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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Roland Emmerich
Midway
Sortie du film le 06 novembre 2019
Article mis en ligne le 16 novembre 2019

par Charles De Clercq

Signe(s) particulier(s) :

  • s’inspire de la bataille de Midway, l’un des engagements aéronavals majeurs de la Seconde Guerre mondiale, qui eu lieu au large des Îles Midway, lors de la guerre du Pacifique, et durant les premiers jours de juin 1942, c’est-dire six mois après l’entrée en guerre du Japon contre les États-Unis, alors déclenchée par l’attaque de Pearl Harbor par les Japonais, en réaction à l’embargo pétrolier imposé par les États-Unis cinq mois plus tôt, et qui provoqua l’entrée des États-Unis dans le conflit mondial (1939-1945) ;
  • aucun studio important n’étant assigné à ce projet dantesque, Roland Emmercih a dû se tourner vers des particuliers pour obtenir des financements, lui qui a aussi puissé sur fond propre, et accepté de faire une croix sur une grosse partie de son salaire pour que ce film, soit l’un des plus coûteux film indépendant de l’Histoire, voit le jour.

Résumé : Après la débâcle de Pearl Harbor qui a laissé la flotte américaine dévastée, la marine impériale japonaise prépare une nouvelle attaque qui devrait éliminer définitivement les forces aéronavales restantes de son adversaire. La campagne du Pacifique va se jouer dans un petit atoll isolé du Pacifique nord : Midway.
L’amiral Nimitz, à la tête de la flotte américaine, voit cette bataille comme l’ultime chance de renverser la supériorité japonaise. Une course contre la montre s’engage alors pour Edwin Layton qui doit percer les codes secrets de la flotte japonaise et, grâce aux renseignements, permettre aux pilotes de l’aviation américaine de faire face à la plus grande offensive jamais menée pendant ce conflit.

La critique de Julien

C’est en septembre 2009, en marge de la présentation de son film apocalyptique « 2012 » (axé sur les fameuses prophéties mayas qui prédisaient la fin de nos civilisations modernes cette même année) que Roland Emmerich avait annoncé publiquement son souhait à réaliser un film sur la Bataille de Midway, lui qui s’était déjà essayé au film de guerre historique avec « Le Patriot » en 2000. Or, pour la petite anecdote, Emmerich avait déjà tenté bien avant cela de recréer cette bataille au cinéma, soit dans les années 90, alors qu’il était encore engagé dans un accord exclusif avec le label appartenant à Sony, Columbia-TriStar. Mais faute d’un budget trop conséquent, le regretté John Calley (responsable du studio à l’époque) et le cinéaste ont abouti à une impasse, tandis qu’ils n’ont pu obtenir l’approbation de Sony au Japon. Bien des années plus tard, de l’eau est passée sous les ponts, et Roland Emmerich a pu mettre en images cette bataille aéronavale majeure de la Seconde Guerre mondiale, considérée comme un tournant dans la guerre du Pacifique, alors conclue par la victoire de l’US Navy et de l’USAAF (l’armée de l’air américaine) sur la marine impériale japonaise, en réponse à l’attaque surprise menée par les forces aéronavales japonaises le 7 décembre 1941 contre la base navale américaine de Pearl Harbor.

Mais « Midway » est aussi une bataille personnelle pour Roland Emmerich, lui qui a du faire face à la frilosité des grands studios envers ce film de guerre au budget pharaonique, ce qui prouve que même les réalisateurs de premier plan sont confrontés à marché peu confiant, obsédé par les films de super-héros et les franchises ressuscitées, et cela malgré le récent succès critique et commercial de « Hacksaw Ridge » (2016) de Mel Gibson. Hors de toutes zones de confort, Emmerich a notamment été contraint ici de réduire le nombre de jours de tournage, de comptabiliser chaque dollar dépensé pour la production, tandis qu’il a dû tempérer certaines de ses ambitions pour les séquences de combat. Mais à quel(s) prix ?

Le film débute alors en 1937, par ce qui sera sans doute l’une de ses meilleurs scènes du film, alors que l’attaché de la marine américaine à Tokyo et son homologue discutent des positions des États-Unis et du Japon dans l’océan Pacifique, lors d’une cérémonie officielle. Isoroku Yamamoto, l’amiral de la Marine impériale japonaise, informe alors discrètement l’officier des renseignements, Edwin T. Layton, qu’ils agiront si leurs réserves de pétrole (dont ils dépendent) sont menacées, ce qui fut évidemment le cas, menacés par leur soif de domination de l’Asie et du Pacifique. Ensuite, le cinéaste allemand nous montre successivement, et tel un bourrin, l’attaque de Pearl Harbor (07 décembre 1941), puis le raid sur les îles Marshall (01 février 1942), le raid de Doolittle sur le Japon (18 avril 1942) ou encore la bataille de la mer de Corail (du 04 au 08 mai 1942), avant de passer plus longuement aux préparatifs de la Bataille de Midway. Et il faut bien dire que l’entame, qui se voudrait spectaculaire, est loin d’être convaincante, gonflée aux fonds verts et aux images de synthèse immondes, et d’un amateurisme léger, quand on les compare à ce que l’on peut voir de nos jours. Le cinéaste nous emmène alors, sans prendre le temps de poser un contexte historique et diplomatique clair, d’un endroit à un autre, sans une once d’audace, ni d’intensité, malgré les terribles événements narrés. Cette reconstitution est tellement mauvaise qu’on est à même de se demander comment de tels effets numériques peuvent encore voir le jour, à l’heure actuelle. Alors même si on aurait tendance à porter ce projet dont la production a été compliquée, il est évidemment que de mauvais choix ont été posés dessus. Écrit par Wes Tooke (dont il s’agit ici du premier scénario de film), « Midway » choisit ensuite de suivre la bataille suivant trois angles de vue différents, avec plus ou moins d’efficacité. Il y a tout d’abord celui des pilotes du porte-avion USS Enterprise (CV-6), dont notamment Dick Best, mais aussi le travail crucial de l’officier des renseignements de la marine Edwin Layton, d’un casseur de codes, Joseph Rochefort, et de l’amiral Chester W. Nimitz (pour ne citer qu’eux), tous à Pearl Harbor, et enfin les forces japonaises, dont l’amiral Isoroku Yamamoto. On pourrait aussi citer les épouses, qui attendent, toute paniquée, des nouvelles de leurs maris héroïques, alors au combat...

N’est pas Christopher Nolan qui veut (« Dunkerque ») ni Sam Mendes (« 1917 », à paraître le 15 janvier dans les salles) ! Roland Emmerich se traîne à vouloir trop en faire visuellement, et n’en fait surtout pas assez. D’un point de vue historique, « Midway » ne fait que survoler pour frapper, tandis qu’il faut attendre le générique de fin pour en apprendre davantage sur les protagonistes réels du film, eux qui sont majoritairement interprétés ici par des acteurs de seconde zone, ou accoutumés à ce genre de rôles, sans oublier des petits nouveaux, dont l’un des Jonas Brothers... Et franchement, aucun personnage ne sort ici du lot, le principal (le Lieutenant Richard « Dick » Best), joué par Ed Skrein, étant bien arrogant comme il faut, et les autres beaucoup trop cadrés, trop propres, conditionnés. Et c’est vraiment dommage, l’empathie n’étant pas du tout au rendez-vous.

Alors que son film tire en longueur, on a la curieuse impression que le cinéaste a tout misé sur les attaques successives des escadrilles de bombardiers torpilleurs des porte-avions américains contre les Japonais, tant ces moments sont les points d’orgue de cette bataille, et justifient le budget de production du film. Car c’est là, finalement, dans les airs, que s’est jouée cette bataille-là. Et cela, Emmerich l’a bien compris, bien que cela aurait été impossible sans le travail au sol d’une multitude d’intervenants qui ont aussi ici leur place. Malgré cela, il faut attendre bien trop longtemps pour parvenir à ressentir quelque chose de fort à l’écran, et de se sentir immergé dans les cockpits.



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