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Adrian Noble
Mrs. Lowry & Son
Sortie du film le 08 juillet 2020
Article mis en ligne le 13 juillet 2020

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • biographique retraçant l’année 1934 de la vie du célèbre artiste peintre L. S. Lowry, d’après une pièce de théâtre originale écrite par Martyn Hesford, lui qui en scénarise d’ailleurs ici le film, lui qui a la particularité de s’intéresser à la relation entre Lowry et sa mère Elizabeth, elle qui avait des réserves sur la carrière artistique de son fils, alors qu’il n’était pas encore reconnu.

Résumé : Un portrait intime et comique d’un des plus grands artistes du 20e siècle, L.S. Lowry, et la relation avec sa mère, qui tente de l’empêcher de poursuivre sa passion.

La critique de Julien

Alors qu’il avait déjà interprété le peintre J.M.W. Turner (1775-1851) pour le film « Mr. Turner » (2014) de Mike Leigh, lui ayant valu le Prix du meilleur acteur du Festival de Cannes, l’acteur britannique Timothy Spall renfile ici le tablier pour celui de L.S. Lowry (1887-1976), une autre grande figure de la peinture anglaise, à la différence près qu’il n’a pas dû suivre de cours de perfectionnement dans le domaine pour ce dernier rôle, étant donné que la peinture dans ce film n’est pas le sujet principal étudié, lui qui est plutôt utilisé ici comme toile de fond entre la relation qu’entretenaient l’artiste et sa mère, Elizabeth Lowry, jouée par l’immense Vanessa Redgrave. En effet, alors que son père, décédé en 1932, laissait des dettes derrière lui, sa mère, sujette à la névrose et à la dépression, fut alitée et dépendante de son fils pour ses soins, elle qui n’a en plus jamais reconnu son talent ; bien du contraire. Décédée à son tour en 1939, Lowry, qui a rejeté cinq distinctions au cours de sa vie, a toujours regretté qu’elle n’ait pu voir et profiter de (la reconnaissance de) son succès... Mis en scène par le directeur de théâtre Adrian Noble, « Mrs. Lowry & Son » revient alors sur cette relation tendue, Mrs. Lowry n’ayant jamais cessé de dissuader son fils de poursuivre ses ambitions artistiques, tout en ne manquant jamais d’occasions pour lui exprimer tout son mépris et sa déception envers lui...

Situé en 1934, alors que Lowry peignait une fois que sa mère se soit endormie, l’artiste commença à développer son propre style, fait aussi bien de paysages urbains peuplés et industriels que d’autoportraits, dits « accablants » (souvent appelés « Horrible Heads » ), lesquels démontraient toute l’influence de l’expressionnisme sur son art. Son utilisation de figures stylisées, qui ne projetaient aucune ombre, et le manque d’effets météorologiques dans bon nombre de ses toiles, ont d’ailleurs conduit les critiques à le qualifier son œuvre « naïve », « maussade », et lui de « peintre du dimanche ». Or, Lowry, qui ne se considérait déjà pas comme un artiste, mais plutôt plus comme « Un homme qui peint. Rien de plus. Rien de moins. », leurs répondaient que s’il était un peintre du dimanche, alors il était « Un peintre du dimanche qui peignait tous les jours de la semaine. ».

La particularité de « Mrs. Lowry & Son » est de se dérouler principalement dans la chambre de Mrs. Lowry, ainsi que dans les alentours de la maison familiale et des usines de textile, après que les Lowry aient dû quitter en 1909 la banlieue verdoyante et chic de Manchester Park à Victoria, pour la ville industrielle de Pendlebury, à la suite de pressions financières.
Réalisé avec peu de moyens, la mise en scène du film, reposant sur les interprétations de ses acteurs, laisse alors place à des dialogues au cours desquels on découvre la relation particulière entre ce fils et sa mère et femme sénile très acariâtre, utilisant alors la maladie comme moyen de s’assurer l’attention et l’obéissance de ses proches, elle qui aurait pu être talentueuse et respectée, avec des aspirations de pianiste, si elle n’avait pas été malade, et si son mari n’avait pas échoué, elle qui fut élevée par un père sévère, dans l’espoir de normes élevées, et qui, comme lui, ne contrôlait et ne tolérait dès lors pas l’échec. Et autant dire que Vanessa Redgrave est absolument parfaite dans son rôle, répressif et indirectement immonde, elle qui n’avait alors d’égard qu’envers les personnes aisées, et qui chercha toute à vie à s’attirer leur courtoisie et leur culture. Au contraire, les siens n’étaient pour elle que des bons à rien, sans autre talent que celui de perdre leur temps. Et Timothy Spall, tétanisant de retenue, porte sur son visage et ses mimiques les marques de la vie morose de son personnage, sans cesse rabaissé, et en qui les espoirs placés par autrui étaient aussitôt détruit par les dires de sa mère, alors que lui ne peignait que pour elle, et ne savait faire d’autre.

Même s’il nous parle des caractéristiques de son art, instinctif et morne, et relatif à ses sentiments et sa perception personnelle de la réalité de son quotidien, « Mrs. Lowry & Son » s’intéresse donc bien plus à ce duo et ses deux personnalités opposées, particulièrement troublantes et dévastatrices, unies dans leur solitude, et dont les échanges touchent, Elisabeth Lowry faisant subir à son fils ce que la vie ne lui a pas offerte. Et on ne peut donc qu’être ému par les mots lourds de sens d’une mère écrasante envers son fils écrasé, lui qui était pourtant un artiste insensible et loin d’être influençable, sauf lorsque l’on touchait à sa sensibilité (elle dont l’art était justement d’en abuser).

Utilisant à bon escient les peintures de Lowry pour représenter certaines paysages vus par ces personnages, Adrian Noble rend vie de la plus... noble des manières à la pièce de théâtre de Martyn Hesford, sans pour autant être du théâtre filmé. En effet, impossible de ne pas être, nous, insensibles à ce face à face, dont chaque plan et mot témoignent d’une époque, de sentiments, de ressentis, mais également de malice, car le film ne manque pas d’humour. À contrario, « Mrs. Lowry & Son » n’évolue que très peu dans la relation présentée, et s’avère (très) lent, tandis qu’il ne permet pas de se faire une idée précise de la personnalité mystérieuse qu’était L.S. Lowry, et de son histoire. Et ce ne sont pas les maigres flash-back qui vous nous convaincre...

Assez méconnue de ce côté de la Manche, l’œuvre de L.S. Lowry n’est pas en première ligne de mire de ce long métrage, formidablement interprété, alors ciblé autour d’une relation toxique entre mère et fils, qui ne manque pas de sens et de puissance, mais qui tourne en rond, à défaut d’aller en profondeur, et d’évoquer autrement que dans les grandes lignes la vie de ses personnages.

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Mrs Lowry And Son | in Belgian cinemas 08/07/2020 ! - YouTube