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CINECURE
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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Josie Rourke
Marie Stuart, Reine d’Ecosse / Mary Queen of Scots
Sortie le 27 février 2018
Article mis en ligne le 7 mars 2019

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • directrice artistique du prestigieux théâtre The Donmar Warehouse à Londres, Josie Rourke signe ici son premier long métrage ;
  • le scénariste du film, Beau Willimon, s’est appuyé sur la biographie de John Guy intitulée « Queen of Scots : The True of Marie Stuart » (2004), qui se démarque de son approche de Marie Stuart, généralement présentée comme une monarque faible et aux mœurs légères, tandis que l’auteur du livre apparaît dans le film le temps d’un caméo.

Résumé : Le destin tumultueux de la charismatique Marie Stuart. Épouse du Roi de France à 16 ans, elle se retrouve veuve à 18 ans et refuse de se remarier conformément à la tradition. Au lieu de cela elle repart dans son Écosse natale réclamer le trône qui lui revient de droit. Mais la poigne d’Élisabeth Iʳᵉ s’étend aussi bien sur l’Angleterre que l’Écosse. Les deux jeunes reines ne tardent pas à devenir de véritables sœurs ennemies et, entre peur et fascination réciproques, se battent pour la couronne d’Angleterre. Rivales aussi bien en pouvoir qu’en amour, toutes deux régnant sur un monde dirigé par des hommes, elles doivent impérativement statuer entre les liens du mariage ou leur indépendance. Mais Marie menace la souveraineté d’Elisabeth. Leurs deux cours sont minées par la trahison, la conspiration et la révolte qui mettent en péril leurs deux trônes et menacent de changer le cours de l’Histoire.

La critique de Julien

On ne va pas refaire ici le monde, ni vous raconter une énième fois l’histoire de Marie Stuart, cette souveraine du royaume d’Écosse déchue, et même reine consort de France fut un (court) temps. À vrai dire, le résumé le fait tellement bien, qu’il n’y a pas grand chose à y rajouter. Elle, dont la tragédie ne cesse d’inspirer le cinéma, fait donc ici l’objet aujourd’hui d’un nouveau film, cependant inspiré d’une biographie présentant une vision méconnue de la reine, brisant ainsi les clichés qui l’entourent. Réalisé par la Josie Rourke, novice dans le milieu (elle qui nous vient du monde du théâtre), « Marie Stuart, Reine d’Écosse », s’il possède de belles qualités, n’apporte pourtant pas les révélations qu’on attendait.

En bref (tout de même), revenue en 1561 de France après la mort de son époux le roi François II, et pour réclamer le trône qui lui revient de droit, Marie Stuart doit faire face aux tensions religieuses qui divisent son peuple, elle qui est une catholique fervente, tandis qu’une faction protestante dénonce son attitude et ses idées, dont le réformateur de l’Eglise écossaise John Knox. Alors que les tensions diplomatiques se creusent avec sa demi-sœur Elisabeth Ire (sur le trône d’Écosse), elle qui souhaite restaurer l’autorité de l’Eglise protestante aux dépens de l’Eglise catholique promue par Marie, le récit se tourne notamment vers ses mariages ayant causés sa perte, tout d’abord avec Henry Stuart, lord Darnley (le petit-neveu du roi Henri VIII et cousin germin), jaloux de la relation que son épouse entretenait avec son secrétaire privée David Rizzio, et dont le mariage précipita son demi-frère James dans le parti protestant en rébellion. Puis vint Jacques Hepburn, 4e comte de Bothwell, lequel a été considéré comme coupable de l’assassinat du mari de Marie Stuart, avant d’être finalement acquitté par le tribunal de complaisance, et forçant dès lors Marie Stuart à l’épouser pour éviter son déshonneur. D’ailleurs, l’Histoire voudrait qu’il ait abusé d’elle, sauf qu’elle en était amoureuse... Quoi qu’il en fût, cette nouvelle scella son destin, elle qui abdiqua le trône d’Écosse à la faveur de son fils Jacques, né de son mariage avec Henry Stuart, alors âgé de un an. Assignée à résidence pendant dix-huit ans par Elisabeth Ire, cette dernière finit par ne plus tolérer les nombreux rapports de complots par lettres visant à la tuer, et dont Marie Stuart était l’auteur, bien que certains historiens suspectent qu’elles aient été falsifiées pour prétexter sa condamnation, par décapitation, qui survint en 1587...

Avec comme point de mire la relation de fascination qu’entretenaient les deux demi-sœurs, « Marie Stuart, Reine d’Écosse » souffre malheureusement d’une mise en scène redondante, où l’on se retrouve sans cesse ballotté d’un côté à l’autre, d’une scène à l’autre, où chacune d’elle semble répondre à la précédente, ce qui rend le face-à-face (à distance) assez lourd, mécanique et sans grande ampleur. Or, dès que le spectateur commence à comprendre le processus, c’est sa patience qui est mise à rude épreuve. À moins d’être un féru d’histoire (et encore faut-il pour eux fermer les yeux sur certaines inexactitudes), le récit accumule aussi les caractères et nous perd dans des sous-intrigues pas forcément pertinentes, étant donné que le rythme traîne des pieds, et qu’on a la curieuse sensation que tout est tiré en longueur. Entre nous, les histoires de jupons de Marie Stuart nous importent peu... Par contre, le film devient intéressant lorsqu’il est question des arguments de chacune quant à leur légitimité au trône, en réponse à l’autre. Mais une fois de plus, cette « confrontation » vient un peu trop tard dans le récit, et surtout lors d’une scène fictive n’ayant jamais eu lieu, elle qui prouve bien que certaines choses importantes n’avaient pas encore pu être dites auparavant dans le récit, ou en tout cas pas avec la même intensité, ni vérité...

En termes maintenant de reconstitution, il n’y a rien à redire des décors, où l’équipe a filmé en Écosse et en Angleterre, tandis que les costumes et les maquillages, eux, sont tout simplement grandioses. D’ailleurs, le film a notamment concouru aux Golden Globes et aux Oscars pour le travail réalisé à ces effets. Jusqu’aux perruques, en passant par des prothèses, Margot Robbie et Saoirse Ronan sont Elisabeth Ire et Marie Stuart. La première gardera d’ailleurs à vie des stigmates extrêmement bien rendus sur son visage suite à une variole dévorante, tandis que la beauté de la seconde n’aura jamais d’égal. D’ailleurs, Elisabeth ne cessera d’en être jalouse, elle qui n’aura jamais d’enfant, et vivra sa vie en célibataire.

Dans ce film de femmes, les deux actrices portent sur leurs épaules leur personnage, et se donnent pour transcender tout le poids de leurs peurs, comme de leur obsession commune. Dictée par les hommes et le poids de la religion, leur rivalité illustre la condition de la femme à cette époque, et par la même occasion de la femme actuelle, elle qui ne cesse toujours de se battre pour ses droits, et de s’affirmer pour faire accepter ses idées... À côté de cela, les seconds-rôles masculins peinent ici à exister, ce qui ne permet pas dès lors de répondre totalement à ce parallèle pourtant intéressant.



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