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Ruben Alves
Miss
Sortie du film le 09 juin 2021
Article mis en ligne le 11 juin 2021
dernière modification le 7 juillet 2021

par Julien Brnl

Genre(s) : Comédie

Durée : 107’

Acteur(s) : Alexandre Wetter, Isabelle Nanty, Pascale Arbillot, Thibault De Montalembert, Stéfi Celma...

Synopsis :
Alex, petit garçon gracieux de 9 ans qui navigue joyeusement entre les genres, a un rêve : être un jour élu Miss France. 15 ans plus tard, Alex a perdu ses parents et sa confiance en lui et stagne dans une vie monotone. Une rencontre imprévue va réveiller ce rêve oublié. Alex décide alors de concourir à Miss France en cachant son identité de garçon. Beauté, excellence, camaraderie… Au gré des étapes d’un concours sans merci, aidé par une famille de cœur haute en couleurs, Alex va partir à la conquête du titre, de sa féminité et surtout, de lui-même…

La critique de Julien

Ne vous-y trompez pas, « Miss » ne traite ni du Concours Miss France, ni la transidentité, mais bien d’androgynie, bien que ce thème ne soit que la toile de fond de l’histoire. Second film du réalisateur franco-portugais Ruben Alves, sept années après avoir rendu un hommage à ses parents dans son premier long « La Cage Dorée », « Miss » est né d’une volonté de traiter une nouvelle fois de ses envies, lui qui est également scénariste de ses films. Et plus précisément, c’est suite à l’accompagnement d’une personne proche de lui dans sa « transition » sexuelle qui a ressenti le besoin de parler de cela, tandis que sa productrice lui avait proposé un temps un téléfilm sur un transgenre, mais bien trop codifié pour lui, lequel a pourtant rencontré, grâce à ce projet avorté, un certain Alexandre Wetter, mannequin à l’époque. Dans « Miss », il est question avant tout de courage, et particulièrement celui dont il faut faire preuve pour oser changer d’identité, pour alors mieux se trouver, être aimé pour ce qu’on est, s’identifier à qui l’on est vraiment, alors que son personnage principal Alexandre se sent juste « plus fort en femme », lequel va alors s’inscrire au concours, et alors mentir pour rentrer dans les cases normatives, dans une société où tout est systématiquement genré, et dès lors jugé dans sa différence.

Présenté hors compétition au Festival International du Film de Comédie de l’Alpe d’Huez en janvier 2020, on aurait pu s’attendre au pire avec « Miss », et pourtant, qu’elle ne fut pas notre grande surprise de découvrir là à la fois un film émouvant, sincère, moderne, grand public et tellement peu banal dans sa manière de l’être, lequel permet à Alexandre Wetter de trouver un rôle sublimant son jeune talent d’acteur. Ce dernier irradie de beauté à l’écran, nous qui nous nous devons de souligner un incroyable travail physique, mais également de costume, de coiffure ou encore de maquillage. Car si le spectateur sait qu’Alexandra est un garçon, il n’en est rien pour les personnes qu’il croisera sur son chemin, notamment autour de ce concours un brin désuet, gentiment moqué ici pour mieux le moderniser. Et autant dire qu’Alexandra donne du fil à retordre aux autres miss, tellement il/elle est magnifique, et crédible dans son rôle. Mais on apprécie d’autant plus ce personnage par la profondeur de son écriture, lui qui, depuis la disparition de ses parents, peine à (re)trouver confiance en lui, malgré l’appui de gens de la communauté dans laquelle il vit.

Certes Ruben Alves regarde la femme au travers des yeux d’un homme avec son personnage principal, mais il ne se contente pas de cela, et dresse le portrait d’une féminité plurielle, notamment au travers du personnage joué par Isabelle Nanty (Yolande, « mère d’adoption » d’Alexandre, qui la loge, elle qui est farouchement opposée au concours), ainsi que par Pascale Arbillot (Amanda, directrice de l’organisation Miss France, de prime abord écervelée), sans lésiner non plus sur des rôles masculins, et notamment celui de Quentin Faure, Elias, l’ami boxeur d’enfance (lequel renvoie un effet miroir à Alex), et surtout de Thibault de Montalembert (Lola, touchante trans baroque et amie d’Alexandra, vivant au même endroit). D’une manière ou d’une autre, Ruben et sa coscénariste Elodie Namer parviennent à faire évoluer leurs personnages, et cela avec une belle palette de rôles secondaires qu’on aime tant découvrir et se révéler, et cela autour de la belle personne qu’est Alexandra, qui cherche donc, quant à elle, à devenir quelqu’un.

Bien qu’on ait eu tendance à croire que « Miss » faisait partie de l’un de ces films caricaturaux dans la représentation de ses idées, force est de constater qu’on a eu tort de le penser, ce film embrassant ainsi une démarche vraie, authentique, bienveillante, tout en parvenant, en même temps, à divertir. Et c’est bien plus que tout ce qu’on aurait pu espérer de cette comédie sociale, finalement bien imprégnée dans son temps, laquelle n’a pas peur ainsi de bousculer les carcans de la comédie conventionnelle, et oser proposer quelque chose de nécessaire, et de parler du genre, dans notre société encore trop patriarcale. On terminera par souligner l’efficacité de la mise en scène, usant de paillettes sans pour autant en abuser, tandis que la bande-originale, signée par le pianiste et compositeur allemand Lambert, offre de beaux moments, et notamment d’émotions (mention spéciale au titre « Drôle d’Époque » de Clara Luciani).