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Joachim Lafosse
Les Intranquilles
Date de sortie : 06/10/2021
Article mis en ligne le 31 août 2021

par Charles De Clercq

Synopsis : Leïla et Damien s’aiment profondément. Malgré sa bipolarité, il tente de poursuivre sa vie avec elle sachant qu’il ne pourra peut-être jamais lui offrir ce qu’elle désire.

Acteurs : Leila Bekhti, Damien Bonnard, Gabriel Merz Chammah, Patrick Descamps, Jules Waringo

Le mot « intranquille » est rare [1]. Le dictionnaire informatique de Cordial indique : « Psychologie. Relatif à une absence de tranquillité d’esprit. » Nous n’avions vu cet adjectif qu’il y a quelques années, en 4e de couverture de Limoges de Pascal Harlem (2007) : « Limoges se lit comme une balade intranquille » ; l’auteur y traite de problèmes familiaux en lien avec sa sœur [2]. Certes tout cela est bien anecdotique et n’a absolument rien à voir avec le dernier film de Joachim Lafosse, si ce n’est que la plupart de ses films abordent, justement les questions familiales [3]. C’est probablement parce que notre propre histoire familiale est « problématique » que les films de Joachim Lafosse nous touchent. Déjà, dans son court-métrage de fin d’études, Tribu, le réalisateur mettait en tension les images paternelle et filiale. Il y a deux ans, avec Continuer nous avions apprécié — au contraire de nombreux critiques (et possiblement du réalisateur lui-même !?) — le fait que les images maternelle et filiale étaient questionnées dans l’immensité d’une nature prodigieuse qui formait une sorte de huis clos paradoxal. Dans L’économie du couple, la question de posait de savoir si l’on pouvait faire « l’économie du couple », un couple au bord de la rupture et forcé de cohabiter ensemble.

Avec Les Intranquilles, le couple est à nouveau au cœur du récit. Entre l’homme et la femme, un enfant, Amine, interprété par Gabriel Merz Chammah [4], qui doit trouver ses marques face à ses parents, le couple qu’ils forment, et les failles qui le dé-forment ! Le film nous donne à voir les facettes d’un homme bipolaire, des phases d’exaltation à celles dépressives. Comment réagissent l’épouse et le fils qui sont tous deux au fait de l’évolution de la santé de Damien ? D’autant que celui-ci, artiste peintre, ne peut déployer son art qu’en dehors des phases dépressives (et c’est aussi occasion pour le spectateur de découvrir les toiles de Piet Raemdonck. L’on vibre à la fois à toute l’incandescence des phases créatrices de Damien, tout en étant abasourdi par les excès que cela entraine dans d’autres domaines et qui obèrent la vie quotidienne, voire la mette carrément en danger. Bien plus, certains agissements auront des conséquences sur la vie sociale ou scolaire. Que faire lorsque le patient (qui porte mal son nom ici puisque c’est l’impatience qui l’anime durant ses phases d’exaltation !) refuse de prendre son traitement (Le lithium) ? Et si l’on comprend le point de vue de l’épouse et du fils qui ne savent plus que faire lorsque Damien « en fait trop », l’on constate aussi que, sous traitement, Damien devient amorphe, sans ressort, sans produire quoi que ce soit. A ce moment-là, Damien n’est plus Damien ! L’est-il plus durant ses ses phases maniaques plus que dépressives ? La solution est-elle l’hospitalisation ?

L’on pourrait dire que Les Intranquilles est un film estampillé Covid19 ! Non seulement du fait du tournage qui s’est déroulé avec toutes les contraintes liées à la crise sanitaire, mais parce que le film lui-même intègre cette donnée car les protagonistes suivent (ou pas !) les protocoles en vigueur. Si Leila Bekhti et Damien Bonnard interprètent à merveille leurs personnages, c’est surtout celui de Damien que l’on retiendra. Il est hallucinant, brillant, engagé dans son interprétation. Nous l’avions vraiment « découvert » dans en Léo dans Rester vertical d’Alain Guiraudie (2016). Nous écrivions alors « Il n’a pas vraiment eu de grands rôles jusqu’à présent, mais sa prestation est ici solaire et extraordinaire alors qu’il semble être un perdant au cœur aimant, partageant, mais aussi partagé. Mais perdant, toujours ou souvent. ». Nous pourrions reprendre les mêmes mots pour décrire son rôle dans Les Intranquilles où Joachim Lafosse poursuit son exploration des familles et de leurs noeuds dans un film à voir absolument.



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