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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Michel Hazanavicius
Le redoutable
Sortie le 13 septembre 2017
Article mis en ligne le 20 août 2017

par Charles De Clercq
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L’évangile de Jean (LG), le respectable, selon Michel Hazanavicius !
Il met littéralement à nu Jean-Luc Godard et sa « chinoise » et fournit les lunettes ! 91/100

Synopsis : Paris 1967. Jean Luc Godard, le cinéaste le plus en vue de sa génération, tourne « La Chinoise » avec la femme qu’il aime, Anne Wiazemsky, de 20 ans sa cadette. Ils sont heureux, amoureux, séduisants, ils se marient. Mais la réception du film à sa sortie enclenche chez Jean Luc une remise en question profonde. Mai 68 va amplifier le processus, et la crise que traverse Jean Luc va le transformer profondément passant de cinéaste star en artiste maoiste hors système aussi incompris qu’incompréhensible. (ci-contre le réalisateur sur le tournage)

Acteurs : Louis Garrel, Bérénice Bejo, Grégory Gadebois, Stacy Martin, Micha Lescot.

Que l’on aime et/ou déteste Jean-Luc Godard, voilà un film que tout cinéphile devrait voir. C’est que la conjonction Michel Hazanavicius et de Louis Garrel, cela fait des étincelles ! Ajoutons-y Stacy Martin pour mettre le feu au film dans le rôle d’Anne Wiazemsky et il y a là un film jubilatoire, une madeleine de Proust en bouche et un cheveu sur la langue pour zozoter un peu !

Hommage irrévérencieux à Godard qui est passé de À bout de souffle en 1960 (mais aussi Une femme est une femme, l’année suivante) ; puis Le mépris (1964), Pierrot le fou (1965) à La chinoise en 1967. Oh, bien sûr, il y avait déjà eu un avertissement en 1965 avec Alphaville. Ce fut ensuite, le Godard politique (il y a même un coffret de DVD qui porte ce titre). Là, à ce moment, beaucoup l’ont lâché. Ils ne reconnaissaient plus « leur » Jean-Luc ou JLG. C’est qu’il y a un avant et un après-mai.

J’aime Godard, le classique, mais aussi le « politique » même si, j’en conviens, celui-ci est parfois ennuyeux et qu’il m’arrive de penser que c’est vraiment « n’importe quoi » ! Mais qui suis-je après tout pour dénigrer le « maitre » qu’il ne voulait pas être ? J’avoue m’être arrêté avec « Film socialisme » (du moins pour ce qui est de la ‘fiction’) et avoir fait mes adieux à Godard avant « Adieu au langage ».

Mais voilà qui est impensable, voire redoutable, Michel Hazanavicius, s’attaque à un monument du cinéma (jusqu’à vouloir à tout le moins déboulonner sa statue pour le descendre de son piédestal) avec son talent et son charisme habituels. Mais il se concentre sur le jeune Godard (enfin presque quadragénaire quand même, mais c’est pour faire une passerelle plus ou moins artificielle avec Le jeune Karl Marx !). En réalité, il adapte un roman Un an après écrit par Anne Wiazemsky sa chinoise et aussi son épouse de 1967 à 1970. C’est grosso modo une année de ce roman, avant et après mai 1968, que reprend le film, tout en clôturant sur la séparation qui suit de peu le tournage de La Semence de l’homme (Il seme dell’uomo) de Marco Ferreri. C’était en 1969, année érotique, parait-il, mais pas pour Godard, semble-t-il !

Tout l’intérêt du film réside d’abord dans le jeu extraordinaire de Louis Garrel. Il se dit dans les couloirs qu’il aime imiter Godard et y excelle. Autant dire que cela se sent dans le film et son jeu. On lui a fait bien entendu « la tête » (à la Godard !), mais il y a ajouté un léger zézaiement que des admirateurs trouveront peut-être excessif alors que, probablement, cet excès dit la passion et la révérence de l’acteur. Il serait ici en mode hagiographique, sanctifiant JLG alors que, probablement, le réalisateur vise lui, consciemment ou pas, à lui enlever son auréole. C’est dans ces interstices entre sanctification et critique, que le film donne corps littéralement à Godard, et, oserais-je, arrive à le mettre à nu, tout autant que Anne Wiazemsky. Stacy Martin donne corps, elle aussi, langoureux, posé, érotique à la fois, à la chinoise étirant son corps devant la caméra, mais aussi devant Godard et le spectateur comme peut le faire une chatte devant son maître.

La caméra, justement fait partie du film. Non pas que l’on montre Godard réalisateur — en effet après avoir entendu au début su film Anne Wiazemsky en voix off, puis Godard, on passe à autre chose —, mais le Godard amoureux et politique. Novateur, contestataire sans cependant se reconnaître dans aucune étiquette. C’est aussi le Godard que l’on montre sur les barricades de mai 68 (des manifestations très bien reconstituées), mais aussi sur les bancs de la Sorbonne, presque comme donneur de leçons aux étudiants (ce qu’il n’est plus) parlant au nom des ouvriers (ce qu’il n’est pas). Et ce n’est pas sans faire penser à un film d’un tout autre genre Le jeune Karl Marx qui voit deux bourgeois Marx et Engels prendre fait et cause pour les ouvriers. Non, on découvre, par une sorte de grand détournement [aussi l’autre nom de La classe américaine, sorti en télévision en 1993, mais jamais en DVD pour des questions de droits d’auteurs puisque ce film est un mashup qui emprunte à une kyrielle d’autres)]. Ainsi question détournement : lorsque le dialogue de Godard et de son épouse double celui du film pour lui donner un tout autre sens. Mais c’est aussi une mise en abime inverse de l’acteur qui rejaillit sur les interprètes mêmes du film à même de se laisser dénigrer par le réalisateur ou encore lors d’une scène très second degré qui découvre Jean-Luc et Anne, dans l’intime de leur maison, discutant à propos du futur film de Marco Ferreri, Il seme dell’uomo, cité ci-devant, et de la demande du réalisateur que son couple principal joue nu. Il appartiendra aux spectateurs de voir ou revoir ce film pour savoir s’il s’agit d’une bombe (cinématographique) ou pas. La scène ici vaut le détour(nement) !

On ne va pas raconter cette année de la vie de Godard, mais inviter les fans et les détracteurs de Godard à voir ce film, à s’en délecter pour adhérer plus encore à l’homme qui ne voulut pas de Cannes en 1968 - ce qui vaut un plan séquence extraordinaire de plusieurs minutes dans une voiture - ou pour que certains (dont on espère qu’ils seront plus nombreux) puissent se confirmer leur intuition que décidément, leur cinéma n’est pas celui de Godard. En tout cas, les uns et les autres auront besoin de lunettes... pour découvrir que Godard n’est peut-être pas le « (vieux) con » qu’il croit être !

Diaporama

©Les Compagnons du Cinéma - Photos Philippe Aubry

Bande-annonce :


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