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CINECURE
L’actualité du cinéma

Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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John Crowley
Le Chardonneret / The Goldfinch
Sortie du film le 09 octobre 2019
Article mis en ligne le 13 octobre 2019

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • adaptation du roman du même nom écrit par Donna Tartt publié en 2013, lequel a obtenu le prestigieux Prix Pulitzer en 2014 ;
  • sixième film du britannique John Crowley, principalement connu pour avoir mis en scène « Boy A » (2007) et « Brooklyn » (2015) ;
  • sorti aux Etats-Unis le 13 septembre dernier, « The Goldfinch » a réalisé l’un des pires premiers week-end de l’histoire pour un film distribué dans plus de 2500 salles, tandis qu’il devrait, au cumul de ses maigres recettes, faire perdre de 25 à 30 millions de dollars à Warner Bros Pictures (distributeur du film dans les salles de cinéma du monde entier), et entre 16 à 18 millions au studio Amazon Studio (co-financeur ayant les droits de transmission en continu sur son service Prime)...

Résumé : Theodore « Theo » Decker n’a que 13 ans quand sa mère est tuée dans une explosion au Metropolitan Museum of Art. Cette tragédie va bouleverser sa vie : passant de la détresse à la culpabilité, il se reconstruit peu à peu et découvre même l’amour. Tout au long de son périple vers l’âge adulte, il conserve précieusement une relique de ce jour funeste qui lui permet de ne pas perdre espoir : un tableau d’un minuscule oiseau enchaîné à son perchoir. Le Chardonneret.

La critique de Julien

Avant d’être un film, « The Goldfinch » est une véritable peinture animalière à l’huile sur panneau, réalisée selon la technique du trompe-l’œil par Carel Fabritius, en 1654, représentant alors un chardonneret, soit un petit passereau de la famille des pinsons, et enchaîné sur le perchoir de sa mangeoire. Artiste d’origine néerlandaise, Fabritius décéda alors le 12 octobre 1654 à la suite de ses blessures causées par l’explosion de la poudrière de Delft, alors qu’il était en train d’y peindre un portrait. Mais cette catastrophe causa aussi la destruction de son atelier, et bon nombre de ses œuvres, ce qui expliquerait donc aujourd’hui que si peu de ses travaux nous soient parvenus...

Considéré comme l’un de ses plus connus, le « Chardonneret » appartient aujourd’hui à la collection du Musée Mauritshuis de la Haye, aux Pays-Bas, tandis qu’il a inspiré, en 2013, l’auteur de roman Donna Tartt, laquelle a écrit une histoire centrée autour de ce tableau. Énorme succès dès sa sortie en librairie, le bouquin a même reçu le prestigieux prix Pulitzer de la fiction, en 2014. Et c’est, à son tour, cette œuvre qui a inspiré le réalisateur John Crowley (« Brooklyn »), d’après un scénario de Peter Straughan (’’La Taupe"), lequel met ainsi en scène l’incroyable histoire fictive de Theodore Decker, étroitement liée à ce tableau, à la suite d’un attentat à la bombe au Metropolitan Museum of Art de New York, alors que sa mère y mourra.

Long de près de deux heures et trente minutes, ce drame est construit suivant deux temporalités espacées de près de quatorze ans. On y suit d’un côté Théo à l’âge de ses treize ans, et des semaines et premières années qui ont suivi le terrible événement ayant frappé sa jeunesse. Son destin le mènera vers un magasin d’antiquités appelé « Hobart & Blackwell », et plus précisément vers James « Hobie » Hobart, dont le partenaire Welton « Welty » Blackwell est décédé devant les yeux de Théo, lors de l’attentat de New York, sans oublier auprès d’une certaine Pippa. Le garçon sera alors recueilli par la famille Barbour, qui envisage d’ailleurs de l’adopter, bien que son père (Luke Wilson), alcoolique déstructuré récemment désintoxiqué, l’ayant autrefois abandonné, parvient à le récupérer, et à le loger chez lui, à Las Vegas, avec sa compagne Xandra (Sarah Paulson). Il y fera alors la rencontre de Boris, un immigré ukrainien, lequel l’initiera à la consommation de marijuana et d’autres drogues illicites. En parallèle, le film nous permet de suivre Théo, huit ans plus, devenu un jeune homme, tandis qu’il s’apprête à épouser la fille de Mme Barbour (Nicole Kidman). Théo travaille alors avec Hobie, auquel il a permis de relancer son commerce, tandis qu’un marchand d’art, mécontent que Théo lui ait vendu une fausse œuvre, pense qu’il cache le célèbre « Goldfinch » depuis toutes ces années...

Malgré une mise en scène très soignée et une pointilleuse et sublime photographie signée Roger Deakins (« Blade Runner 2049 »), John Crowley échoue sur la longueur à retranscrire la culpabilité et la fureur de ce gamin durant la période de temps ayant suivi le drame, et narrée dans le film en première partie. En effet, le cinéaste nous convoque en une reconstruction faite de rencontres et retrouvailles, toujours impactée par la possession d’un objet, duquel il sera impossible de s’en défaire. Et c’est en quelque sorte ce dernier qui mènera le héros de l’histoire vers son avenir. Lent, « Le Chardonneret » prend trop de temps pour mettre en place ses enjeux, tandis qu’il nous entraîne ensuite dans une spirale infernale résultant d’un choix pris des années auparavant, mais impactant plus que jamais le présent. Théo, alors interprété par Ansel Elgort (ayant explosé dans le « Baby Driver » d’Edgar Wright, lequel on retrouvera dans le remake de « West Side Story » dirigé par Steven Spielberg), ne manque pas de charme, mais son visage, lisse, ne vient pas non plus plaider sa cause. Aussi, le sort de certains personnages secondaires, pourtant longuement introduits, ne trouve pas de juste équilibre dans leur écriture, notamment celui campé Nicole Kidman, en mère meurtrie, plaçant alors tous ses espoirs en Théo, en prenant la main de sa fille. Aussi, et alors que la bande-annonce (pour qui ne connaissait pas le roman) ne semblait pas mener vers quelque chose de clair, « Le Chardonneret », en mélangeant les temporalités narratives, prend aussi difficilement celle du spectateur, la faute au manque d’un véritable fil narratif motivant, bien que la tension s’installe ici crescendo.

Si son modèle a beau être envoûtant, son adaptation se veut, quant à elle, plus inerte qu’autre chose en termes d’émotions. Mais peut-être ce défi, de transposer un roman de près de 800 pages, était une mission impossible... Il faut en tout cas reconnaître au film de John Crowley une esthétique absolument sublime, et une mise en scène maîtrisée, malgré la complexité de construction du récit initial, mais lesquelles sont sans doute venues ici geler ses ambitions profondes...



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