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CINECURE est le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour les radios RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Les critiques de Julien Brnl
Le 15h17 pour Paris / The 15:17 to Paris
Réalisateur(s) : Clint Eastwood
Article mis en ligne le 26 avril 2018
dernière modification le 29 juillet 2018

par Julien Brnl
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Clint Eastwood a sans doute signé ici son plus mauvais film, à 87 ans.- 8/20

➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux - Sortie du film le 21 février 2018

Signe(s) particulier(s) :

  • adaptation du livre « The 15:17 to Paris : the True Story of a Terrorist, a Train, and Three American Heroes », écrit par Anthony Sandler, Alek Skarlatos et Spencer Stone, les trois américains ayant stoppé l’islamiste Ayoub El Khazzani le 21 août 2015 alors qu’il s’apprêtait à commettre un attentat dans le Thalys reliant Bruxelles à Paris ;
  • les trois Américains jouent leur propre rôle devant la caméra du film de Clint Eastwood, qui remet d’ailleurs une fois de plus le couvert sur ces gloires du quotidien issues des Etats-Unis ;
  • l’avocate du suspect avoue avoir fait appel du refus d’organiser une reconstitution de l’attaque du Thalys, et a envisagé d’intenter un procès au studio Warner (qui distribue le film) en vue de suspendre sa sortie, sous prétexte qu’il faut « laisser la justice faire son travail »...

Résumé : Dans la soirée du 21 août 2015, le monde, sidéré, apprend qu’un attentat a été déjoué à bord du Thalys 9364 à destination de Paris. Une attaque évitée de justesse grâce à trois Américains qui voyageaient en Europe. Le film s’attache à leur parcours et revient sur la série d’événements improbables qui les ont amenés à se retrouver à bord de ce train. Tout au long de cette terrible épreuve, leur amitié est restée inébranlable. Une amitié d’une force inouïe qui leur a permis de sauver la vie des 500 passagers…

La critique

Clint Eastwood n’a plus rien à prouver envers le cinéma, lui qui en est une légende vivante. Mais il est pourtant bien difficile d’accepter (et avant tout de croire) aujourd’hui que ce « 15h17 Pour Paris » fasse désormais partie de sa filmographie. En effet, le grand bonhomme (âgé) nous refait le coup du portrait de ces héros américains ayant bravé tous les dangers pour sauver des vies, contre vents et marées. Après le tireur d’élite Chris Kyle (Bradley Cooper dans « American Sniper ») et le pilote d’avion Chesley Sullenberger (Tom Hanks dans « Sully »), Eastwood penche sa caméra sur les trois « héros du Thalys » (même si d’autres hommes courageux sont intervenus avant eux). Mais si, souvenez-vous...

21 août 2015, dans un Thalys reliant Bruxelles à Paris (au départ d’Amsterdam), un islamiste a été stoppé par Spencer Stone, Alek Skarlatos et Anthony Sadler (soient trois amis américains présents dans ce train) alors qu’il portait suffisamment de munitions pour assassiner 500 personnes. Voyant là une aubaine pour raconter le caractère héroïque de ces trois hommes, Eastwood transforme ici les faits en un film non-pertinent, à la limite d’une fausse reconstitution fictive, et qui n’échappe pas à la glorification du drapeau américain.

Même si le nom du réalisateur suffit, certes, à lui seul pour se déplacer en salle afin de découvrir l’un de ses films, on avoue qu’on est avant tout venu ici pour découvrir, en images, cet épisode pour lequel nous ne savons finalement pas grand chose, en attendant toujours le jugement rendu par la cour de justice envers le suspect Ayoub El-Khazzani. Et finalement, Eastwood distille ces quelques minutes de l’horreur avant tout dans un long portrait du trio héroïque de ces bons citoyens américains, de leur enfance jusqu’à ce voyage européen... Le problème, c’est que nous n’avons que faire de leur histoire passée, et de ce qui les a forgés. Cette reconstitution de leur vie antérieure n’est qu’un mauvais prétexte pour amorcer l’image de cette génération née en pleine guerre contre le terrorisme, et n’ayant de but que de servir son pays. C’est un peu (beaucoup) ici le schéma parfait pour le Clint Eastwood républicain que l’on connaît, d’autant qu’il baigne son récit dans une surenchère de messages religieux à la gloire du Tout Puissant, de là à faire de ses personnages de véritables petits anges serviteurs de Dieu. Certes, le christianisme est bien ancré dans la culture aux Etats-Unis, mais de là à le ressortir à chaque discussion, c’est un peu poussé.

Outre une première partie tout simplement inintéressante, voilà que vient enfin l’attaque à proprement parler, mais heureusement évitée de justesse par ces trois gaillards. Sans en faire de trop, le cinéaste donne le LA aux véritables protagonistes de l’histoire, qui s’exécutent alors pour reconstituer, avec plus ou moins de réalisme, leurs faits et gestes. Une fois de plus, cet assemblage d’images n’a que peu de choses cinématographiques à nous offrir, et encore moins une quelconque tension, biaisée par les grosses lignes des événements que l’on connaît, mais surtout par le piédestal sur lequel le réalisateur à poser ses personnages. En effet, ils ne pouvaient que réussir leur mission, puisque là était venu leur salut, soit leur acte de bravoure pour lequel ils se sont battus depuis leur enfance.

Mais alors qu’on pensait avoir vu le pire, voilà que Clint nous permet d’assister à la remise de la Légion d’Honneur à Spencer, Alek et Anthony par le Président de la République François Hollande, dans un raccord entre images d’archives et images tournées pour les besoins du film au Palais de l’Élysée (sous les angles de vues non filmés à l’époque). À travers cette scène (ridicule), « Le 15h17 pour Paris » tire encore plus sur la corde, et prouve qu’il n’avait pas grand chose à raconter, ou en tout cas pas de cette manière.



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