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CINECURE est le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour les radios RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Les critiques de Julien Brnl
Le Crime de l’Orient Express / Murder On The Orient Express
Réalisateur : Kenneth Branagh
Article mis en ligne le 27 décembre 2017
dernière modification le 5 août 2018

par Julien Brnl
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Élégant, somptueusement mis en scène, et porté par un Kenneth Branagh jouant avec panache, voilà une relecture actuelle qui, à défaut d’un récit parfois poussif, ne boude pas notre plaisir, et qui réussira à combler les néophytes et les connaisseurs de cette œuvre on ne peut plus classique, inscrite au panthéon de la littérature. D’ailleurs, il se trame, vu le succès du film, qu’un certain « Mort sur le Nil » est en chantier... Ça vous dit quelque chose ? - 14/20

➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux - Sortie du film le 06 décembre 2017

Signe(s) particulier(s) :

  • ce n’est pas la première fois que le bouquin d’Agatha Christie paru en 1934 est porté à l’écran, puisqu’il y a eu une première adaptation par Sidney Lumet en 1974 (avec Sean Connery et Ingrid Bergman), un téléfilm en 2011 et même une mini-série japonaise ;
  • Kenneth Branagh a lu, en amont du tournage, toute l’intégralité des aventures d’Hercule Poirot ;
  • le tournage s’est déroulé entre les Longcross Studios près de Londres, et à Malte.

Résumé : Le luxe et le calme d’un voyage en Orient Express est soudainement bouleversé par un meurtre. Les 13 passagers sont tous suspects et le fameux détective Hercule Poirot se lance dans une course contre la montre pour identifier l’assassin, avant qu’il ne frappe à nouveau.

La critique

En réadaptant l’œuvre d’Agatha Christie, le réalisateur et acteur Kenneth Branagh savait sans doute dans quel étrier il allait poser ses pieds. Riche de ses 66 romans policiers, de ses 150 nouvelles et de sa vingtaine de pièces de théâtre, Agatha Christie est tout simplement l’auteur la plus traduite de tous les temps. Seules les ventes de la Bible et des œuvres de Shakespeare ont fait mieux que ses œuvres littéraires, c’est pour dire. Quant à Hercule Poirot, le célèbre détective belge est apparu dans 33 de ses romans, et dans plus d’une cinquantaine de ses nouvelles. Autant dire qu’en s’essayant à pareille chemise, Branagh a dû se documenter afin d’incarner son personnage, et son œuvre sur grand écran, plus de quarante ans après sa première adaptation. Aussi méticuleux que son personnage, le réalisateur signe ici un travail de reconstitution aussi audacieux qu’engagé.

Selon Kenneth Branagh, Poirot est, intuitivement, le propre metteur en scène de ses enquêtes, d’où cette idée d’entrer lui-même dans le peau du célèbre détective belge, qui selon son auteur, possédait « la plus belle moustache de toute l’Angleterre ». En parlant de moustache, plus d’une année de documentation avec la créatrice des maquillages et des coiffures a été nécessaire pour arriver à celle qu’arbore l’acteur dans son film ; elle qui se devait, entre autres, d’être très bien fournie, et faire forte et bonne impression. Branagh a même été jusqu’à étudier l’œuvre des plus célèbres artistes belges pour être au poil ! Ainsi, les costumes sur-mesure, les chaussures ou encore les nœuds de cravate ont été pensés, étudiés en parallèle de l’œuvre toute entière de Christie dans laquelle se retrouvait Hercules Poirot. Fort de détails visuels aux petits oignons, « Le Crime de l’Orient Express » n’en demeure pas moins une aussi grande réussite visuelle à plus grande échelle, malgré un tournage majoritairement réalisé en studio. Ainsi, pour que les décors aient l’air des plus authentiques possibles, le directeur de la photographie a notamment réalisé plusieurs heures de prises de vues en Nouvelle-Zélande, alors incorporées par le superviseur des effets visuels en studio lors du montage. Ainsi, pour les besoins du film, un viaduc en bois a notamment été construit, tout comme des tonnes de neige artificielle, un montage de plus de dix mètres de haut (alors prolongée par ordinateur), ainsi que deux trains (l’un pour les scènes extérieures, et l’autre intérieures) adaptés à l’équipe et à l’imposante caméra 65mm. Car oui, Branagh a souhaité tourné son film en 65mm, format devenu rare depuis l’arrivée du numérique, mais permettant une rare netteté de l’image. Bref, cette nouvelle version n’a pas à rougir pour ce qu’elle nous offre comme travail visuel, tout simplement éblouissant, dantesque.

Outre le visuel soigné, le réalisateur est aussi un maestro dans l’occupation de l’espace, et réalise ici un jeu de caméra assez remarquable, filmant ses personnages à tour de rôle, dans des décors différents, à bord ou aux alentours de l’Orient Express. Sa mise en scène, c’est ainsi l’autre belle réussite de ce film, qui se regarde comme un opéra de saison, où le tout impressionne par sa fluidité et ses jeux de caméra.
Composé d’un incroyable casting, avec notamment Johnny Depp, Michelle Pfeiffer, Judi Dench, William Dafoe ou Penelope Cruz, « Le Crime de l’Orient Express » n’est malheureusement pas un film qui se prête aux jeux de ses acteurs, mais plutôt à l’écriture générale de l’œuvre. D’ailleurs, ce sont bien par les dires des passagers que Poirot avancera dans son enquête. Ceci dit, il serait bien dommage de ne pas vous dire que Kenneth Branagh réalise ici un formidable travail au niveau de son accent dans la peau du détective, lui a qui pour l’occasion écouté les enregistrements de 27 accents belges différents, réalisés par des hommes de l’âge de Poirot s’exprimant en anglais, et répétant trois fois par semaine l’accent du détective avec un répétiteur linguistique. Ainsi, Kenneth Branagh s’amuse, et nous amuse par-dessus tout, avec cet accent succulent, ses répliques et mimiques grandiloquentes. Par contre, force est de constater qu’il est aussi capable de rentrer dans ses chaussures et fait preuve d’une belle maîtrise de son jeu au rythme que l’enquête avance, et que les enjeux, plus profonds qu’ils n’y paraissent, évoluent. Car si l’on va au cinéma, c’est avant tout pour découvrir aussi une histoire qui en vaut le détour...

De ce côté, le film permet de se mettre à la place du détective, et ainsi de rentrer dans cette enquête, et ainsi suspecter chacun des treize passagers de ce train de fortune, reliant Istanbul à l’Europe Occidentale. Mais au fur et à mesure des interrogatoires, le soufflet retombe (assez vite), et le doute n’est plus permis en ce qui concerne l’assassin. D’ailleurs, le film s’avère un tantinet trop bavard, et manque de temps forts pour réussir à capter avec passion, autrement que par son physique, le spectateur, qui pourrait dès lors s’ennuyer... Malgré son dénouement, qui nous apprend que la frontière entre le bien et le mal doit être nuancée, c’est sur papier que ce « Crime de l’Orient Express » trouve ses faiblesses.

Diaporama

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Copyright 2017 Twentieth Century Fox

Bande-annonce

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