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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Eric Besnard
Le goût des merveilles
Sortie le 23 décembre 2015
Article mis en ligne le 12 décembre 2015

par Charles De Clercq
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Même si le goût de cette « merveille » est sucré, laissez-vous charmer ! 73/100

Synopsis : Au cœur de la Drôme provençale, Louise élève seule ses deux enfants et tente de préserver l’exploitation familiale. Un soir, elle manque d’écraser un inconnu au comportement singulier. Cet homme se révèle vite différent de la plupart des gens. Et sa capacité d’émerveillement pourrait bien changer la vie de Louise et de sa famille.

Acteurs : Virginie Efira, Benjamin Lavernhe, Lucie Fagedet…

S’il fallait résumer le film avec des comparaisons cinématographiques, je le décrirais comme si Rain Main était le visiteur de Théorème. Non que je veuille hisser le film d’Eric Besnard à ces illustres références mais qu’il y a des analogies dans les intrigues. Nous découvrons, au hasard d’une improbable collision avec une voiture, une autre entre une femme et un homme, différent, qui vient bouleverser le quotidien d’une famille ordinaire en les invitant à un autre regard sur lui et les autres. Si plusieurs critiques ont dénigré le film le présentant comme une trop belle carte postale pour une histoire convenue et sans intérêt, de mon côté, ce fut un gros coup de cœur. Je suis peut-être trop « fleur bleue » et j’assume. Il ne s’agit pas de l’histoire du siècle, mais d’une ode à la différence. Il y a quelque chose de magique et de féérique dans cette rencontre de Louise (Virginie Efira) et de Pierre. Celui-ci est atteint du syndrome d’Asperger. Je « spoile » à peine tant on se rendra compte assez vite de ce qui le différencie des autres.

Il faut remarquer l’interprétation magistrale de Benjamin Lavernhe (de la Comédie française) dans le rôle de cet homme replié sur lui-même qui ne peut vivre qu’en disant la vérité avec une candeur et une naïveté première. Malgré sa différence, il fascine et apporte de la fraicheur dans les relations. Au-delà de sa spontanéité, de sa simplicité, il a des talents innés pour les mathématiques et se spécialise en hacking. Ce point est l’objet d’une sous-intrigue qui apporte un enjeu supplémentaire au film sans que cela soit essentiel même si elle permet d’assurer un « happy end » (nous sommes dans un conte de fées, n’est-ce pas !).

Plusieurs portraits sont ainsi dressés : Louise au marché, dans les prés, avec ses enfants, à la banque ou avec un fermier qui veut l’aider en reprenant ses terres. Probablement naïfs au premier regard, ils ajoutent encore à la fraicheur de l’histoire et cela fait du bien.

Par ailleurs, le réalisateur s’est particulièrement documenté : « J’ai lu beaucoup de témoignages. Et j’ai longuement discuté avec des psychologues comme Chantal Lheureux-Davidse qui, à mon avis, est l’une des personnes les plus passionnantes qui ait travaillé sur le sujet. Je lui ai vite soumis les caractéristiques du personnage tel que je les imaginais. En soulignant que je voulais avant tout m’intéresser à son hypersensibilité. Je lui ai notamment parlé d’un rapport à la nature très fort : je voulais que mon protagoniste soit un génie mathématique, mais qu’il soit capable de tout arrêter pour contempler un rayon de soleil pendant des heures. Car il n’y a rien de plus essentiel. Rien de plus beau. Les personnes souffrant du syndrome d’Asperger peuvent avoir des difficultés en société. Du coup ils développent des systèmes de compensation. Mais ils ont quelque chose d’exceptionnel : ils vont à l’essentiel. Les petites hypocrisies du quotidien leur sont incompréhensibles. Ils ne multiplient pas les masques. Pas de jeu social. Pour eux, le mensonge est impossible : il ne représente qu’une perte de temps. »

Benjamin Lavernhe ajoute, pour dépeindre son personnage : « Pour moi, il s’agit d’un artiste ou d’un poète malgré lui. Cela vient de sa sensibilité évidemment, mais aussi de son côté décalé. Il y a une poésie qui se dégage de lui par son regard, par ses gestes, par sa douceur, par sa maladresse qui le dépassent et provoquent de la clownerie. Son décalage en fait un personnage attachant qui suscite de l’empathie. Il est séduisant : j’ai moi-même été charmé par lui et j’espère que le public sera séduit par toutes ses facettes créées par l’écriture et les rêves du scénariste. La simplicité de sa langue, ses mots, sa manière de parler, ses tics de langage, son émotivité, ses réactions en font un être intrigant et passionnant. »

Pierre est énigmatique et grâce à Jules, le libraire (Hervé Pierre), il va pouvoir s’ouvrir peu à peu, sans cependant perdre son caractère énigmatique. Certes il est hyperdoué, mais bien différent de celui de la série télévisée Scorpion - et de ses acolytes - qui accentue l’aspect geek ou performance. Certes il est asocial et différent, mais pas comme Joseph Bousou dans Coup de chaud. Ici, Pierre est vulnérable et attachant. Il donne à ce film un aspect de conte, et pour la circonstance, ce « conte de Noël » en vaut bien d’autres et autant écrire que cela tombe bien en cette période de fin d’année. Si ce n’est pas un grand film, il réchauffera le cœur et c’est bon à prendre. Il suffit de se laisser séduire par l’ambiance et le rythme de ne pas résister, mais simplement accompagner... pour autant que l’on n’oublie pas que dans la vraie vie, il n’y a pas de « happy end » pour une personne atteinte du syndrome d’Asperger. Il ne s’agit pas d’une maladie, c’est et cela reste un handicap, malheureusement !

Je suis souvent en consonnance avec les critiques du site Abus de Ciné ; ce ne sera pas le cas cette fois. Aussi, pour compenser le fait que j’en « pince » beaucoup pour le film, n’hésitez pas à lire l’avis de Guillaume Gas qui est vraiment aux antipodes de mon enthousiasme.

Diaporama

Bande-annonce :


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB

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