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CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Don Cheadle
Miles Ahead
Sortie le 25 mai 2016
Article mis en ligne le 15 mai 2016
dernière modification le 31 mai 2016

par Charles De Clercq
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Don Cheadle re-suscite Miles Davis désormais immortel : 1926 - .. ! 81/100

Synopsis : Inspiré des évènements de la vie de Miles Davis, MILES AHEAD est un portrait passionnant et sans tabou d’un des plus grands musiciens du 20è siècle.

Fin des années 70, à l’apogée de sa carrière, Miles Davis (Don Cheadle), précurseur du jazz moderne, disparaît de la scène pendant 5 ans. Isolé chez lui, il souffre d’une douleur chronique à la hanche. Son talent est mis à mal par les drogues et analgésiques. Et les fantômes de son passé ne tardent pas à venir le hanter.

Lorsque le rusé Dave Braden (Ewan McGregor), un journaliste musical, fait le forcing dans la maison de Davis, une complicité va s’installer entre les 2 hommes et, ensemble, ils vont tenter de récupérer une cassette volée avec les dernières compositions du musicien.

Acteurs : Don Cheadle, Ewan McGregor, Emayatzy Corinealdi.

 Pas uniquement pour fans de jazz

Il faut ici avouer que nous avons vu le film « innocent comme l’agneau qui vient de naître ». Outre que nous attendions un biopic de type documentaire, il faut reconnaître notre manque de compétence en matière de jazz, américain ou pas. En pénétrant dans la salle, nous sortions de notre zone de confort. Ce qui a été conforté par la présence majoritaire de journalistes spécialisés dans les médias musicaux. Et là même, nous étions peu nombreux et l’absence des confrères classiques ne s’explique pas uniquement par le Festival de Cannes où tous ne se sont pas rendus ! Bien plus, le film lui-même aura une diffusion restreinte et commence à Bruxelles par Flagey. D’autres « tournées » sont prévues en province au gré des événements musicaux.

Reconnaissons à l’arrivée que l’agneau n’a pas été mené à l’abattoir, bien au contraire, et que nous sortons de la salle enrichi d’une double expérience : en savoir un peu plus sur un musicien que nous connaissions très peu, d’une part, et avoir fait cette découverte grâce à un film intelligent, bien construit et qui sort de la routine habituelle des films consacrés à des musiciens, d’autre part.

 Un film indépendant

Il s’agit tout d’abord d’un film totalement indépendant, réalisé par Don Cheadle grâce à un financement participatif qui a permis, malgré les écueils, de couvrir un peu plus que le budget nécessaire à la réalisation. Il s’agit d’une première pour l’acteur qui, tout en restant devant la caméra, passe derrière elle pour ce film dont il cosigne le scénario. L’argent n’était pas le seul problème. Il y en avait un autre, symbolique, mais malheureusement de grande importance aujourd’hui : il ne pouvait pas se contenter d’acteurs noirs. Il fallait absolument un ou des acteur(s) blanc(s) capable(s) non seulement d’attirer l’attention, mais aussi d’ouvrir les portes pour la projection, en particulier aux USA. Il a fallu dix ans pour que Cheadle concrétise son rêve : « Lorsque Miles Davis est entré au Rock and Roll Hall of Fame en 2006 (...) l’idée est survenue dans l’esprit de l’acteur Don Cheadle d’en faire un film biographique sur ce musicien de jazz, dont il est fanatique, et l’acteur Ewan McGregor devait y jouer, mais la crise financière éclata en 2008. » (source). Le réalisateur ira jusqu’à apprendre la trompette... mais ce ne sera pas lui que l’on entendra, car entretemps il a obtenu les droits sur la musique originale et ce sera donc Miles Davis lui-même que les spectateurs entendront.

 en noirs et blanc...

Le « blanc de service » sera donc Ewan McGregor et son rôle (Dave Braden) - probablement inventé ou au moins largement romancé pour les besoins du long métrage - lui sied à merveille. Il nous permet de découvrir un couple artiste/journaliste comme dans Life par exemple (mais là, le personnage était réel), avec les inévitables tensions/attractions. Et ce fut un plaisir pour nous de revoir McGregor dans un film musical tant il était impressionnant dans son rôle de Curt Wil dans Velvet Goldmine de Todd Haynes. Là aussi, un journaliste était en action, Arthur Stuart, incarné par Christian Bale.

 qui se joue du temps...

Miles Ahead (qui est aussi le titre d’un album de Davis paru en 1957) nous offre une forme originale. Il y a un prologue et un épilogue que nous situerions « aujourd’hui », non pas hic et nunc, mais dans le présent de la narration. Il nous fait découvrir un échange entre le jazzman (qui fume beaucoup - durant tout le film d’ailleurs - et pas que) et Dave Braden. Nous ne comprenons que cela à la fin, d’autant que son look a changé : cheveux court et bien plus sage que dans le reste du film. Le cœur de celui-ci suit une double trame temporelle : un autre « aujourd’hui », celui de la rencontre entre le journaliste et Miles Davis et un passé, sous forme de flashbacks qui se concrétisent selon deux axes. La période de gloire de Davis et la rencontre avec sa muse, d’une part et la déchéance du jazzman, d’autre part. Ce « cœur » constitue l’essentiel du film et est lui-même inclus dans une microhistoire qui débute et conclut cette insertion : la quête, la perte et le vol d’une bande de magnétophone qui contient des enregistrements de Miles Davis durant sa période creuse de cinq ans, de 1975 à 1980. Pour en savoir plus sur Davis, n’hésitez pas à consulter les encyclopédies spécialisées ou simplement Wikipédia.

 sans être un panégyrique !

Don Cheadle ne fait pas un éloge de Miles Davis. Bien au contraire, il nous montre et il incarne avec beaucoup de naturel un homme confronté à la gloire et à sa propre déchéance, aux addictions à l’alcool et surtout la drogue ; un homme qui découvre sa muse, Frances Taylor. Dans le cadre de cette rencontre avec le journaliste et des actions (forcées) qu’elle entraîne, c’est sous forme de flashbacks que le passé advient à l’écran, par la médiation d’idées ou d’images crochets. Un événement actuel amène à l’écran et sans transition, un autre du passé qui nous fait basculer dans la mémoire de Miles Davis qui se souvient des jours de bonheur, mais également de ceux de malheurs. Le bonheur avec sa muse et la gloire musicale, la déchéance, les producteurs et firmes musicales, qui ne voyaient en lui qu’un contrat et une source d’argent (probablement plus importante encore s’il était mort), des petits et grands voyous. Et tout cela en nous embarquant dans une folle course poursuite à la recherche de la fameuse bande magnétique. Que contient-elle ? Quel rôle joue un jeune musicien embarqué malgré lui (ou pas) dans l’histoire ou la combine ? Comment cela va-t-il se concrétiser, puisque concrétisation il y aura (en effet, l’épilogue laisse entendre que nous sommes probablement dans la période d’après son contrat avec Columbia Records et donc après 86 [1]) ?. Cela vous le découvrirez à l’écran où Don Cheadle réussit admirablement à nous offrir un Miles Davis immortel. Il est assez significatif à cet égard que l’insert final du film n’est pas
Miles Davis : 1926-1991,

mais

Miles Davis : 1926 - . . . .

Cheadle ne fait donc pas un éloge funèbre, puisque Miles Davis n’est pas mort !

 Diaporama

 Bande-annonce :

Notes :

[1(nous supposons la fin des années 1980 - ce qu’un fan ou un spécialiste de Miles davis pourra confirmer ou pas)


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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