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CINECURE
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CINECURE est le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour RCF.

Ilan Klipper
Le ciel étoilé au-dessus de ma tête
Sortie le 5 septembre 2018
Article mis en ligne le 28 août 2018
dernière modification le 12 septembre 2018

par Charles De Clercq
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Laurent Poitrenaux est magistral dans une comédie très déconcertante sur la folie. 76/100

Synopsis : Bruno a publié un fougueux premier roman en 1996. La presse titrait : « Il y a un avant et un après Le ciel étoilé au-dessus de ma tête ». Vingt ans plus tard, Bruno a 50 ans. Il est célibataire, il n’a pas d’enfants, et vit en colocation avec une jeune Femen. Il se lève à 14h et passe la plupart de ses journées en caleçon à la recherche de l’inspiration. Pour lui tout va bien, mais ses proches s’inquiètent...

Acteurs : Laurent Poitrenaux, Camille Chamoux, Maryline Canto

Le ciel étoilé au-dessus de ma tête, est le premier long-métrage de fiction de Ilan Klipper qui s’était consacré jusqu’à présent aux documentaires. Et justement son précédent, Sainte-Anne, hôpital psychiatrique (2011) avait planté sa caméra au cœur de la psychiatrie. Son premier long métrage reste dans ce domaine et son titre est tiré d’une citation d’Emmanuel Kant dans Critique de la raison pratique [Kritik der praktischen Vernunft] (que vous pouvez découvrir en cliquant sur le lien ci-après).


Cliquer pour lire un extrait de Kant

« Deux choses remplissent le cœur d’une admiration et d’une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes, à mesure que la réflexion s’y attache et s’y applique : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi. Ces deux choses, je les vois devant moi, et je les rattache immédiatement à la conscience de mon existence. La première commence à la place que j’occupe dans le monde extérieur des sens, et étend la connexion où je me trouve à l’espace immense, avec des mondes au-delà des mondes et des systèmes de systèmes, et, en outre, aux temps illimités de leur mouvement périodique, de leur commencement et de leur durée. La seconde commence à mon invisible moi, à ma personnalité, et me représente dans un monde qui possède une infinitude véritable, mais qui n’est accessible qu’à l’entendement, et avec lequel je me reconnais lié par une connexion universelle et nécessaire. La première vision anéantit pour ainsi dire mon importance, en tant que je suis une créature animale, qui doit restituer la matière dont elle fut formée à la planète, après avoir été douée de force vitale pendant un court laps de temps. La deuxième vision, au contraire, rehausse ma valeur, comme intelligence, par ma personnalité dans laquelle la loi morale me révèle une vie indépendante de l’animalité, et même de tout le monde sensible. » Emmanuel Kant.


S’agissant de psychiatrie, et donc d’un thème sérieux, le pari est un peu fou (osons !) de le traiter sur le mode de la comédie. Et autant préciser d’emblée que l’on sort véritablement du lot des comédies françaises, souvent mauvaises, mais pour lesquelles le public se rue dans les salles, alors qu’ici le style du film et son intrigue risquent d’en surprendre beaucoup dont un certain nombre risque de quitter la salle au début de la projection.

Nous sommes dans l’appartement de Bruno, structuré sur trois niveaux, en comptant l’étage et... la cave où il passe le plus clair de son temps. Selon nos critères, Bruno ne semble pas vraiment bien dans sa tête et il faut relever ici le jeu hallucinant (aux sens propre et figuré !) de Laurent Poitrenaux qui se donne corps et âme dans son interprétation. Et c’est tout à l’honneur de l’acteur, pudique jusque dans l’impudeur d’un corps exposé, alors qu’il ne correspond pas aux critères de la beauté masculine. L’acteur est majoritairement présent à l’écran dans un quasi-huis clos et s’il sort, c’est par la fenêtre pour se rendre chez une voisine. A ses côtés, une femme tout aussi dévêtue que lui , mais elle, ce n’est pas parce qu’elle glande ! Simplement, elle est femen ! Bruno est seul, avec elle tenant d’écrire un improbable roman après, justement, son premier... et seul « Le ciel étoilé au-dessus de ma tête ».

Jusqu’au moment où son logement sera peu à peu envahi pour plusieurs personnes, amis, amies, parents. Ceux-ci sont accompagnés d’une femme mystérieuse... Lui, juif ashkénaze pense du coup que ses parents lui présentent une prétendante ! Mais il y a aussi toute une série de gens qui envahissent son appartement (un peu comme dans le film Mother de Darren Aronofsky) parce qu’il ont répondu à un événement Facebook (publié par erreur en mode public !) « Sauvez Bruno ! ».

De quoi faut-il sauver Bruno ? De son repli sur soi, de son caractère asocial, de sa (douce ?) folie ? Parce qu’il s’avère bien que celle qu’il croyait être une prétendante est en réalité une psychiatre qui organise une visite domiciliaire avec l’aide de ses parents. C’est que ceux-ci souhaitent tout simplement colloquer leur fils qu’ils ne comprennent pas ou plus.

Nous avons mis « en réalité » en exergue et nous pourrions donner l’impression de spoiler le film. Or, il n’en est rien. Car tout est sauf évidemment dans le film. Ce que nous voyons est-il la réalité ou cela se passe-t-il dans la tête de Bruno ? C’est un peu comme si nous étions dans la tête de Kevin (du film Split de M. Night Shyamalan). Certes Bruno n’a pas les 23 personnalités de celui-ci, mais il semble bien y en avoir deux ou trois qui fondent à penser, comme la psychiatre, qu’il est schizophrène à tendances paranoïaques. Et les bascules entre « le réel » et le « fictif » tendent à le prouver. Les réponses ne seront jamais claires et toutes les options sont possibles. Il est possible que, tout comme dans Being John Malkovich (Dans la peau de John Malkovich, Spike Jonze, 1999), nous soyons un peu, beaucoup, tout le temps dans la tête de Bruno, pour le meilleur et le pire, voire le rire jaune. Tout comme il est possible qu’on veuille vraiment l’enfermer. Et pour rester sur ce dernier verbe, Ilan Klipper ne nous donne quasiment pas de clé, voire aucune pour décrypter ce qui apparait comme un véritable ovni cinématographique.

Enfin, ce film (qui sera adoré par certains et rejeté par nombre d’autres) est aussi occasion de prolonger la réflexion sur la folie. Si tout donne à penser que Bruno est schizophrène, l’est-il réellement ? Est-ce que, finalement, le fait de penser et de vivre autrement, de déranger la société dans laquelle nous vivons, ne conduit pas à vous cataloguer comme asocial ou fou alors même que la folie serait d’accepter le monde dans lequel nous nous trouvons et l’on se souviendra ici des amis d’Alexandre qui veulent le faire rentrer dans le droit chemin du travail et de la société dans le film Alexandre le bienheureux Yves Robert, 1968 !).

Diaporama

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