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David Yates
Les Animaux Fantastiques 3 : les Secrets de Dumbledore
Sortie du film le 06 avril 2022
Article mis en ligne le 11 avril 2022

par Julien Brnl

Genre : Fantastique, aventure

Durée : 142’

Acteurs : Eddie Redmayne, Jude Law, Mads Mikkelsen, Katherine Waterston, Ezra Miller, Dan Fogler, Callum Turner, William Nadylam, Alexander Kuznetsov...

Synopsis :
Le professeur Albus Dumbledore sait que le puissant mage noir Gellert Grindelwald cherche à prendre le contrôle du monde des sorciers. Incapable de l’empêcher d’agir seul, il sollicite le magizoologiste Norbert Dragonneau pour qu’il réunisse des sorciers, des sorcières et un boulanger moldu au sein d’une équipe intrépide. Leur mission des plus périlleuses les amènera à affronter des animaux, anciens et nouveaux, et les disciples de plus en plus nombreux de Grindelwald. Pourtant, dès lors que les enjeux sont aussi élevés, Dumbledore pourra-t-il encore rester longtemps dans l’ombre ? Troisième partie de la saga inspirée de l’œuvre de J.K. Rowling.

La critique de Julien

Troisième volet de la série dérivée de films « Les Animaux Fantastiques » faisant ainsi suite au « Crimes de Grindelwald » sorti en 2018, « Les Secrets de Dumbledore » arrive donc quatre années après le précédent volet, la production du film ayant été fortement impactée par la pandémie de Covid-19, et avant ça par plusieurs réécritures de scénario, et surtout par le changement d’interprète de Gellert Grindelwald, principal antagoniste de la série, et cela suite au départ forcé de Johnny Depp, étant donné son procès pour violences conjugales, lequel fut ainsi remplacé par l’acteur danois Mads Mikkelsen. L’histoire des « Animaux Fantastiques » étant inédite et dévoilée exclusivement via le contenu des films co-écrit par J.K Rowling d’après son court livret-guide édité en 2001 sous la forme d’un répertoire de créatures magiques, « Les Secrets de Dumbledore » situe cette fois-ci son intrigue au début des années 30, alors que Dumbledore (Jude Law) va tenter de contrecarrer le plan de domination mondiale de Grindelwald. Le sorcier noir sera d’ailleurs étrangement acquitté de toutes les charges retenues contre lui par la Confédération Internationale des Sorciers (ICW), alors qu’approche la Seconde Guerre mondiale. Mais incapable de combattre Grindelwald en raison d’un pacte de sang, eux qui, jadis, s’aimaient, Albus recrutera une équipe de choc afin d’accomplir cette lourde tâche, formée par Norbert Dragonneau (Eddie Redmayne), son frère Thésée (Callum Turner), la sorcière américaine Eulalie « Lally » Hicks (Jessica Williams), le sorcier franco-sénégalais Yusuf Kama (William Nadylam), ainsi que le moldu Jacob Kowalski (Dan Fogler). Ensemble, ils devront notamment tourmenter Grindelwald afin de l’empêcher d’exploiter sa capacité de précognition, récemment acquise par le biais d’un qilin, une créature magique, s’agenouillant devant une âme pure, et capable de voir l’avenir...

Après un premier épisode très gentillet, n’exploitant pas assez lesdits animaux fantastiques, malgré un émerveillement quasi-général, et un second épisode confus et relativement plat, on était donc à même de se demander si cet opus allait relever le niveau de ses prédécesseurs. Or, la réponse - subjective - qui nous semble la plus appropriée est oui, et non !

Une fois de plus, c’est avec beaucoup de bonheur que l’on retrouve la magie du monde des sorciers, elle qui a bercé une partie de notre enfance. D’ailleurs, les quelques aller-retour de cette nouvelle histoire à Poudlard, au son du thème musical de John Williams, nous donnent le frisson, tant attendu, et nous offrent surtout une grosse dose de nostalgie, nous qui sommes ainsi capables, imaginairement, de voir Harry, Hermione et Ron se promener à côté de leurs ancêtres écoliers, alors que les événements du film se déroulent approximativement une grosse soixante d’années avant ceux de Potter. Aussi, « Les Secrets de Dumbledore » franchit une étape supplémentaire pour l’un des majors hollywoodiens du cinéma (Warner Bros. Pictures), révélant pour la première fois oralement la relation qui a uni, durant leur jeunesse, Albus Dumbledore et Gellert Grindelwald. Alors certes, cette révélation n’en est finalement pas une, mais le fait d’en parler ouvertement - sans entrer dans les détails - est une nouvelle étape franchie, aussi opportuniste (ou non) vis-à-vis d’une mode soit-elle...

Inspiré par un répertoire de créatures magiques, on était dans l’espoir que cet épisode redonne des couleurs au bestiaire en question. En effet, il faut dire qu’on était frustré de ne pas voir toute l’étendue de tout ce qui se trouvait dans la valise du magizoologiste autoproclamé Norbert Dragonneau, ni l’utilité. On repassera encore une fois ici pour l’étendue, mais on savourera les uniques scènes d’humour du film ciblées autour de ces merveilleux animaux, dont une irrésistible scène de mimétisme au cours de laquelle Nobert tentera de sauver son frère Thésée d’une prison secrète des sorciers allemands, le tout en se déhanchant. Enfin, on y retrouve avec plaisir son niffleur Teddy, et son botruc Pickett. Le qilin (utilisé par Grindelwald) et le phœnix (tournoyant autour de Credence Barebone, précédemment révélé comme étant le « frère » d’Albus) sont quant à eux malheureusement sous-exploités dans l’intrigue. Quel dommage à cet égard que la partie du titre du film (sur le matériel de promo, ou dans le générique) « Les Animaux Fantastiques » soit si effacée par rapport au « Secrets de Dumbledore », ce qui en dit long sur leur utilisation. Enfin, visuellement, cet épisode profite de son confortable budget de production et enchaîne quelques sympathiques scènes de tours de magie et de combats à la baguette, majoritairement filmées au ralenti pour les meilleures d’entre elles. Dans l’ensemble, on peut donc dire que « Les Secrets de Dumbledore » nous permet de retrouver foi en cet univers de sorciers, après deux premiers films dont la légitimité était fortement remise en question, surtout dans leur mise en scène, lente et sans entrain, inoffensive et inutilement compliquée dans leur écriture.

Malheureusement, la réalisation de David Yates, trop propre et transparente, ainsi que l’écriture de J.K. Rowling, accompagnée pour la première fois de Steve Kloves, qui avait écrit tous les films de la saga Harry Potter (excepté l’Ordre du Phénix), peinent à donner du souffle à une intrigue prévisible, qui ne lésine pas sur les facilités d’écriture, et qui tire surtout sur la fine corde des enjeux de ce troisième volet. À titre d’exemple, alors que Grindelwald tentera ici de s’approprier le titre de Supreme Mugwump, soit le chef de la Confédération Internationale des Sorciers, l’équipe de choc de Dumbledore mettra quant à elle en place un plan de contre-précognition, mais dont on y verra que du feu. La force de persuasion qu’exerce aussi Dumbledore sur ses adversaires est également beaucoup trop facile. Aussi, plusieurs personnages passent ici complètement à la trappe, telle que Tina Goldstein (Katherine Waterston), promue Auror au MACUSA (Congrès Magique des Etats-Unis d’Amérique), tandis que Grindelwald, sous les traits de Mads Mikkelsen, manque de profondeur et de nuance, l’acteur faisant ici ce qu’on lui demande de faire, lui qui est ainsi bien meilleur dans des rôles plus subtils, comme ceux qu’il a joués dans « Drunk » de Thomas Vinterberg ou « Riders of Justice » de Anders Thomas Jensen, sortis tous les deux l’année passée.

De plus, force est de constater que les quelques secrets de Dumbledore ne méritent pas toute l’attention que le titre le laissait présager, le magicien n’insistant même pas sur ceux-ci lorsqu’il les révèle à ses pairs. À cet égard, le film ne prend aucun risque et ne cherche jamais à créer des émotions, fortes et puissantes, quitte à bousculer le public, notamment vis-à-vis de la relation qu’entretenaient Albus et Gellert. Et finalement, le personnage qui prend ici le plus de place est sans doute le moins sorcier d’entre tous, c’est-à-dire le boulanger Jacob Kowalski, sur qui tous les projecteurs sont braqués. Entre nous, le film aurait très bien pu s’appeler « Le Grand Cœur de Kowalski » ! Même Norbet Dragonneau n’a pas droit à autant de scènes de bravoure que ce dernier. C’est dire !

Enfin, sauf erreur de notre part, aucun moment de ces « Animaux Fantastiques 3 » ne sort du lot, venant ainsi conjurer le... sort de ces productions trop grand public, lises et sans aspérités. Le spectacle auquel le public assiste ici est aussi décousu que l’est ce produit de films dérivés de l’univers d’Harry Potter, sans ligne de conduite prédéfinie, lui qui ne parvient pas à se façonner sa propre âme, sa propre personnalité, devant laquelle un qilin ne s’agenouillerait donc pas...



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