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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Vanja d’Alcantara
Le coeur régulier (Kokoro)
Sortie le 20 avril 2016
Article mis en ligne le 14 avril 2016
dernière modification le 27 avril 2016

par Charles De Clercq
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Au bord d’une falaise : Une fascination pour la mort et la vie !
Dépaysement et exode au Japon, peut-être trop zen et ennuyeux. 59/100

Synopsis : Suite à la mort de son frère, Alice s’enfuit au Japon et se réfugie dans un petit village au pied des falaises. Nathan disait avoir trouvé la paix là-bas, auprès d’un certain Daïsuke. En suivant la trace de son frère disparu, dans ce lieu étrange à la fois hostile et accueillant, c’est elle-même qu’Alice va redécouvrir. D’après le roman éponyme d’Olivier Adam. (La réalisatrice ci-contre - source de la photo)

Acteurs : Fabrizio Rongione, Isabelle Carré, Niels Schneider, Jun Kunimura.

Ce film est l’adaptation du roman d’Olivier Adam dont plusieurs de ses œuvres ont été adaptées au cinéma. Si l’adaptation est réussie aux dires de l’auteur (cf. infra : une adaptation fidèle) nous restons dubitatif sur le résultat (mais nous avouons ne pas avoir lu l’ouvrage). Par réussite, nous comprenons que la tension entre deux cultures dissemblables et le rapport à la mort sont bien rendus à l’écran. Probablement, si ce n’est que le film est souvent apparu fort lent sans compter qu’il nous manque plusieurs des codes culturels (ce qui est souvent le cas pour nous, occidentaux, et singulièrement pour le rédacteur de cette critique). Le film aborde des thèmes traités dans Voyage en Chine, réalisé par Zoltán Mayer (2015). Là aussi les codes et clés de lectures nous manquaient, mais, en comparaison, ce dernier nous paraît plus dense et abouti.

Le premier tiers du film nous permet de découvrir Alice en France, dans sa vie quotidienne et terne, jusqu’au moment ou, de retour à la maison, elle découvre ses enfants avec un jeune homme enjoué, leur cuisinant des crêpes. Presque copinant avec eux. Très vite nous découvrons que cet homme pour lequel Alice a une étonnante tendresse est son frère. Etonnante parce que la relation en paraît presque amoureuse. Non pas qu’il s’agirait de quelque chose d’incestueux, mais que c’est l’impression que nous avons vécue, celle d’une certaine ambiguïté. La faute peut-être au casting ? C’est Niels Schneider qui joue le rôle du frère. Nous l’avions découvert avec Xavier Dolan (J’ai tué ma mère, Les amours imaginaires) et également dans Gemma Bovery que nous avions beaucoup appréciés (au contraire d’Une rencontre !). L’acteur excelle donc et son charme (naturel ?) ajoute peut-être à cette impression de séduction ou de séducteur, mais ce qui pose question, c’est la différence d’âge entre le frère et la soeur. Seize ans séparent Isabelle Carré de Niels Schneider et si une telle différence existe dans la réalité, elle est rare et elle a pour effet de faire perdre de la vraisemblance au sujet.

Revenons-y, justement, au sujet. Ce n’est pas spoiler que d’annoncer la mort tragique du frère par la faute, croit-elle de son aînée. En fait, ce n’est pas tant cette mort-là qui hante le film qu’une autre qui, nous le découvrirons plus tard, a hanté Nathan. De quelques bribes de conversations avec sa soeur au bord d’un précipice, celle-ci comprendra qu’il lui faut aller au Japon (tout comme Yolande Moreau dans Voyage en Chine déjà cité - mais également comme d’autres Occidentaux dans des films aux thèmes identiques déjà vus sur écran).

La deuxième partie du film (la plus longue en durée réelle et en durée ressentie !) se déroule au Japon, pas loin d’une falaise où tant d’hommes et de femmes, jeunes ou âgés sont fascinés par le saut de la mort ! C’est que Nathan y est passé... tout comme sa soeur aujourd’hui ?Serait-elle tentée par le grand saut ? Nous supposons que non, mais son passage aux frontières du vide et de la mort sera l’occasion pour elle et pour nous d’un « passeur » ou mieux d’un chasseur de vies ? Guettant la nuit ceux qui sont tentés par la falaise il les dissuade de faire ce passage et les ramène dans son foyer. Ainsi donc d’Alice, mais également d’autres personnages qu’elle rencontrera, ceux et celles qui, comme son jeune frère ont été fascinés par l’au-delà, ou plutôt, par l’en-bas !

Le romancier et la réalisatrice se basent sur un homme réel, Yukio Shige, ce « sauveur des falaises ». « Face à Isabelle, Jun Kunimura, un acteur japonais à la présence solide et bienveillante, incarne le personnage de Daïsuke. Au-delà de son charisme naturel, il apporte au personnage une force vive, un regard assuré, tout en esquissant ses failles et son côté obscur. La rencontre avec le vrai Yukio Shige a d’ailleurs été très inspirante pour concevoir le personnage, car, contre toute attente, c’est un homme plutôt rustre. Rien à voir avec l’image du moine bouddhiste que l’on pourrait se faire. Au contraire, c’est un type pragmatique qui fait ce qu’il a à faire, par utilité et par devoir. Le personnage de Daïsuke est comme ça au début de la rencontre. Pas très accueillant, taciturne. Il y a presque une déception chez Alice par rapport à ses attentes. Ce n’est qu’au fur et à mesure de l’histoire, et du cheminement d’Alice, que la relation entre eux va s’installer, pour finalement les transformer tous les deux. »

Cet empêcheur de saut ouvre ainsi sa maison et permet à ses hôtes de vivre l’instant présent jusqu’à attendre le kairos, le moment favorable non plus pour faire le grand saut, mais pour s’en aller, ailleurs. Cet instant vient, on ne sait pas quand, on ne peut le prévoir et le but n’est d’ailleurs pas là (est-ce qu’il y a même un but, un pro-jet, sinon de vivre - et non mourir - l’instant présent ? sinon mourir à l’instinct de mort et vivre, simplement ?). Ces rencontres seront parfois furtives : le baiser de deux femmes ou un corps à corps plusieurs fois reporté d’Alice avec un homme qui a perdu son amour ? Ce sont parfois des regards vers des corps alanguis ou assoupis ou s’aimant dans un bain d’eau chaude ? Ce sont d’autres regards et le corps d’Alice que renvoient des miroirs (ceux-là mêmes qui se donnent en ouverture du film) qui ponctuent le film.

Il y a probablement d’autres richesses qui nous ont échappé. Nous n’avons pu plonger complètement dans le film et ce qu’il veut nous donner à voir et à percevoir à défaut de comprendre. C’est donc à vous de voir ou pas, de vous laisser séduire par le film et son ambiance et de faire le grand saut pour plonger dedans (ou pas !).

Cliquez pour lire la suite :

Le point de vue de l’auteur : Une adaptation fidèle

Ces dernières années, je n’ai pas manqué de chance en matière de cinéma. Mes romans ont fait l’objet de plusieurs adaptations. J’ai collaboré à différents projets. Ce furent des expériences souvent passionnantes. Cependant, si je reste fier des œuvres qui en sont issus, aucune d’entre elle n’a été jusqu’ici l’expression de ma « cinématographie intime ». Ni même de l’essence de mes livres.

Je ne m’en plains pas. C’était inévitable et même, dans une certaine mesure, souhaitable. Je n’ai jamais cherché à voir mes romans « traduits » en films. Je n’ai jamais non plus attendu de leurs réalisateurs qu’ils me soient fidèles. Seulement qu’ils le soient à eux-mêmes, à leur vision, à leur langage. Tout au plus, mes écrits ont-ils pu leur fournir un point de départ, de cristallisation à leurs obsessions, l’amorce du chemin qu’ils cherchaient à emprunter.

Le cœur régulier, c’est autre chose. Une sorte de miracle. En le découvrant, outre sa très grande beauté plastique et sa justesse, j’ai été frappé par sa proximité, gémellaire presque, avec ma pulsation interne, mon rapport intime au temps, au cadre, au silence, aux gestes, à la géographie, aux éléments… Le film de Vanja d’Alcantara constitue à mes yeux une parfaite et lumineuse épure, au sens le plus noble du terme, japonais donc, du roman qui en a été la source. Elle en a fait surgir le cœur secret. J’ai eu la sensation très nette de découvrir sur l’écran, dénudés, étincelants, les paysages et les visages mêmes qui ont guidé son écriture. Mon Japon. Mes falaises. Mon Nathan (magnétique Neils Schneider), mon Alice (vibrante Isabelle Carré), mon Daïsuke (minéral Jun Kunimura), traits pour traits. Comme une projection directe de mon cerveau, des images mentales qui me hantaient et que j’ai tenté de traduire en phrases. De l’image aux mots. Puis des mots à l’image. Comme un boomerang.

Pourtant, je le sais, cette fidélité miraculeuse n’était pas un but pour Vanja. Et c’est ce qui rend le film si beau et profond. Dans chaque plan scintille la nécessité qui l’a animée, la singularité de sa manière. Et de son regard. Attentif au moindre bruissement, à la vie qui bat, au présent. Blocs de temps. Blocs de sensation. Blocs de vie. Prégnance des lieux. Patience des gestes. Evidence de ce qui se produit. Sans nul besoin de commentaire, d’explications, de discours. Une pleine confiance dans les pouvoirs du cinéma.

Et à vrai dire, de tout cela, je n’ai pas été surpris. Juste émerveillé. Ce fut une heureuse confirmation de ce que j’avais entrevu en regardant Beyond the steppes, en écoutant Vanja me parler du film qu’elle portait. Ce lien souterrain, presque invisible à l’oeil nu, entre mon travail et le sien.

C’est d’ailleurs là sans doute ce qui m’a touché dans ce projet, et m’a poussé à l’accepter sans crainte ni réserve. Comme on se reconnaît, en fraternité créatrice, en dépit des apparences, à l’instinct, au premier coup d’oeil.
Olivier Adam.

(source : dossier presse)

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