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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Antonin Baudry
Le Chant du loup
Sortie le 20 février 2019
Article mis en ligne le 7 mars 2019
dernière modification le 25 mars 2019

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • premier long métrage mis en scène par Antonin Baudry, le co-scénariste de « Quai d’Orsay » de Bertrand Tavernier, et ancien diplomate sous le gouvernement mené par Dominique De Villepin ;
  • dans le jargon sous-marinier, le titre du film fait référence au chant du loup, soit au bruit d’un sonar à immersion, treuillé par un hélicoptère, alors plongé dans l’eau, et capable de repérer la position d’un sous-marin.

Résumé : Un jeune homme a le don rare de reconnaître chaque son qu’il entend. A bord d’un sous-marin nucléaire français, tout repose sur lui, l’Oreille d’Or.
Réputé infaillible, il commet pourtant une erreur qui met l’équipage en danger de mort. Il veut retrouver la confiance de ses camarades mais sa quête les entraîne dans une situation encore plus dramatique.
Dans le monde de la dissuasion nucléaire et de la désinformation, ils se retrouvent tous pris au piège d’un engrenage incontrôlable.

La critique de Julien

« Il y a trois sortes d’hommes : les vivants, les morts, et ceux qui vont sur la mer. » C’est avec cette citation d’Aristote que s’ouvre cet ambitieux film français à gros budget, elle qui nous annonce directement la couleur de ce qui va suivre. « Le Chant du Loup », c’est une immersion réussie dans les bâtiments confinés de sous-marins, au travers d’une haletante fiction, dosée comme il faut.

Rappelant brièvement le scénario de « Hunter Killer » de Donovan Marsh sorti l’année passée, « Le Chant du Loup » nous emmène à la rencontre de Chanteraide (François Civil), appelé une oreille d’or, soit un spécialiste dans l’analyse acoustique de sous-marins nucléaires, capable dès lors de classifier n’importe quel type de son, au nom du commandant. Or, un tel engin ne dispose d’aucun autre moyen d’identification de la menace que par le son, d’où leur rôle, extrêmement crucial, et pointilleux. En pleine mission en mer, Chanteraide repère alors un son douteux, qu’il ne parvient pas à reconnaître, mettant en péril tout l’équipage, mais qu’il établit comme étant un sous-marin russe à quatre pales. Sauf qu’aucun sous-marin en activité ne répond à cette description... Suspendu pour cette fausse classification, le sous-marinier se lancera alors dans une quête d’identification du son entendu, en commençant par le répertoire des signatures acoustiques de l’armée française. Sauf que l’engin, si c’est un sous-marin, semble avoir été déclassé des bases de données informatisées de l’armée française, mais peut-être pas des archives papier. Dès lors, et sans autorisation, il s’introduira ensuite dans la salle des archives du CIRA (le centre d’interprétation et de reconnaissance acoustique), où il découvrira alors l’origine du son, lequel conduira bien à sa première idée, tandis qu’un missile nucléaire ennemi vient d’être lancé sur la France...

L’une des premières grandes réussites du « Le Chant du Loup », c’est la qualité de l’immersion dans laquelle il plonge le spectateur, aussi bien physique, que technique. Le réalisateur Antonin Baudry a d’ailleurs passé plusieurs semaines sous l’eau, à bord des deux types de sous-marins français dont il est question dans le film, c’est-à-dire les SNA (Sous-Marins Nucléiares d’Attaque) et les SNLE (Sous-Marins Lanceurs d’Engin). Dès lors, il en ressort une quantité d’informations recueillies, et une appropriation documentée de Baudry pour son scénario, lequel est bercé par un vocabulaire sous-marinier passionnant, ainsi que par une multitude de procédures réalistes utilisées à bord d’un sous-marin. On en apprend dès lors autant dans ce film qu’on en est diverti. Par exemple, dans la mission de dissuasion nucléaire d’une SNLE, et en cas d’ordre de frappe nucléaire, l’ordre vient directement du Président de la République, tandis qu’il n’existe aucune procédure d’annulation d’un ordre de tir, d’autant plus qu’unesoi fois dilué en mer, il n’est plus possible de trouver la position d’un sous-marin, mais bien de rentrer en contact radio avec lui, ce qui n’empêche que l’ordre est irrévocable... C’est d’ailleurs cette situation, et surtout le caractère exceptionnel de la menace, qui va conduire l’armée française dans une situation très périlleuse...

D’un point de vue de la mise en scène, le cinéaste joue sur une tension grandissante, et une maîtrise implacable de son histoire pour nous faire ressentir la dangerosité des enjeux en cours, sans jamais nous éloigner du confinement ressenti à bord d’un tel lieu, où les acteurs sont entraînés pour la guerre, mais où ils se coordonnent et s’unissent pour qu’elle n’ait pas lieu. En conservant tout ce qu’il a pu apprendre lors de ses immersions, sous l’eau, Antonin Baudry livre ainsi un récit fictif très réaliste et documenté, excepté lorsqu’il concerne l’ennemi. Et décidément, les Russes en prennent pour leur grade dans les films de sous-marins...

Impossible de ne pas appuyer ici le choix du titre du film, étant donné l’importance du son apportée aux aventures du « Titane » et de « L’Effroyable », les deux types de sous-marins dans lesquels évoluent les personnages. Saisissant, le travail du son donne une réelle plus-value à la qualité de la plongée en milieu exigu, enfermé dans des boîtes de conserve nucléaires, à plusieurs kilomètres en dessous du niveau de la mer... Alors que les scènes ont été tournées dans des décors à taille réelle, et même en partie dans de vrais sous-marins pendant leurs temps d’exercices, on a la véritable impression d’y être. Et rien que pour ça, le film en vaut le détour.

Si on est clairement moins fan de l’origine de la menace, et de ce qu’elle représente, il faut bien avouer que son traitement est d’une efficacité sans nom, et que le récit se suit sans trop de peine, fort d’un construction en réel parallèle avec tout ce qui pourrait se faire dans une telle situation. Maintenant, d’un point de vue dramatique, le dénouement ne permet pas de nous suivre après la sortie de la salle, et encore moins de nous faire réfléchir. Mais qu’importe, puisque le rôle premier de ce film est le divertissement.

Porté par François Civil dans le rôle de l’oreille d’or Chanteraide, le reste du casting est plutôt convaincant, en commençant par Mathieu Kassovitz dans la peau de l’amiral commandant de la force océanique stratégique (ALFOST), puis Omar Sy (Capitaine de frégate d’Orsi, commandant second puis commandant du SNA « Le Titane ») ou encore Reda Kateb (Capitaine de vaisseau Grandchamp, commandant du SNA Le Titane puis du SNLE « l’Effroyable »), sans oublier Paula Beer, dans le rôle de la petite amie de Chanteraide, laquelle jouera le lien entre ce personnage et le monde extérieur, en surface. Tous apportent une dimension profonde à leur personnage, aussi bien humaine que patriotique.
« Le Chant du Loup » est donc une réalisation française audacieuse, et qui, pour une première réalisation, n’a pas dérobé sa place dans le haut du panier du cinéma français de cette année.



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