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Kenneth Branagh
Mort sur le Nil
Sortie du film le 09 février 2022
Article mis en ligne le 14 février 2022

par Julien Brnl

Genre : Mystère, thriller, policier

Durée : 127’

Acteurs : Kenneth Branagh, Gal Gadot, Armie Hammer, Annette Bening, Ali Fazal, Emma Mackey, Dawn French, Adam Garcia, Russell Brand...

Synopsis :
Au cours d’une luxueuse croisière sur le Nil, ce qui devait être une lune de miel idyllique se conclut par la mort brutale de la jeune mariée. Ce crime sonne la fin des vacances pour le détective Hercule Poirot. A bord en tant que passager, il se voit confier l’enquête par le capitaine du bateau. Et dans cette sombre affaire d’amour obsessionnel aux conséquences meurtrières, ce ne sont pas les suspects qui manquent ! S’ensuivent une série de rebondissements et de retournements de situation qui, sur fond de paysages grandioses, vont peu à peu déstabiliser les certitudes de chacun jusqu’à l’incroyable dénouement !

La critique de Julien

Cinq ans déjà que Kenneth Branagh adaptait pour le cinéma « Le Crime de l’Orient Express » (1934) d’Agatha Christie, connaissant ainsi un joli succès commercial, lequel était bien aidé par un casting quatre étoiles (dont notamment Johnny Depp, Michelle Pfeiffer, Judi Dench, William Dafoe ou Penelope Cruz), une reconstitution minutieuse, une mise en scène élégante, et un Kenneth Branagh jouant avec panache le rôle du célèbre détective belge moustachu, s’essayant pour l’occasion - et avec réussite - à l’accent belge parlant la langue de Shakespeare, sans parler de répliques et de mimiques grandiloquentes. Initialement, sa suite, « Mort sur le Nil », devait sortir en décembre 2019 au cinéma, avant d’être repoussé indéfiniment en raison de la crise sanitaire, ainsi que de l’affaire entourant l’acteur Armie Hammer, autour d’allégations d’abus sexuels (séquestration, viol) et de fétichisme cannibale le concernant, risquant ainsi d’entacher la sortie du film, et ainsi l’image des 20th Century Studios, devenus depuis une filiale de la Walt Disney Company. Mais cette fois-ci, c’est la bonne ! Êtes-vous ainsi prêts à embarquer à bord d’une croisière sur le Nil, ayant pour décors un paysage épique formé par de vastes panoramas désertiques et des majestueuses pyramides de Gizeh ? Si on l’attendait avec impatience, ce voyage de noces sera en tout cas de courte durée pour la riche et belle héritière Linnet Ridgeway (Gal Gadot), et son jeune époux Simon Doyle (Hammer)...

Tandis qu’il s’ouvre par un prologue en noir et blanc se déroulant sur le front de la bataille de l’Yser à la date du 31 octobre 1914, lequel nous apprend la raison pour laquelle Poirot arbore sa célèbre moustache, tout en révélant au grand jour son amour pour sa tendre dulcinée, Katherine (Susannah Fielding), « Mort sur le Nil » s’envole ensuite pour Londres, en 1937, dans un club de jazz, où Poirot assistera aux présentations de Simon Doyle par sa fiancé Jacqueline « Jackie » de Bellefort (Emma Mackey) à son amie d’enfance, qui n’est autre que Linnet Ridgeway, dans l’espoir que cette dernière offre un emploi à Simon, ce qu’elle fera sur place. Sauf que des étincelles se produiront entre Linnet et Simon, au grand malaise de Jackie. Six semaines plus tard, Poirot, en vacances en Égypte, tombera sur son ami Bouc (Tom Bateman, reprenant ici son rôle), invité par ses amis Linnet et Simon, qui se sont ainsi (rapidement) mariés et célèbrent ainsi leur lune de miel, (mal) accompagnés. Les tourtereaux demanderont ainsi la protection de Poirot alors que Jackie les a suivis là-bas, morte de jalousie, et devenue une harceleuse obsessionnelle, prête à reconquérir Simon après la rupture de leurs fiançailles. Mais malgré les conseils de Poirot, ils choisiront de poursuivre leur voyage, et d’entreprendre ainsi leur croisière, loin finalement de s’amuser...

Il faut bien trois-quarts d’heures pour que « Mort sur le Nil » ne démarre vraiment, une fois les présentations faites, et avant que le (premier) crime n’ait lieu. S’en suivra alors le devoir d’enquête du détective, que l’on découvrira d’ailleurs ici plus sentimental qu’il ne l’était lors de ses précédentes aventures, étant donné que les événements auxquels il sera confronté le heurteront jusqu’à son âme. Poirot mettra alors à mal tous les alibis de ces invités, révélant des apparences trompeuses, des mobiles et de secrets bien gardés, vis-à-vis notamment de leur relation avec la victime.

Sans surprises, Kenneth Branagh et le scénariste Michael Green (qui rempile également) jouent une fois de plus sur des retournements de situation savamment orchestrés, des personnalités troublantes, ainsi que sur un jeu de mystère et d’énigme très apprécié, à la façon de l’excellent « À Couteaux Tirés » (2019) de Rian Johnson (dont la suite sortira sur Netflix cette année-ci). Dommage que le film soit seulement si bavard et relativement monotone dans son ton, tandis qu’il fait obstacle de certains personnages, moins présents et sophistiqués que dans l’œuvre originale. Visuellement, les costumes, les danses et les décors d’Egypte apportent beaucoup de charme à cette adaptation, bien qu’on regrette également que ces derniers soient manifestement réalisés en images de synthèse, ce qui tâche d’ailleurs lors de certains plans, et pique aux yeux. Mais la reconstitution globale nous permet de voyager et de s’évader à bord de ce bateau à vapeur à l’ancienne, ce qui ne se refuse pas.

Si l’on se laisse donc (doucement) prendre au jeu une fois la partie lancée, la direction des acteurs et leur jeu très romanesque ne laissent quant à eux malheureusement peu de doute sur le(s) coupable(s) de ce(s) nouveau(x) crime(s) sur le(s)quel(s) enquête Hercule Poirot, lui qui espérait ainsi admirer les pyramides en sirotant son café. « Mort sur le Nil » questionne alors sur la culpabilité des individus, coupables de fil en anguille, de près ou de loin, mais sans avoir pour autant porté le coup de grâce, et met ainsi en scène une histoire d’amour obsessionnelle et cupide connue de tous, menant dans ce cas-ci au crime.

Si les cellules grises du détective sont ainsi mises à rude épreuve, c’est bien ici la patience du spectateur que Kenneth Branagh vient ici titiller, même s’il sera potentiellement émerveillé par l’emballage de cette enquête, révélant une machination diabolique, mais dont on devine malheureusement les aboutissements, faute de nuances, d’indices et de regards mal placés. Tout comme Hercule Poirot, nous ne sommes donc pas dupes ! Qu’importe, l’audace d’adaptation du roman policier le plus intime d’Agatha Christie ne fait ici aucun doute, elle qui, si elle manque de naturel, nous permet de naviguer luxueusement en eaux troubles, et meurtrières, tandis que l’accent de Kenneth Branagh est toujours aussi succulent. Au-delà de ça, on vous conseillera plutôt de vous replonger dans le roman de l’auteure (britannique) la plus traduite au monde.



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