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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Harry Cleven
Mon ange
Sortie le 3 mai 2017 et au BIFFF le 14/4/17 à 19h00 - Ciné 2
Article mis en ligne le 16 mars 2017
dernière modification le 10 mai 2017

par Charles De Clercq
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’Mon ange’ ? Plutôt ’mon oeil’ ! Circulez, il n’y a rien à voir ! Hélas car j’avais aimé ’Trouble’ !

Synopsis : Suite à la mystérieuse disparition de son compagnon, Louise, accablée par le chagrin, est internée dans un asile psychiatrique. Dans le plus grand secret, elle met au monde un petit garçon qu’elle prénomme Mon Ange et qui est doté d’une incroyable singularité : il est invisible. Louise impose à Mon Ange de ne jamais se dévoiler au monde, trop impitoyable face à la différence. Mais, un jour, Mon Ange fait la rencontre de Madeleine, une petite fille aveugle dont il tombe éperdument amoureux... « Grâce » à sa cécité, Mon Ange peut aimer Madeleine tout en préservant son secret. Au fil des ans, leur amour grandit, jusqu’au jour où Madeleine lui annonce une nouvelle qui va bouleverser leur vie : elle va retrouver la vue... (ci-contre : le réalisateur - source).

Acteurs : Fleur Geffrier, Elina Löwensohn, Maya Dory, Hannah Boudru, François Vincentelli.

En résumé :

Le film vise à nous faire entrer dans un monde où la poésie est reine, en particulier grâce à une vision en caméra subjective et en narration en partie en voix « off ». Le spectateur est amené à « voir » que l’essentiel est invisible avec les yeux mais est visible avec le cœur. Hélas, les effets spéciaux - qui jouent avec les codes traditionnels de l’invisibilité dans les récits et films de science-fiction - ont eu sur moi un effet pervers qui détruisait toute la magie et la poésie du récit dont le spectateur risque de ne plus voir que les incohérences par rapport à ces codes.

 Cruelle est ma déception

Je partais avec un a priori favorable pour la vision de Mon ange. C’est que j’avais été séduit par Trouble, même si je partageais, de façon plus soft, les remarques de certains confrères. Et puis, il y avait Thomas Gunzig au scénario avec le réalisateur. Que du bonheur à prévoir. Autant dire que je pensais être au ciel, ou aux anges donc !

Et pourtant, à l’arrivée et somme toute dès le début du film quelque chose ne passait pas (bien). Etait-ce un film fantastique ? Probablement ! A programmer au BIFFF ? Peut-être y sera-t-il hué, sifflé. Peu de surprises dans le scénario, tout se tient dans le synopsis ci-dessus. A plusieurs reprises, je me disais que ce thème aurait mieux convenu pour un film d’animation des studios Ghibli ou encore pour un court-métrage.

Ici la sauce n’a pas pris, chez moi en tout cas. Suis-je le seul concerné ? Probablement pas après un rapide sondage auprès de confrères de la presse. Mais nous sommes ici dans une presse attirée par le BIFFF et acquiesçant à ses codes. Il faudra peut-être attendre le point de vue de confrères d’une presse moins concernée par le cinéma de genre.

 La technique tue la poésie !

Dans sa première partie, le film semble destiné aux enfants, sorte de conte philosophique de type « Le petit prince » jusqu’à ce que certaines scènes, disons plus sensuelles, ou certaines images en gros plans ne soient manifestement pas pour les petits. Je n’irais pas jusqu’à la réflexion d’un confrère « Tout cela pour arriver à montrer une femme nue à l’écran ! ». C’est que les images sont belles et sensuelles, et que c’est bien filmé. Sauf que la magie ne passe pas et s’agissant d’un magicien qui devient invisible (et, déjà là on peut se demander ce qu’il devient – ne pouvait-il retrouver sa femme qui tout en devenant folle vit sans problème avec son fils invisible ?) il y a un sérieux problème. Certes l’on peut penser qu’il faut vivre cela de façon poétique : l’essentiel est invisible aux yeux (rebelote : comme Le Petit Prince, quoi !), mais hélas, pas. C’est que ce qui est invisible aux yeux du spectateur rend les artifices (entendez les effets spéciaux) si présents que ceux-ci écrasent tout le film. Ce qui (me) fascine, ce sont en fait les effets spéciaux. C’est qu’il en faut pour montrer... l’invisible. Malheureusement, cela donne l’impression d’effets pour les effets : et je te montre une porte qui s’ouvre, un stylo qui écrit, un livre dont les pages s’ouvrent… des pas dans la poussière de marches d’escalier… Ou je te fais entendre le bruit de pas dans l’herbe, le souffle d’une respiration… Holà ! Stop, on a compris. La « technique » prend ici le dessus sur le charme et la poésie. Ceux-ci sont détruits, réduits à néant. Effet pervers (chez moi, j’insiste) : le cœur est perdu, la raison prend le dessus…

 Un scénario incohérent !

Et là, c’est le drame, la raison commence à analyser la cohérence du récit. En acceptant bien sûr le présupposé de départ, à savoir l’invisibilité d’un humain. Que l’on sait nu et que l’on voit manger étant petit. Puis, terminé, on ne le voit plus manger (dame, le spectateur aura compris avec les effets spéciaux !) mais plus il grandit, plus il mange… et personne ne s’en étonne à l’asile – et c’est sans compter sur le fait que manger a des conséquences – mais comment fait-il après le décès de sa mère ? Et encore avec quel argent ? Et puis ce gamin, puis cet adolescent nu au lit avec sa mère ! Quoi ? Pourquoi évoquer cela ? Mais puisque le réalisateur insiste sur les corps, le corps visible de la fille aveugle, de l’adolescente toujours aveugle, de la femme qui a retrouvé la vue et nous est montrée très sensuelle. Et le gamin, devenu adolescent et adulte, pieds nus et totalement nu dans la nature. Proche de sa seule amie, dans ses bras parfois… et celle-ci n’est pas consciente de sa nudité… Et les images très sensuelles d’un rapport sexuel… avec le corps de Mon ange… absent de l’image ne compensent pas toutes les incohérences qui sont apparues parce que la raison avait pris le dessus sur le cœur. Reste encore la pauvreté des dialogues que l’on espérait bien plus profonds avec Thomas Gunzig comme coscénariste !

 Rendre visible l’homme invisible…

Le thème de l’invisibilité au cinéma n’est pas nouveau, c’est un des classiques de la science-fiction. Vous pouvez cliquez sur le lien ci-après pour lire une analyse qui n’est pas indispensable mais éclaire mes propres difficultés à entrer dans le film. On y découvrira que ce n’est pas sans lien avec certains récits évangéliques (et leur transposition en peinture ou leur adaptation au cinéma).

Un croyable indisponible !

La plupart du temps, dans ce genre de film, l’enjeu sera de montrer l’interaction entre le visible et l’invisible. Ainsi l’accent sera mis sur les effets spéciaux, sur la façon de rendre l’acteur visible (bandages, vêtements, maquillage) mais aussi sur l’explication « scientifique » de la chose qui la rend utilisable dans le « croyable disponible » auquel le spectateur (ou lecteur s’il s’agit d’un roman ou d’une nouvelle) peut adhérer. L’on abordera les conséquences négatives de ce qui apparaît souvent comme une malédiction.

Mon ange veut faire entrer le spectateur dans un mode poétique, autrement dit de faire comprendre que l’essentiel est invisible avec les yeux ! Hélas, et c’est là un des gros problèmes du film est qu’il utilise pour cela les codes traditionnels du cinéma pour rendre visible ce qui ne l’est pas.

Le problème n’est pas neuf et, avant de jeter une pierre dans le jardin du film Mon ange, je vais la jeter dans un autre jardin, le « mien » en quelque sorte : pas celui d’Eden, ni de Gethsémani et qui a à voir, d’une certaine façon avec le monde symbolique des anges. Une façon de reconnaître des incohérences dans « mes » récits avant de voir celles qui sont dans les récits des autres ! Il s’agit de certains récits évangéliques relatifs aux apparitions de Jésus ressuscité. L’on voit les limites de la chose avec le film complètement raté Risen. Les évangiles eux-mêmes y ont succombé, du moins leurs rédacteurs qui écrivent deux ou trois générations après les événements dont ils veulent rendre compte. Ainsi il faudra exprimer que l’on « voit » (disons avec le cœur) ce qui n’est pas visible par les autres ou est vu autrement. Plus tard il faudra parler de multiples apparitions à de nombreuses personnes. Le summum sera atteint dans l’évangile attribué à Luc (24, 43) où l’on nous « montre » Jésus qui mange du poisson grillé. Et gros problème comme le disait un de mes professeurs au séminaire : « Comment un poisson non glorifié peut-il entrer dans un corps glorifié ? ». Remplacez glorifié par invisible et vous voyez les liens avec ce thème dans la science-fiction. Ici, dans le domaine évangélique, cela oblige à prendre conscience que le récit pointe vers autre chose qu’une relation journalistique d’un événement du « réel ». L’évangile veut dire une « vérité » qui ne peut pas être confondue avec la « réalité ».

J’en reviens au film Mon ange. Le prologue et l’épilogue du film sont en ce sens éclairants. C’est que de montrer le père et sa « disparition » puis la naissance de Mon ange nous fait comprendre que l’invisibilité est transmissible et donc qu’elle est génétique (OK, on accepte cette règle du jeu !). D’où la question à la fin du film « Notre enfant sera-t-il invisible ?  ». Comme il ne l’est pas (voir la séance de photo), l’on se dira donc que l’effet d’invisibilité est lié à un gène récessif. Tout cela est encore cohérent. Toutefois, il y a un gros problème : le père est visible au début du film. Donc, il n’est pas toujours invisible. Bizarre. Ensuite, il a des vêtements… et quand il devient invisible et que sa femme le cherche en ouvrant plusieurs fois la porte sur scène… il n’y a aucun vêtement. Où sont-ils ? Sans compter sur plus fondamental encore : pourquoi le père ne revient-il pas vers sa femme ? Pourquoi la laisse-t-il dans un asile ? Ou encore, comment se fait-il que la jeune fille ait perdu sa sensibilité, son « sixième sens » qui lui a fait percevoir Mon ange lorsqu’elle était aveugle et plus du tout lorsqu’elle est adulte et voyante. Un peu comme si on passait le curseur de 125% à 0% !!!

C’est alors que cela ne fonctionne plus dans la crédibilité de l’enfant, comme relevé ci-devant. C’est que le film use de plusieurs artifices pour nous montrer le monde extérieur de l’enfant/ado/homme invisible. Le fait de manger, d’écrire, mais aussi de l’éduquer. C’est l’équivalent du poisson grillé mangé par Jésus ressuscité. L’idée des auteurs était de faire comprendre à leurs auditeurs que Jésus n’est pas un fantôme. Ici, le réalisateur et le scénariste veulent « montrer » que l’invisible existe. Mais tout comme pour le poisson grillé, dès que l’on fait appel à la logique (même en acceptant les présupposés de base) tout l’édifice s’écroule du fait même de l’accent qui a été mis sur les effets spéciaux. Ceux-ci, apportent une surcouche qui détruit le poème qui voulait se donner à voir !

 Sur le tournage du film...

En attendant de découvrir d’éventuelles critiques positives en français [il me faut honnêtement préciser que certains confrères eux ont vu (façon de parler) un effacement des effets spéciaux au profit de la poésie] et pour nuancer/pondérer mon propos, vous pouvez découvrir ci-après une vidéo dans le cadre du tournage du film avec une prise de parole du réalisateur :

 Diaporama

 Bande-annonce


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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