carril, échouent à quitter le pays et sont alors dans l’obligation de se cacher. Il joue avec l’inspecteur, laisse volontairement des indices pour rendre cette traque encore plus dangereuse et plus intime. Dans ce jeu du chat et de la souris, Neruda voit l’occasion de se réinventer et de devenir à la fois un symbole pour la liberté et une légende littéraire.

Acteurs : Alfredo Castro, Gael García Bernal, Luis Gnecco, Mercedes Moran

Neruda se donne à connaître en cette fin d’année 2016 avant sa sortie officielle le 4 janvier prochain. Tout d’abord, le 4/12, dans le cadre du 5e Festival Peliculatina, ensuite, le lendemain, lors du gala annuel de l’asbl CinéFemme. Ce film est aux frontières de la réalité et de la vérité, à l’image, en quelque sorte des récits évangéliques. Sur base d’événements réels, il pointe vers un ailleurs qui est aux frontières de la poésie et du récit historique. Pablo Larraín quitte la noirceur du huis clos de El Club pour nous en faire découvrir les côtés sombres d’une dictature à laquelle s’oppose un sénateur poète. Nous sommes très loin d’une hagiographie. Pablo Neruda n’est pas présenté comme un saint, mais comme un homme avec ses failles et ses femmes ! C’est qu’à côté de la la sienne, il aime à se retrouver dans des bars en compagnie féminine.

Toutefois, l’essentiel du film est ailleurs, aux frontières (ce qui est justement le thème de cette année pour le Festival Peliculatina). Frontières entre l’Europe et certains de ses artistes et l’Amérique latine, frontières entre les « communistes » et le pouvoir en place, frontière du pays que Neruda est tenté de fuir. Frontière entre le chasseur et sa proie. Comme l’indique le synopsis, c’est à un jeu du chat et de la souris que joue Neruda avec Oscar Peluchonneau. Et à certains moments l’on peut douter de qui est le chat, de qui est la souris. En jeu, la poésie et la littérature : ce seront tant de messages transmis au policier par Pablo Neruda. Livres et poèmes qui vont contaminer le chasseur [un peu comme Guy Montag dans Fahrenheit 451, de Ray Bradbury (1953) adapté an cinéma en 1966 par Truffaut]. Cette contamination va rendre floues les frontières, en tout cas les rendre perméables. Et c’est à la limite comme si la proie voulait se faire prendre et le chasseur prendre la place de celle-ci. Cette quête, cette recherche, ces aller-retour, dans les villes, villages et les montagnes du Chili sont très bien rendues à l’écran par le réalisateur. Et s’il donne envie au spectateur de se (re)plonger dans la poésie de Neruda, il rend surtout fascinant le personnage d’Oscar. Sa quête ne concerne pas seulement le sénateur « communiste ». Elle s’étend désormais à sa propre identité. Qui est son père ? Et son absence, ne pose-t-elle pas la question de sa propre identité ? Où en est-il lui dans sa propre vie, dans ses combats ? Ne sont-ils pas proches de ceux du poète qu’il veut arrêter ? Il rate sa cible, toujours de peu. Pourquoi échoue-t-il dans sa mission ? Il y a comme une intime et tendre connivence entre ces deux-là ! Frères ennemis ? A moins que l’un voie un père en l’autre, et celui-ci un fils dans celui qui le pourchasse ? Dans ce rôle, Gael García Bernal excelle et vole la vedette à Alfredo Castro (Neruda) dans un film qui est une ode (politique ?) à la littérature.

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Bande-annonce :


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