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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Jodie Foster
Money Monster
Sortie le 1er juin 2016
Article mis en ligne le 21 mai 2016
dernière modification le 23 janvier 2017

par Charles De Clercq
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Thriller efficace et prévisible, bien moins superficiel qu’il n’en a l’air. 69/100

Synopsis : Lee Gates est une personnalité influente de la télévision et un gourou de la finance à Wall Street. Les choses se gâtent lorsque Kyle, un spectateur ayant perdu tout son argent en suivant les conseils de Gates, décide de le prendre en otage pendant son émission, devant des millions de téléspectateurs…

Acteurs : Julia Roberts, George Clooney, Caitriona Balfe, Dominic West, Jack O’Connell, Giancarlo Esposito.

La facture du dernier film de Jodie Foster est très classique. Il n’empêche qu’il séduit, à la fois par sa technique que par les enjeux qu’il soulève, grâce au talent des trois acteurs principaux.

Nous ne dirons rien de l’intrigue qui se déroule en temps réel, en bonne partie dans le huis clos d’un studio de télévision (dont on ne sort que pour un ultime climax). Avouons aussi que le thème d’une bombe autour du thorax que Kyle forcera Lee Gate (George Clooney) à porter était assez anxiogène pour nous qui étions à quelques mètres de la bombe, dans la même rame de métro que celle où se trouvait un kamikaze le 22 mars à Maelbeek ! Cet élément a probablement ajouté à la tension que nous ressentions durant le film. C’est que tout se passe sous un double regard de caméras : celle de la télévision, dans la fiction qui est racontée par la réalisatrice et celles qu’elle utilise pour transmettre du petit au grand écran. Les spécialistes savent que les caméras sont différentes, la gestion de la lumière, des plans, etc. Money Monster filme ainsi l’émission du même nom avec de vraies caméras de télévision ! C’est que nous voyons deux choses : cette émission télévisée, filmée et montée comme telle, et, d’une certaine façon comme une pièce autonome et le film qui prend en compte cette « réalité » télévisuelle. réalité car il s’agit bien d’une émission de télé-réalité, à ceci près que la réalité est celle du monde de la bourse et des finances dont joue et se joue son présentateur. C’est un véritable show qui est proposé par le présentateur de l’émission qui joue un rôle passablement débile devant les spectateurs pour vendre son produit (nous supposons la publicité et ses annonceurs) et, par ce biais, rendre compréhensibles, amusants et risibles les enjeux boursiers. Et à ce jeu-là, Clooney excelle dans une autodérision totalement assumée. Il le fait en connivence avec sa productrice (Julia Roberts), grâce, notamment à son oreillette.

Jouer avec la bourse, c’est amusant quand cela reste du jeu ! Mais quand c’est, littéralement « la bourse ou la vie », les choses changent ! C’est lorsqu’un jeune adulte a tout misé sur les conseils si judicieux de Lee Gates que tout va déraper parce qu’il a tout perdu. Sa vie est « foutue », il n’a plus rien à perdre sinon perdre celle de celui qui l’a entraîné dans cette histoire. Pour le présentateur ce c’était qu’un show... mais si l’on intègre les données de la télé-réalité dans la vie réelle, si l’on (se) prend au sérieux, le drame n’est pas loin. C’est ici la deuxième dimension passionnante du film, éthique en quelque sorte, parce qu’elle nous donne de réfléchir sur les scandales boursiers des dernières années et tout particulièrement les dérives liées aux jeux de bourse qui se jouent en quelques dixièmes de seconde ! C’est l’excellent acteur Jack O’Connell - que nous avions beaucoup apprécié dans Les poings contre les murs - qui donne une présence stupéfiante à l’écran (TV d’abord et du film ensuite) à cet homme qui n’a littéralement plus rien à perdre !

Cette étape du film qui est un véritable thriller en temps réel, très palpitant, va basculer dans une troisième dimension. Alors même que la peur et la terreur sont là (en même temps que toutes les craintes liées à l’assaut des forces de l’ordre - au moment même où le sectateur à de l’empathie pour le poseur de bombe !) , des informations arrivent à l’oreille de la productrice de l’émission qui laissent entendre qu’il y aurait bien plus qu’un bug informatique : une immense arnaque. C’est alors que la dimension proprement journalistique prend le dessus. Malgré le risque, l’information est capitale ! Ne soyons pas dupes : c’est à la fois faire de l’audience comme dans l’émission de télévision et, en même temps, le cœur de la journaliste qui reprend vie en (re)découvrant les véritables enjeux de sa « vocation » (et jouant ici sur les mots, de ce qu’elle doit dire, vocaliser pour que ce soit entendu par le peuple, pardon, les auditeurs) ! C’est donc un axe narratif supplémentaire qui nous est proposé alors même que nous sortons du cadre du studio, à la fois pour enquêter, mais aussi pour déplacer le lieu de l’explosion (vous comprendrez à l’écran !).

C’est alors la dernière dimension abordée par le film, la quatrième dimension ! Celle-ci peut paraître secondaire, mais elle nous transporte du côté de ceux qui voient et reçoivent l’information : les spectateurs ! C’est que malgré le danger, les foules s’agglutinent autour de l’homme porteur de la bombe pour ne perdre aucun des éléments du « direct », voire pour le filmer. C’est ici tout notre rapport à l’image qui est interrogé, d’une part, mais aussi c’est avidité par rapport au sensationnel, à l’horreur, au sordide et à la mort. C’est un miroir de nos sociétés que Jodie Foster nous tend et, avouons-le, ce que nous y découvrons est inquiétant, bien plus probablement que l’explosion finale, inattendue en quelque sorte. Parce que les colosses n’ont pas toujours des pieds d’argile ! Parfois ce peut être leur corps, leur torse, peu importe, si cela peut les obliger à dire la vérité face caméra !

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Bande-annonce :


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