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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Thierry Michel & Pascal Colson
Les enfants du Hasard
Sortie le 22 mars 2017 (et avant-premières dès le 15 mars !)
Article mis en ligne le 9 mars 2017
dernière modification le 28 mars 2017

par Charles De Clercq
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Un film à voir absolument. Portraits d’enfants issus de l’immigration mais aussi...
portraits d’une institutrice, d’une culture, d’un héritage, et... d’un charbonnage. 82/100

Synopsis : Dans la petite école communale d’une ancienne cité minière, des élèves issus de l’immigration terminent leur cycle d’études primaires avec Brigitte, une institutrice dont l’enthousiasme bienveillant prépare ces écoliers à s’épanouir dans un monde en mutation. Le film suit le parcours scolaire de ces petits-enfants de mineurs, majoritairement musulmans, et la plupart d’origine turque. Alors que certains de leurs aînés font le choix d’un repli identitaire, ce film met en lumière la manière dont les enfants cherchent à se construire et à donner un sens à leur vie. Il saisit leurs doutes et leurs réflexions lors des attentats terroristes et face au harcèlement sur les réseaux sociaux. (ci-contre Thierry Michel)

Présentation officielle : Ode à la vie, narrée par la voix des enfants, ce documentaire révèle surtout leurs espoirs et leur vision du futur. Il capte la spontanéité, le plaisir d’être, la fin d’un temps d’insouciance avec ses fragilités.

Le film tisse ainsi les liens entre passé, présent et futur et dessine un sens du bonheur possible, au sein de l’école et de la société. (ci-contre Pascal Colson)

Lien vers l’agenda des avants-premières...


Le Carolo-Liégeois Thierry Michel à qui nous devons l’excellent documentaire L’homme qui répare les femmes, la colère d’Hippocrate, s’est associé à un autre Liégeois, Pascal Colson pour planter sa caméra dans une classe de sixième primaire des environs de Cheratte. Quittant les terres africaines pour s’attacher à son pays, sa région, le titre qu’il donne à son film n’est pas un hasard ! C’est qu’il porte la majuscule du nom d’un charbonnage fermé depuis quarante ans, mais aussi d’une école homonyme. Là il va dresser le portrait d’enfants, majoritairement issus du milieu turc. Leurs grands-parents venaient de là-bas pour travailler dans les mines belges. Les réalisateurs suivent ces enfants, en dressent le portrait... au sens figuré et un peu au sens propre puisque les enfants sont interrogés à plusieurs reprises face caméra.

Ce film est aussi le portrait d’une institutrice, Brigitte Waroquier. Totalement engagée et enthousiaste, n’ayant pas sa langue en poche, prompte à faire grandir les enfants, mais aussi à les confronter au réel, à la réalité, au choc des cultures, à leurs impensés, notamment en matière religieuse. Visitant notamment les anciens charbonnages, mais aussi des ainés, leurs aïeux pour les interroger sur leurs racines, sur les raisons de leur exode. C’est donc aussi le portrait de l’immigration.

Ce portrait, c’est une toile, une bannière tissée entre deux cultures, la Turquie et ici. C’est la découverte des racines, des grands-parents, mais aussi le portrait d’une identité musulmane, mais pas seulement et pas univoque, qui se construit entre un donné, un reçu que l’on croit (ou pas totalement) et une culture autre dans laquelle on s’insère tant bien que mal. Et cela, tout au long d’une année de scolarité ! Lieu de transition entre le primaire et le secondaire... si l’on réussit. Impasse pour l’enfant qui échoue et est convié à refaire l’itinéraire avec la même institutrice et d’autres enfants. L’on sort ému de la vision du film qui invite à jeter un autre regard sur l’autre... Et par les temps qui courent c’est... diablement important !


Note d’intention

En cette période de montée de l’extrémisme, du terrorisme islamique, et des actes d’islamophobie de certains groupes d’extrême droite européens, il nous semble important de poser un regard serein, objectif et empathique envers ces enfants issus majoritairement de l’immigration, et de comprendre ainsi ce que vivent en leur for intérieur ces écoliers, pris entre leurs origines familiales, l’identité idéalisée d’un monde originel (fait) de rites, de foi, de règles, et de chaleur humaine et le monde occidental de liberté, d’audace, de créativité, de permissivité et de consumérisme.

Les parcours de ces enfants ne sont pas collectifs, ils sont individuels ; le fruit de l’histoire de leurs familles. Les choix sont parfois étrangement paradoxaux, comme cette enfant dont la mère n’a pas porté le foulard, ni même les grandes sœurs, et pourtant elle souhaite dès qu’elle aura atteint l’âge de la puberté se couvrir la tête, par respect pour sa religion, pour ses traditions, pour son identité originelle.

Aucun prosélytisme chez ces enfants n’est présent. Chacun expliquant que c’est un choix libre et individuel. Chacun des garçons défendant l’idée que ce sera à leur futur conjoint, leurs épouses de décider si elles souhaitent afficher ces signes vestimentaires de leur appartenance religieuse.

Les récents attentats au nom de l’Islam ont marqué les enfants et les ont obligés à une réflexion, à un débat sur leur appartenance religieuse.

Brigitte, l’institutrice est là pour les écouter, ouvrir le dialogue, permettre la réflexion et l’échange de points de vue. Jamais elle n’impose ni la loi de la laïcité, ni les règles de la culture occidentale, mais jamais non plus elle ne cautionne les choix religieux des élèves, essayant de mettre en perspective des événements contemporains que traverse notre société et leurs destins, leurs choix existentiels et individuels.

Et dans le même temps, nous découvrons que la transmission de l’histoire familiale de l’immigration ne s’est pas vraiment réalisée, sans doute par pudeur ou pour préserver les enfants. De même pour l’histoire plus générale de la commune et de la mine. Et c’est Brigitte qui amène les enfants à partir en quête du récit de leurs parents et grands-parents, de ces proches qui ont vécu l’exil, le travail dans la mine, les risques, la mort pour certains.

Ce thème de l’immigration est actuel, il porte sur ces débats conflictuels, du communautarisme, d’assimilation, de la laïcité. L’école de Cheratte est à notre sens, au cœur de ces problématiques.

La spécificité de ce projet réside donc sur cette question de l’intégration et du communautarisme abordée au travers des interrogations de ces enfants, à ce moment charnière de leurs vies, la fin de l’innocence et les prémices de l’affirmation de leurs personnalités. Ce moment est d’autant plus délicat pour cette enfance immigrée prise en étau entre un communautarisme familial très homogène, replié sur son identité culturelle et religieuse, et l’école, par essence lieu d’éveil, de connaissance et d’ouverture au monde.

Leurs paroles pourraient en outre apporter une franchise moins consensuelle (politiquement correcte) et un regard plus léger, sur ce récurrent et sensible débat qu’est l’intégration.

Quant à notre intégration dans la classe et dans l’école, elle est totale. Des liens de confiance se sont immédiatement établis avec les enfants. Ils attendent avec impatience nos venues, les tournages. Nos questions, nos échanges participent d’une pédagogie au sens philosophique et d’un échange qui modifie notre regard sur l’immigration et ses stéréotypes.

L’école de Cheratte est par son ancrage territorial, comme un terrain d’expérimentation de l’intégration : la famille et la communauté garantissent la continuité culturelle des valeurs du pays d’origine, mais elle est parfois en porte à faux avec l’école. D’autant plus que depuis quelques années, à Cheratte comme ailleurs, s’affirme le retour des signes et des pratiques religieuses.

Paradoxe de l’histoire, dans la classe de Cheratte, Lucas est le seul belge d’origine, la situation de minorité s’inverse et c’est Brigitte qui veille à harmoniser les relations interculturelles et à veiller à ce qu’aucune discrimination ne se fasse de part et d’autre.

Avec ses 40 années d’enseignement dont 30 dans la commune, Brigitte connaît assez bien les communautés dont sont issus les enfants. Elle a eu plusieurs parents comme élèves et ils lui vouent un respect mérité. Elle peut donc agir avec subtilité mais détermination pour aider les enfants à se forger leur propre destin, sans déchirements, sans conflits inutiles.

Mise à jour : vous pouvez lire cet article sur le site Cathobel.


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