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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Laurier Fourniau
Low Notes
Sortie le 31 mai 2017 (cinéma Aventure à Bruxelles)
Article mis en ligne le 25 octobre 2016
dernière modification le 18 juillet 2017

par Charles De Clercq
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Un film franco-belge tourné à Los Angeles...
Un film indépendant. Un réalisateur talentueux et à suivre car il a du potentiel.

Synopsis : Leon, s’installe à Los Angeles, après avoir quitté sa Côte Est natale et son premier amour de collège, Eva. Les quartiers résidentiels calmes et ensoleillés sont le décor parfait d’une vie oisive et opulente. Très vite, Leon fait la rencontre d’Alexis, étudiant excentrique d’origine chilienne qui endosse le rôle de guide et de mentor dans sa nouvelle vie. Virées frénétiques et rencontres nocturnes s’enchaînent dans la mégalopole tentaculaire, théâtre de leurs névroses. (photo ci-contre : Laurier Fourniau)

Acteurs : Dashiell Boam, Pedro Fontaine, Cooper Oz, Taylor Kowald, Hans Huder, Olivia Frischer, Melanie Rains, Ariana Gallastegui, Michelle Briddell

 Une heureuse découverte !

J’ai visionné il y a quelques jours le film Low Notes. Autant préciser immédiatement qu’il s’agissait d’une projection-test avant exploitation. Pourquoi en faire état alors ? C’est que ce long métrage mérite que l’on en fasse écho et qu’il se trouve dans la même situation que certains films projetés dans des festivals avant leur sortie publique. Il est important d’en parler pour y être attentif lors de la sortie officielle. Et ce n’est qu’à la persévérance du réalisateur que j’ai eu la chance de voir son film. Il y a tellement de films à visionner qu’il y a un principe de limitation, voire de protection et j’ai laissé tomber l’invitation à voir Low Notes ! Jusqu’à ce qu’une autre, personnelle, me soit envoyée par le réalisateur, sur le conseil d’un de mes amis et cela fort à propos. Pas de regret donc, bien au contraire, et ce ne fut pas du temps perdu, d’autant que le réalisateur a accordé une interview et qu’il sera invité en radio sur RCF en fin d’année ! Depuis, j’ai appris que le film à obtenu trois « recognition awards » lors de l’Indie Film Fest Festival, pour un second rôle, la musique originale et la voix off. Le film a également obtenu « Honorable Mention » du LA Underground Film Forum. De Laurier Fourniau, je ne connaissais rien, même pas son premier court-métrage Encore, d’une durée de 25 minutes, réalisé en 2015. Je l’ai vu depuis et on en trouvera ci-après une intéressante présentation du réalisateur (cliquez sur le lien pour lire).


Note d’intention de Laurier Fourniau pour le court-métrage Encore

La décision d’écrire Encore vient du croisement de deux désirs. Au départ, ce qui m’intéresse, c’est d’explorer la relation d’un couple qui s’impose un certain nombre de règles contraignantes pour vivre son histoire. Alice aime Rémi. Rémi aime Alice. Le but « idéaliste » d’Alice est d’inventer les propres termes de la relation qui la lie à Rémi, hors des carcans conventionnels du couple.

La première règle est spatiale et fait du film un huis-clos : ils ne se voient strictement que chez Alice, à des horaires bien précis. La clé de voute de leur rituel, c’est d’intégrer un espace de fiction : ils se rencontrent à chaque fois dans le peau de nouveaux personnages.

Le film, c’est l’enrayement de la machine, l’effritement de ce système, qui devient le terreau d’une relation addictive, destructrice et finalement invivable.

Quand j’ai commencé à écrire, j’ai été animé d’un autre désir, d’ordre plus pragmatique : celui de la contrainte technique et artistique d’un huis-clos peu coûteux. Au cours de l’écriture, je me suis rendu compte que ces deux désirs se fondent finalement l’un dans l’autre de manière organique. Pour le dire autrement, il m’est apparu que certaines de mes préoccupations d’écriture et de réalisation rejoignent les problématiques des personnages eux-mêmes : ayant décidé de limiter l’action à l’appartement, Alice et Rémi, tout comme moi-même, tentons d’épuiser toutes les possibilités du lieu, en le réinventant sans cesse. Par sédimentations successives, précisant leur rituel au fur et à mesure, les personnages finissent par transformer l’appartement en une sorte de grand décor de fiction. Les objets, les meubles ne sont plus prisonniers de leur fonction, mais livrés à l’imagination des deux personnages. Inépuisable, le lieu est recomposé en permanence.


 Un film indépendant !

C’est donc sans aucun a priori que j’ai visionné le film. Celui-ci se présente dès le début du générique comme « indépendant ». Et j’ajouterais « avec fierté » car il peut s’augurer de toute la noblesse de ce que des cinéphiles mettent derrière ce mot « indépendant ». Dès les premières images, une sensation curieuse, celle d’un univers connu, d’un genre cinématographique déjà rencontré, mais avec, en même temps quelque chose d’autre, de neuf ou, en tout cas, de différent. Le premier sentiment : celui d’entrer dans un univers que Bret Easton Ellis aurait pu décrire dans ses romans. Ensuite, malgré moi, des liens se sont établis avec The Rules of Attraction un film réalisé par Roger Avary en 2002. Léon renvoyait à Sean Bateman (James Van Der Beek), notamment par l’utilisation de la voix « off » qui aidait à comprendre et intégrer le « héros » et son parcours. Ce n’était donc pas l’aspect débauche et fêtes qui était présent, mais un certain milieu de jeunes en marge de leur cursus scolaire, de leurs rencontres avec les filles, des plans dragues, des échecs sentimentaux, de l’amitié, et surtout d’une nostalgie et d’une déréliction inéluctable qui termine le film. Quoi qu’il en soit c’est ce film ou ce type de films (dans les années 80, on pensera à John Hughes et plus tard à Harmony Korine) qui me venai(en)t à l’esprit. En tout cas pas à de banales comédies adolescentes ! C’est que Low Notes est grave (cf. l’interview du réalisateur sur le double sens du titre). Si le violoncelle est important par ses sonorités (et il faut relever la référence à certains compositeurs qui écrivent pour cet instrument des notes de si basse fréquence qu’il serait impossible de les entendre après 22 ans... selon Léon - mais il est là dans son imaginaire puisque nous savons que, scientifiquement, c’est l’inverse !) c’est aussi la gravité de la situation de Léon, son poids, sa densité. C’est une histoire très banale : une rupture amoureuse, une distance géographique entre ceux qui sont désormais séparés...

 Los Angeles, des filles, des amis ou des copains ?


Cliquer pour lire ce paragraphe

 !!! SPOILERS !!!

Le film raconte l’aventure, ou plutôt la dés-aventure de Léon, ses rencontres avec des garçons et des filles, des sorties, mêlant le futile et l’agréable. Outre Léon, il est un autre personnage central de Low Notes, c’est Los Angeles et derrière ou à l’avant, les fameuses lettres HOLLYWOOD. Elles fascinent et pourtant il ne faut probablement pas s’en approcher trop, au risque d’en voir les piliers de soutien et la rouille qui les corrode. Dans cette ville il y a des occasions et des lieux de rencontres. Des villas, cossues, huppées, nous sommes dans une classe sociale largement aisée, pas pour tous cependant, ainsi l’un doit réclamer une dette de moins de trois dollars pour une bière quelques mois auparavant. Les filles sont moins sujets qu’objets de drague, de rencontres sexuelles, tandis que les garçons, de la même génération ou plus mûrs ont un autre statut. Difficile cependant de parler d’amitié au sens habituel du terme. Pas non plus la fameuse « amitié virile » de certains films ou, à l’inverse de la « bromance ». Ces hommes lient des relations, sortent et draguent ensemble, se concurrencent parfois pour les mêmes filles, mais point de véritable amitié, qu’ils soient colocataire ou compagnon de navigation. Plus que « potes », on pourrait dire « copains », au sens de ceux qui partagent un même pain, sauf qu’ici, le pain est remplacé par les soirées et les activités nocturnes, les filles voire la drogue. Ces copains devraient éloigner Léon du souvenir d’Eva (peut-on supposer qu’à l’image de la mythique première femme, Eve, il s’agisse de sa première amoureuse, voire sa première relation ?). Et pourtant, Eva se rappelle sans cesse à sa mémoire... à moins que lui-même ne soit en quête de celle-ci lors de concerts de musique (classique) ? Parfois même le prénom est entendu à la place d’un autre ! Une quête lancinante qui génère un spleen, un mal de vivre lors même de moments de pure détente, de défoulement. Quel miroir et quelle photographie peuvent rendre compte de l’âme de Léon à ce(s) moment(s) ? Au terme de la quête et du film, le spectateur apprendra ce qu’il advient (ou pas) de Léon.


 Fiction et/ou réalité !

Outre la voix off qui donne sa singularité au film, un élément est récurrent tout au long de celui-ci : la présentation des différent(e)s protagonistes de face et de côté avec une feuille portant leur prénom. A l’image - confiera Laurier dans son interview - de la façon dont on photographie les prisonniers. Ces acteurs sont-ils prisonniers du film, de l’image qu’il (se) donnent ou que nous en percevons ? J’y ai vu comme un « regard caméra » qui brisait, d’une certaine façon, le « quatrième mur », celui qui nous empêche d’entrer physiquement dans le film et à ses personnages d’en sortir ! C’est d’autant plus interpellant que Low Notes donne parfois l’impression d’être un documentaire ou, plus encore qu’un cinéma du réel, un « docu-fiction ». Comme si le film, son réalisateur et ses acteurs et actrices n’étaient pas indemnes de leur propre histoire, comme si il y avait des points de tangence entre la vie et la fiction et que l’un et l’autre se contaminaient !

 Réitérations

Le réalisateur a parlé de ces « portraits » lors de la séance de « questions-réponses » après la projection. Il en a eu l’intuition, une sorte de déclic, sans trop savoir qu’en faire ou plutôt comment il utilisera ce « matériau ». Ensuite, cela est apparu comme un élément propre à donner une densité au film. Il y le même phénomène dans le court-métrage Encore où une horloge est filmée régulièrement sur 6h30 (sauf une fois !) et constitue par là un des éléments essentiels de l’intrigue et de la narration. Une chose qui m’a plu, car il m’arrive d’utiliser pour le fun (mais pas que) certaines règles, ainsi celle d’avoir adapté les sous-titres de ma critique de Layla M. à partir de titres de films de Fassbinder ! Aucun point commun cependant entre Encore et Low Notes, à part le fait que l’acteur principal ne garde parfois qu’une seule chaussette au lit (LOL) ou, plus sérieusement, que de faire en sorte que les « contraintes » deviennent des atouts. Ainsi, pour le court-métrage, le lieu de tournage unique, un appartement parisien, devient constitutif essentiel de toute l’intrigue, même si de plusieurs façons (le super 8 ou la musique) le réalisateur arrive à (nous faire) sortir de l’appartement. Ici, ces « portraits » vont donner une ossature au film et, plus important encore, c’est que celui-ci devait être « court »... mais que - je vais jouer sur les mots - le tournage du court-métrage va tourner court ! En effet, Laurier et son équipe vont prendre peu à peu conscience du fait que le film doit être un long métrage ! Comment le faire sans tomber dans le travers habituel qui consiste à allonger la sauce ou le café jusqu’à ce qu’il soit imbuvable comme un mauvais café (clin d’oeil d’initié au court Encore !) ? Et c’est le génie et le talent du réalisateur d’avoir intégré la ville dans le film. Il y a deux « amours », celui de Léon pour Eva, celui du réalisateur pour Los Angeles où il a étudié et séjourné à plusieurs reprises.

 Laurier, un réalisateur aux mains d’argent !

Jeu de mots sur un film de Burton, mais aussi sur le peu d’argent dont Laurier disposait pour faire son film qui pourtant vaut son pesant de pépites... pour les yeux ! Mais aussi, outre le jeu de mots, parce qu’il a de nombreux talents (et en monnaie biblique, le talent vaut beaucoup d’argent). C’est qu’il est le scénariste, le chef-opérateur, le producteur et le monteur (sans compter sa participation à la musique, comme dans Encore). Il faut encore (désolé, le jeu de mot est presque involontaire !) préciser toute l’importance de la partie belge du film tourné à Los Angeles. En effet toute la post-production a été effectuée en Belgique, ainsi que la composition d’une partie de la musique (électronique) et même l’écriture d’une partie fondamentale du scénario, puisque le réalisateur a écrit les voix off à Bruxelles également et qu’il y a même tourné quelques « inserts retakes » et la séquence musicale avec des musiciens du Conservatoire de Bruxelles ! Laurier est-il un futur Xavier Dolan, l’avenir le dira. Quoi qu’il en soit, il ne s’agit pas d’une contrainte financière, mais du fait simplement que Laurier Fourniau maitrise ces métiers du cinéma.

Il faudrait relever aussi tout le travail de montage réalisé en aval par Laurier. J’ai déjà insisté sur l’importance du montage, en particulier lors de l’interview de Nikita Trocki et Sara Dufossé, les réalisatrices du court-métrage Axelle. En effet, elles avaient réalisé deux films différents à partir des mêmes rushs de tournage et j’avais eu l’occasion de voir le résultat lors du Festival du Court-métrage de cette année. Pour ce qui est de Low Notes, le montage « hyper cut » alternant images de LA, des panneaux d’Hollywood, des personnages dans le quotidien, dans le dramatique ou le futile, l’intégration des « portraits » des acteurs « prisonniers » de la Toile - ici au sens d’écran et pas d’internet et avec une notion de toile d’araignée également - (et de leur histoire) donne un résultat qui parlera à des cinéphiles, à des jeunes qui pourront se reconnaître, à des rêveurs, à des amoureux, seuls au monde, délaissés, angoissés...

Je suis lucide : le film n’est pas sans défaut, mais il montre de grandes potentialités de Laurier. C’est un réalisateur que l’on a intérêt à suivre, car il propose un cinéma qui sans être déjà d’auteur est prometteur d’un avenir cinématographique et on peut lui dire aujourd’hui : du cinéma de ce genre... Encore !

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