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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Olivier Ayache Vidal
Les grands esprits
Sortie le 13 septembre 2017
Article mis en ligne le 30 août 2017
dernière modification le 22 octobre 2017

par Charles De Clercq
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Un film qui ne cède pas à la facilité, mais qui apporte de l’émotion et oblige à penser.
Bien plus qu’une comédie, il offre un autre regard sur les enseignants et les jeunes. 81/100

Synopsis : François Foucault, la cinquantaine, est professeur de lettres à Paris. Il enseigne dans l’une des écoles les plus sélectives et prestigieuses du pays, le lycée Henri IV. Mais plusieurs évènements l’amènent à devoir quitter cet établissement. Il est contraint d’accepter d’être muté dans un collège en banlieue qui fait partie du réseau d’éducation prioritaire. Face à cette étape de sa carrière, François craint le pire.

Acteurs : Denis Podalydès, Zineb Triki, Lea Drucker, Abdoulaye Diallo, Marie-Julie Baup.

Les grands esprits, sans faire de l’esprit ou des jeux de mots, c’est un film d’école, entendons, qui, comme Entre les murs, à pour cadre une école, une classe, un enseignant et ses élèves. S’il est d’autres films qui ont le milieu scolaire comme scène d’un long métrage, il ne s’agit pas du thème ou de l’enjeu principal, sauf à en faire une (mauvaise) comédie, bête et méchante, grivoise, prétexte à des scènes de comique de situation. Le thème du film prêtait à suivre cette voie et on l’aurait volontiers pardonné, voire accepté en se disant que vu le professeur, le film serait d’une « bonne classe ». En réalité, il en est tout autrement et si le film est catalogué « comédie », nous y voyons essentiellement une comédie dramatique où le drame n’est jamais loin de prendre le dessus. C’est que le réalisateur dont c’est le premier long métrage de fiction (il s’était, jusque-là consacré au registre documentaire, courts-métrages et un long) a ancré son film dans la réalité d’un établissement scolaire. Il s’agit du collège Maurice Thorez à Stains. Il y a passé deux ans, avec des classes de 3e, 4e et 5e. De ces jeunes qu’il observait, il a pu « créer » une classe de 4e avec diverses personnalités, des plus introverties aux plus extravertis. Il a pu voir, sur le terrain, l’état de l’enseignement, moins désastreux que certains se plaisent à décrire, mais terriblement dramatique cependant. Cet apprivoisement lui a permis de nous « offrir » cette classe que nous accompagnons durant un an. Ces jeunes, dont les deux principaux, apportent une fraicheur et vérité au film qui sans être documentaire en a parfois l’aspect (et ceci écrit de façon positive) puisque l’on sent un « réel » sous-jacent, même si la plupart des situations sont construites et qu’il y a, finalement, assez peu d’improvisation. Le réalisateur a pu « apprivoiser » (à la façon du Petit Prince) ces jeunes pour qu’ils puissent donner le meilleur d’eux-mêmes dans une classe reconstituée durant les vacances, dans le collège même, et sous la loupe de deux caméras portées à l’épaule. Il y a certes un travail préalable de composition, mais le spectateur ressent le « naturel » de ces scènes et de ceux/celles qui les construisent et les habitent. Nous n’oserions parler ni de jeu de rôle ni de catharsis, mais il ressort quelque chose de la vérité des banlieues dans ce film. Le fait que les rôles des enseignants soient tenus par des novices (un seul d’entre eux à fait du théâtre) aide à la vérité du récit qu’il nous est donné de voir. Mais aussi à certaines situations stressantes, les conseils de discipline, par exemple.

Il faut aussi souligner toute l’importance de l’acteur principal ! Denis Podalydès apporte quelque chose de magistral au film sans qui il ne serait pas ce qu’il est. Son passage du lycée huppé parisien à la banlieue est extraordinaire. C’est que si la situation est analogue dans la dynamique à celle de Bienvenue chez les Ch’tis, à savoir un changement de lieu de de fonction non désiré, le traitement est tout autre. Et si certaines situations peuvent prêter à rire, ce sera souvent pour faire place ensuite à autre chose : la découverte de jeunes qui n’ont quasiment aucune carte en mains et qui semblent d’office condamnés.Certains le sont déjà d’avance, par des professeurs et déjà par la société et les médias. Le réalisateur évite le piège de la confrontation entre les jeunes sur place et le parisien qui mènerait à un retournement de situation. Les jeunes professeurs en sortiraient mieux que leur ainé issu d’une école prestigieuse. Ou, à l’inverse, celui qui vient de Paris avec ses certitudes va gagner sur toute la ligne. Ou encore il sera maté par la classe, ou, à l’inverse, lui la matera. Il n’est rien de tout cela. C’est tout en nuance que nous découvrons le déracinement d’un professeur à son corps défendant, mais aussi sa conversion, comme celle des élèves ! C’est aussi la prise de conscience qu’il faut parfois prendre fait et cause pour celui qui est ou se trouve exclu par la force des choses, la fatalité, parce que, tout simplement, « on » a posé, dès le départ, qu’il est bon à rien.

Bien sûr, l’humour sera présent, qu’il s’agisse de la fabrication de cakes ou d’une excursion au Louvre en passant par la lecture de Les Misérables de Victor Hugo. Après le rire viendra la tendresse pour les protagonistes. Ensuite, la réflexion : savoir que tout n’est pas perdu, que la fatalité n’est pas loin. Enfin, que le travail d’enseignant est loin d’être facile et que ce métier-là est une véritable vocation et que les professeurs ont largement besoin de notre soutien. Un film qui ne cède pas à la facilité, mais qui apporte de l’émotion et oblige à penser.

Diaporama

Copyright Michaël Crotto

Bande-annonce :

Lien vers la critique de Julien Brnl


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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