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Pedro Almodóvar
Madres Paralelas
Sortie du film le 01 décembre 2021
Article mis en ligne le 20 décembre 2021

par Julien Brnl

Genre : Drame

Durée : 120’

Acteurs : Penélope Cruz, Milena Smit, Aitana Sánchez-Gijón, Rossy de Palma, Julieta Serrano...

Synopsis :
Deux femmes, Janis et Ana, se rencontrent dans une chambre d’hôpital sur le point d’accoucher. Elles sont toutes les deux célibataires et sont tombées enceintes par accident. Janis, d’âge mûr, n’a aucun regret et durant les heures qui précèdent l’accouchement, elle est folle de joie. Ana en revanche, est une adolescente effrayée, pleine de remords et traumatisée. Janis essaie de lui remonter le moral alors qu’elles marchent tel des somnambules dans le couloir de l’hôpital. Les quelques mots qu’elles échangent pendant ces heures vont créer un lien très étroit entre elles, que le hasard se chargera de compliquer d’une manière qui changera leur vie à toutes les deux.

La critique de Julien

« Madres Paralelas » est un film dont on reconnaît directement les multiples empreintes de son réalisateur, Pedro Almodóvar, d’autant plus qu’il y dirige pour la septième fois sa muse, Penélope Cruz, laquelle a reçu, lors de la Mostra de Venise, la Coupe Volpi de la meilleure actrice pour son rôle dans ce drame. L’actrice y interprète alors une future mère, célibataire, qui va faire la connaissance d’une adolescente également enceinte, dans leur chambre d’hôpital, elles qui vont donc devenir mère, mais par accident. Ou du moins, pas vraiment pour Janis (Cruz), mère par vocation, elle qui a toujours souhaité le devenir, et ainsi fonder une famille, sa grand-mère ayant toujours été sa seule famille. D’ailleurs, cette dernière lui a laissé comme mission de faire ouvrir une fosse commune clandestine franquiste, se trouvant en bordure de village, dans laquelle son arrière-grand-père aurait été enterré aux côtés d’autres villageois, s’opposant à la dictature de Francisco Franco durant la guerre d’Espagne (du 17 juillet 1936 au 1er avril 1939). En parallèle, Ana (Milena Smit), elle, est une mère inopinée, apeurée et traumatisée face à sa maternité imminente. Mais elle trouvera en Janis une mère de substitution, la sienne (Aitana Sánchez-Gijón) étant totalement dénuée d’instinct maternel, et séparée de son père, lequel fait d’ailleurs tout pour l’éviter à son tour. Mais le laps de temps durant lequel Ana aura eu son enfant sur sa poitrine aura changé de façon radicale ses peurs et incertitudes. Les quelques jours passés à la maternité vont alors créer un lien très étroit entre les deux femmes, qui va alors les (pour)suivre au-delà de leur rencontre et de la naissance de leurs filles, respectives...

Portait de femmes aussi contenu que bouleversant, « Madres Paralelas » confronte ici la femme d’une part au secret et au lourd dilemme moral qui plonge dans la douleur et dans la honte, et d’autre part au passé franquiste d’Espagne. Loin d’être des modèles de vertu, Pedro Almodóvar filme alors ses personnages féminins avec beaucoup de fascination pour ce qui fait d’eux ce qu’ils sont. Janis est alors complexe, déterminée, tourbillonnante, contradictoire, elle dont les parts les plus sombres vont être ici accentuées par la présence dans sa vie d’Ana, empreinte d’une grande vérité, de pureté et d’innocence. Leur relation, qui les verra mères parallèles distinctes se confondre par vicissitudes, prendra alors une tournure pour le moins inédite, laquelle sera alors malmenée par ce qui ne sera malheureusement pas que le fruit d’une paranoïa.

Sans véritablement surprendre, le cinéaste espagnol retrouve ici un cinéma mélodramatique au féminin, tandis qu’il y traite avec délicatesse et en sous-texte de plaies urgentes et toujours béantes - bien qu’enfouies - de la société espagnole, à savoir ses charniers franquistes. À cet égard, son message est politique, certes, mais il avance surtout dans une démarche d’apaisement, d’émotions, et d’hommage des vivants aux morts. Dommage cependant que les deux histoires ne s’imbriquent ici pas aussi harmonieusement qu’espéré, tandis que le portrait de ces femmes manque de rythme, et souffre de prévisibilité. Mais le jeu de ses interprètes, en pleine alchimie, apporte une vraie authenticité, un ADN unique, et retrouvé pour ces femmes et leurs familles, autrefois orphelines de parents, du passé, de l’Histoire...



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