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Les critiques de Julien Brnl
My Lady / The Children Act
Réalisateur(s) : Richard Eyre
Article mis en ligne le 12 août 2018

par Julien Brnl
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Drame à l’anglaise tout en retenue, et en intensité, « My Lady » est de ceux pour lesquels il est impossible de ne pas ressortir de la salle sans y repenser à plus d’une fois. 15/20

➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux - Sortie du film le 08 août 2018

Signe(s) particulier(s) :

  • adaptation du roman de l’écrivain britannique Ian McEwan publié en septembre 2015 aux éditions Gallimard, sous le titre français « L’Intérêt de l’Enfant » ;
  • le titre original du film, « The Children Act », fait référence à la loi de 1989 qui définit les modalités de protection des enfants, plaçant leur intérêt au-dessus de toute considération.

Résumé : Faut-il obliger un adolescent à recevoir la transfusion qui pourrait le sauver ? Fiona Maye, Juge de la Haute Cour, décide de lui rendre visite, avant de trancher. Leur rencontre bouleversera le cours des choses.

La critique

Avec « My Lady », Emma Thompson prouve une fois de plus qu’elle est l’une des actrices les plus talentueuses de sa génération. En incarnant Fiona Maye, une juge en charge des Affaires familiales à la Haute Cour d’Angleterre, d’après le personnage du roman d’Ian McEwan « L’Intérêt de l’Enfant », on se demande bien qui d’autre qu’elle aurait pu bien interpréter ce rôle complexe, et résolument puissant.

Confrontée dans son quotidien à des cas épineux, Fiona Maye est une juge impartiale faisant passer l’intérêt de l’enfant avant toute chose. Alors que sa vie de couple file en lambeaux, et que son esprit est sans cesse occupé à penser ses dossiers, Fiona est appelée à juger une affaire d’extrême urgence. En effet, Adam Henry, un adolescent de 17 ans, atteint de leucémie, refuse une transfusion sanguine. Or, ses parents et lui-même s’opposent à cet acte médical, interdit par leur religion, eux qui sont des témoins de Jéhovah. Alors que les minutes sont comptées, Fiona, devant le recueil d’informations pertinentes des différentes parties, et l’invitation des parents à rencontrer leur fils, prend la décision (peu réglementaire) d’aller lui dire quelques mots à l’hôpital afin de lui faire prendre conscience des enjeux, et, in fine, de statuer sur cette affaire. Mais cette rencontre aura des répercussions inattendues, qui viendront ébranler les convictions de l’un, comme de l’autre...

Contre toute attente, alors que l’on pensait être confronté à notre tour au dilemme d’une femme dans le choix de son jugement, « My Lady » va plus loin dans ce sens, ne se limitant pas à ce dernier. En effet, il est davantage question ici de la remise en question d’une femme fragilisée, que sa soit par sa situation conjugale difficile (la faute à son dévouement professionnel), que par les cris de cœur et de passion d’un adolescent poète, qu’elle a sauvé d’une mort certaine. Femme à la droiture scintillante, au parlé prononcé, au physique pas piqué des vers, et au caractère forgé, Fiona Maye est un personnage qu’on aime suivre, tant il est traversé d’enjeux moraux et déontologique pertinents qui méritent de s’y intéresser. Car « My Lady » est un film qui ouvre sans aucun doute le débat, et qui a l’intelligence de ne pas refermer ses portes ouvertes. En l’occurrence, ce rôle, particulièrement délicat, n’aurait pas pu trouver mieux que l’immense Emma Thompson pour le jouer. Tandis qu’elle porte les talons et la robe de magistrat comme jamais, ses yeux témoignent de la profondeur de son personnage. Elle dégage ainsi toute la maîtrise remise en doute par son rôle face aux appels de son interlocuteur, sans perdre de vue les limites à ne pas franchir. L’actrice, via son simple regard, en dit ainsi beaucoup quant à ses pensées, envies, et principes refoulés.

À côté de ce personnage fort, le scénario (écrit par l’auteur du roman lui-même) brille par l’éloquence de ses dialogues, et la superbe de leur justesse. À cet égard, le mari de la juge interprété par Stanley Tucci sonne particulièrement juste et tout aussi percutant qu’elle par l’emploi de phrases qui résonnent autant que des faits et gestes du quotidien. Fort !

On n’est donc clairement pas ici dans de l’élucubration, mais plutôt dans des thèmes riches de sens et de questionnement.

Dans la forme, « My Lady » sonne très « british », tandis que Richard Eyre filme une capitale londonienne classe et majestueuse, sans véritable épine au pied. Mais c’est pour mieux servir ses propos, qui nécessitent une image soulevée, sans encombre, pour alors nous permettre de capter toute l’essence même des enjeux qui y sont sceller.

Mais face à tous ces bons arguments, le film aurait tout de même nécessité un peu plus de profondeur autour des personnages secondaires, tout comme de certaines émotions qui auraient pu (ou du) s’exprimer autrement que par la pensée. Ainsi, on pourrait regretter une résolution un peu trop propre, voire classique de l’intrigue, livrant ainsi son quota d’intérêts, sans pour autant chercher à aller chercher ce petit quelque chose qui lui permettrait de s’envoler. Aussi, la question de la Religion vis-à-vis de la Justice n’est finalement pas assez exploitée, compte tenu de la tournure des événements, bien plus personnels que prévus.

En offrant à Emma Thompson l’un des meilleurs rôles de sa carrière, ce film intéresse et bouscule, sans pour autant aboutir dans l’absolu.



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