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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Nicolas Bedos
Mr & Mme Adelman
Sortie le 8 mars 2017
Article mis en ligne le 24 février 2017
dernière modification le 13 mars 2017

par Charles De Clercq
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La vie d’un couple durant quarante-cinq ans... en mode comédie dramatique.
Un film fin, intelligent et humain avec des interprètes en couple dans la vraie vie. 81/100

Synopsis : Lorsque Sarah rencontre Victor en 1971, elle ne sait pas encore qu’ils vont traverser ensemble 45 ans d’une vie pleine de passion et de secrets, de chagrins et de surprises... L’odyssée d’un couple.

Acteurs : Nicolas Bedos, Doria Tillier, Denis Podalydès, Zabou Breitman, Pierre Arditi, Antoine Gouy, Julien Boisselier, Christiane Millet.

Le pire pouvait être craint pour ce premier film de Nicolas Bedos. Tout d’abord à cause de la réputation, méritée ou pas, des « comédies » françaises qui éreintent le critique même si elles remplissent les salles (et il faut rendre ici justice à la chose car c’est ce succès de foule qui permet de programmer d’autres films plus confidentiels. il y avait aussi l’histoire qui se déroulait de 1971 à nos jours... qui faisait que les acteurs principaux interprétaient quarante-cinq années de (leur) vie à l’écran. Se souvenant des grimages pas toujours convaincants de J. Edgar ou d’autres films, l’on sait que l’exercice cinématographique est « casse-gueule » si l’on permet ce jeu de mots.

Et il faut reconnaître que non seulement l’exercice est réussi et même bluffant. L’on comprend que le film ait été présenté en ouverture du Festival du Film d’Amour de Mons ! C’est un plaisir de découvrir l’humoriste dans un tout autre registre pour interpréter un couple à l’écran... avec Doria Tillier... sa compagne dans la « vraie vie ». Ce couple de trentenaires va nous faire naviguer dans quarante-cinq années de la vie d’un couple avec ses hauts et ses bas, ses difficultés, ses joies, ses peines, ses ruptures.

Tout comme par la fin, par un deuil, par une mort et une vie qu’une veuve raconte à un journaliste (Antoine Gouy). Nous sommes ici (et c’est totalement fortuit) sur le même modèle de narration que celui du film Jackie de Pablo Larraín. Entre le portrait que l’on raconte, celui qui est caché et que l’on ne raconte pas, ce que l’on veut dire et ce que l’on ne veut pas dire, ce qui se dit entre les lignes et le fil de la vie, celui que devinera le journaliste le film sera l’occasion de découvrir le portrait d’un homme et d’une femme, de deux êtres qui s’aiment, se déchirent parfois. Et l’on doit ce double portrait et celui de leurs proches (les seconds rôles sont excellents, en particulier Denis Podalydès dans le rôle du psychanalyste avec quelques scènes d’anthologie) à la qualité de l’écriture ! C’est que le scénario est écrit à quatre mains... par les deux acteurs principaux... et pour rappel, avec Nicolas Bedos à la réalisation !

Celui-ci s’exprime ainsi sur ce qui sous-tend l’écriture et la réalisation du film :


... cliquez si vous souhaitez lire

"Tout est parti des improvisations que Doria et moi nous amusions à faire ensemble depuis des années, comme ça, pour le plaisir, pour exorciser nos angoisses concernant l’avenir, la famille, la vieillesse, l’infidélité. On a fini par s’inventer toute une galerie de personnages assez monstrueux : le mari atteint d’Alzheimer que sa femme manipule pour se venger des trahisons passées, le couple qui se débarrasse d’un de ses enfants pour relancer sa vie sexuelle. Bref, des gens équilibrés !

Nos impros pouvaient parfois durer des heures : nous faisions surgir ces espèces d’avatars pour nous sauver d’une dispute, d’une soirée ratée, d’un week-end sinistre. Chez Doria, que la timidité peut pousser à la limite du mutisme, la transformation était assez spectaculaire. En se glissant, d’un coup, dans la peau d’une vieille dame libidineuse, d’une cagole niçoise ou d’une beurette des cités, tout en elle se bouleversait : son visage, sa voix. Nos délires nous permettaient d’aborder des sujets graves par le biais de l’humour.

Un soir, Doria m’a dit qu’elle avait noté certaines de nos impros et que, selon elle, ça pouvait servir de base à l’écriture d’un film. On est parti de là, puis, très vite, on s’en est éloigné. On a tenté de constituer une sorte de matériau sociologique sur le couple – en notant des constantes chez nos amis, nos parents. Comme souvent, le film tire une ligne entre des problématiques personnelles, des fantasmes qui nous sont propres, et des considérations plus universelles. Étrangement, bien que le film s’étale sur 45 ans, la structure s’est imposée très vite et très naturellement."


De tout cela, Nicolas Bedos fait un film tendre et émouvant, qui montre les grandeurs et les fragilités d’un couple tout en mettant la Femme, ici, en valeur, parfois même au détriment du rôle qu’il joue. Des situations parfois limites ou scabreuses (le coup du gigolo dans le lit - on n’en dira pas plus) sont traitées avec finesse de telle sorte que l’humour prendra le dessus chez la majorité des spectateurs. Le réalisateur fait de son personnage un écrivain et de sa femme sa source d’inspiration. Comment (bien) écrire ? Quel nom se donner pour la postérité ? Qu’est-ce que la paternité (doublement : comme ’fils’ et comme ’père’) ? Comment vivre l’érosion du temps qui passe, du couple qui peut s’affadir, et comment transmettre quelque chose au-delà de la vie ? C’est une ode au temps qui passe à l’amour qui s’efface et se reconstruit, à la mémoire du passé et de l’amour qui (s’)est passé. Le tout est très bien écrit et les dialogues le sont tout autant.

On ne peut que recommander cette comédie, et l’on écrira plutôt comédie dramatique. Elle est intelligente, remplie de vie, d’humour, da sagesse, de folie, d’un peu de sexe, d’autodérision. Les acteurs sont au service de leur rôle et du film. C’est irrévérencieux et impertinent à certains moments, mais jamais vulgaire. A recommander chaleureusement que l’on soit Jeunes ou aînés, en couple ou pas !

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Bande-annonce :


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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