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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Laurent Micheli
Lola vers la mer
Date de sortie : 11/12/2019
Article mis en ligne le 10 novembre 2019

par Charles De Clercq

Synopsis : Alors que Lola, jeune fille transgenre de 18 ans, apprend qu’elle va enfin pouvoir se faire opérer, sa mère, qui devait la soutenir financièrement, décède. Afin de respecter ses dernières volontés, Lola et son père, qui ne se sont pas vus depuis deux ans et que tout oppose, sont obligés de se rendre jusqu’à la côte belge. En chemin, ils réaliseront que l’issue du voyage n’est peut-être pas celle à laquelle ils s’attendaient…

Acteurs : Mya Bollaers, Benoît Magimel, Els Deceukelier, Anemone Valcke, Sami Outalbali, Jeremy Zagba

Le premier film de Laurent Micheli, Evens Lovers Get the Blues avait été remarqué au FIFF de Namur en 2016 où il avait obtenu le prix de la critique. Un film remarquable dont on aurait espéré que plus de monde puisse découvrir ce film belge et son réalisateur. Un film qui s’inscrivait dans l’aujourd’hui de plusieurs amis trentenaires qui veulent vivre l’instant présent, mais aussi leurs amours (« Si tu savais qu’une histoire n’allait pas finir bien est-ce que... tu la vivrais tout de même ? »). Et, justement, là, Laurent Micheli apportait une touche singulière (voir notre critique) et traitait notamment du choix de la personne aimée, au-delà des questions de genre. Lorsque l’on aime, faut-il choisir entre lui ou elle est une des situations abordées dans Even Lovers... (comme dans le remarquable court-métrage canadien Morning After de la réalisatrice Patricia Chica qui traite de la fluidité sexuelle).

Si nous rappelons ce premier film, c’est parce que Lola vers la mer est un film de genre, non celui qui fait le bonheur des festivaliers du BIFF, mais du genre que l’on a l’habitude de se voir assigné à la naissance. Pas question de fluidité ici puisque l’héroïne née Lionel se vit et se voit comme Lola !

A quelques semaines de la chirurgie qui lui permettra d’être et d’habiter son corps comme Lola, munie d’un skateboard qui ne la quittera quasiment jamais, elle se rend à la maison familiale qu’elle a quittée deux ans auparavant pour séjourner dans un refuge avec son ami gay Samir. Elle veut assister aux funérailles de sa mère, hélas celles-ci ont été avancées. Occasion de découvrir la relation tendue entre Lola et son père qui rejette et refuse celle qui, pour lui, est Lionel. On n’en dira pas plus pour ne pas spoiler le film.

Celui-ci se déroule comme un road movie où deux êtres que tout oppose vivront une partie du voyage dans le huis clos dune voiture où les moments de tension, de tendresse, d’incompréhension, de disputes se succèderont. Pour celle qui est en phase de transition, pour ce père veuf beaucoup trop tôt, marqué par le chagrin, et rejetant ce fils qui ne veut pas l’être, c’est un voyage quasi initiatique qu’il vont effectuer vers la mer, pour que les cendres de la mère et épouse puissent être dispersées à la côte. Une halte dans un bar à hôtesse en Flandre leur donnera l’occasion de se découvrir, ou, du moins de tenter de le faire, grâce à la patronne (Els Deceukelier (que l’on avait découverte dans Home et Un couteau dans le cœur).

Certains se demanderont s’il était bien nécessaire de faire ce film après Girl. Question sans objet, car, outre le fait que Laurent Micheli a mis son film sur les rails avant d’avoir vu celui de Lukas Dhont, il s’agit ici d’un tout autre regard qui est apporté sur la question de la transidentité. Là où dans Girl le focus était essentiellement placé sur le parcours de Lara et le fait qu’elle veuille accélérer les étapes, en coupant court à toute possibilité de retour en arrière, ici, l’axe principal est la relation entre Lola et son père. Tout l’intérêt du film est de montrer le point de vue de Lola, mais aussi celui des parents. Des parents et non seulement de Philippe, le père. C’est qu’il y a aussi la mère. Certes réduite en cendres dans l’urne funéraire, mais surtout dans ce que le récit nous donne à connaitre (et à Philippe) de la relation qu’elle entretenait avec son enfant, devenue sa fille.

Le film doit beaucoup à ses deux interprètes, à commencer par Mya Bollaers, transgenre, dont c’est ici le premier rôle au cinéma et Benoît Magimel qui apporte ici un côté « brut de décoffrage » déjà présent dans l’excellent La Tête haute, d’Emmanuelle Bercot. Là où dans Girl il était reproché par certains de ne pas avoir choisi une personne transgenre pour jouer le rôle de Lara (Victor Polster, cisgenre), plusieurs ont apprécié que Laurent Micheli aie confié le rôle à une transgenre [1]. Et hors cette question de genre, ce qui est bluffant dans ce film, c’est la présence à l’écran de Mya Bollaers, 23 ans, qui (se) révèle une formidable actrice ! Et l’on doit remercier le réalisateur de nous la faire connaitre et, à travers elle de pouvoir nous faire connaître un monde aux frontières, inconnu ou mal connu de beaucoup. Voilà donc un film qui apporte un souffle nouveau au cinéma belge.



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