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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

William Oldroyd
Lady Macbeth (The Young Lady en France)
Sortie le 12 avril 2017
Article mis en ligne le 11 mars 2017
dernière modification le 18 avril 2017

par Charles De Clercq
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Le spectateur passera - lentement mais sûrement - de l’empathie à la condamnation.
Une femme sans amour et sans remords se met debout face aux hommes ! 82/100

Synopsis : 1865, tout au nord de l’Angleterre : prisonnière d’un mariage arrangé dénué d’amour avec Alexander, âgé de plus de 40 ans, Katherine, 17 ans, passe ses journées avec sa servante Anna dans les pièces étouffantes d’une grande maison de campagne. Elle n’a presque aucun contact avec le monde extérieur. Lorsque son époux part un jour en voyage, Katherine fait ses premiers pas vers la liberté. Pendant une excursion à travers les paysages époustouflants des terres de son mari, elle fait la connaissance de Sebastian, signant le début d’une relation tumultueuse, bientôt perçue d’un mauvais œil par son entourage. Or, Katherine s’enflamme d’une passion débridée que rien ne peut arrêter, même pas le sang…
Lady Macbeth est l’histoire dramatique d’une femme aussi passionnée que sans scrupules, capable de sacrifier le bonheur acquis (ci-contre, le visuel français).

Acteurs : Florence Pugh, Cosmo Jarvis, Naomi Ackie, Paul Hilton

Grand Prix et Prix de la Meilleure actrice lors du Festival de Valenciennes 2017.


En résumé

William Oldroyd adapte un roman célèbre de la littérature russe du XIXe siècle et le transpose en Angleterre. Il nous montre le parcours d’une femme destinée à n’être que subalterne au service de son mari seigneur et maître. Elle se révolte et voudra aimer envers et contre tout et tous, jusque la mort au besoin. Telle Lady Macbeth mâtinée de Madame Bovary, elle fera passer le spectateur d’une sainte empathie à une... sainte horreur !


 Avant la jeune dame !

William Oldroyd, un réalisateur inconnu au bataillon oserais-je écrire, même en fan de courts-métrages. C’est que après deux courts, Christ’s Dog (2011) et Best (2013) [1], il n’avait réalisé la même année qu’un seul long-métrage expérimental, en (très beau) noir et blanc, intitulé In Mid Wickedness. Le trailer ci-après laisse augurer un auteur d’exception pour le peu que l’on puisse voir de ce film « de festival » comme l’on dit, et projeté (au moins ?) dans celui de Tbilisi en décembre 2013 :

Autant dire que sans y aller avec des pieds de plomb et n’ayant d’autre chose à l’esprit que la femme perfide de Macbeth dans Shakespeare, il n’y avait rien de particulier à attendre de ce film, sinon qu’à le regarder « par sens du devoir » ! Au sortir de la salle, c’est quelque chose de magistral que je venais de voir ! Depuis, j’ai appris que William Oldroyd, et Alice Birch, la scénariste, « se sont tous deux fait un nom au théâtre à Londres, avant d’arriver au cinéma. William Oldroyd a travaillé comme metteur en scène au sein du Young Vic Theater de Londres et à la Royal Shakespeare Company (RSC). Alice Birch a, quant à elle, été dramaturge pour la Court Royal et pour la Royal Shakespeare Company (RSC) ».

 Shakespeare ? Pas vraiment !

En réalité, ce n’est pas du Shakespeare que William Oldroyd adapte, mais un roman écrit par l’écrivain et journaliste russe Nikolaï Semionovitch Leskov en 1865, Lady Macbeth du district de Mtsensk. Alice Birch avait lu ce livre et estimait que certains thèmes méritaient d’être adaptés au cinéma [2]. Cela avait déjà été fait par Andrzej Wajda, en 1961 Sibirska Ledi Magbet (Lady Macbeth sibérienne). Par ailleurs, trente-trois ans plus tard, en 1994, Valeri Todorovski avait fait de même avec son film Katia Ismailova (Podmoskovnye vechera). Avant cela, il y avait eu à l’opéra la célèbre adaptation de Dmitri Chostakovitch en 1934... célèbre également car elle fut interdite de représentation durant trente ans par les autorités soviétiques après sa vision par Staline : « Les protagonistes, livrés à la luxure et assassins, étaient peu compatibles avec son souci de promouvoir la famille soviétique. De même, le thème de l’opéra, à savoir la prise en main de son propre destin par une femme jusqu’ici passive, n’avait rien pour plaire au dictateur. » (source Wikipedia).

 De la jeune Russe à la lady anglaise !

Lady Macbeth, c’est un peu Madame Bovary en Russie qui s’exile en Angleterre. Le réalisateur et la scénariste transposent d’excellente façon cette histoire d’une femme condamnée à être subalterne, au service de son mari et des hommes de la famille en général et que la quête d’autonomie et d’amour va conduire à des situations dramatiques et même à un meurtre. A l’époque la femme n’avait rien à dire, sinon obéir (soit littéralement « écouter » [3]). Ici, Katherine, devenue anglaise par la magie de l’adaptation - excellente - veut devenir indépendante, veut aimer qui elle veut - puisque son mari la délaisse et, possiblement impuissant, se contente d’elle comme icône pour s’accorder difficilement un plaisir solitaire - prendre son destin en mains, le gérer, le planifier jusqu’à ce que parfois, la mort s’ensuive. Difficile d’en dire plus sans gâcher le ’plaisir’ glauque de voir l’évolution de ce personnage. C’est que le spectateur passera de l’empathie - même si elle est colorée d’une vision contemporaine de la femme et de ses droits - à l’horreur, la répulsion et la révulsion !

 Un grand film et de bons acteurs pour un petit budget !

Florence Pugh excelle à donner corps à cette innocente jeune fille que l’on voit se transformer en une femme capable de faire des choses monstrueuses. Le réalisateur l’avait découverte dans The Falling de Carol Morley (2014) où elle l’avait impressionné. De son rôle de Katherine, il ajoute : "Ce qu’elle fait est mal, mais, malgré tout, le spectateur ressent de la sympathie pour elle et veut qu’elle réussisse.”. Le reste du casting est à la hauteur du jeu de Florence Pugh, ainsi Naomi Ackie, qui vient du théâtre joue le rôle d’Anna condamnée au mutisme ou encore Paul Hilton - qui lui aussi vient, notamment, théâtre - dans le rôle d’Alexander, le mari de Katherine et enfin Christopher Fairbank dans le rôle du patriarche et tyran qui désespère de voir sa belle-fille lui donner un héritier. Enfin, il y a aussi Cosmo Jarvis dans le rôle de Sebastian, le palefrenier dont Katherine va s’éprendre pour le meilleur et le pire ! A l’arrivée c’est un petit bijou que le (petit) budget du film (moins de six cent mille euros) ne pouvait laisser augurer ! “Je savais qu’il était possible de faire un film d’époque avec un petit budget. Nous n’avions pas les possibilités de nous offrir de grands extérieurs ni des scènes avec beaucoup de figurants. Nous nous sommes donc concentrés sur la psychologie d’un groupe de personnages vivant en 1865.” Et le peu de personnages est compensé par un autre, la maison, immense et vide dans laquelle ceux-ci déambulent.

Une erreur de sous-titrage...
Une remarque « professionnelle » pour le fun ! Derrière, le critique, il y a le prêtre qui n’a pu que tiquer dans l’adaptation d’un dialogue en sous-titre français. Lorsque le beau-père de Katherine lui dit (en anglais) que la seule chose qu’elle doit faire c’est « de lire son livre de prières » ces mots sont sous-titrés en « dire votre chapelet » ! Cela pouvait passer dans l’Eglise orthodoxe, mais pas dans l’anglicanisme qui n’est pas spécialement féru de dévotion mariale !

 Pour en savoir plus...

1. Biographie des acteurs


Cliquer pour lire

  • Florence Pugh (Katherine) : Après avoir grandi dans l’Oxfordshire, Florence fait ses études à Oxford, tout en faisant de nombreuses apparitions dans des pièces jouées au North Wall Theater de Oxford. En 2014, elle joue dans le film de Carol Morley, The falling. Aux côtés de Maisie Williams, l’actrice campe le personnage d’une écolière menacée par une mystérieuse épidémie à la fin des années 1960. Ce rôle lui vaut une nomination dans la catégorie du meilleur espoir féminin au BFI London Film Festival Awards. Plus récemment, Florence Pugh a rejoint le casting de la série télévisée « Marcella » avec Anna Friel et Laura Carmichael.
  • Cosmo Jarvis - Sebastian L’acteur anglo-américain Cosmo Jarvis fait sa première apparition à l’écran en 2012 dans The Naughty Room. Il y joue un jeune homme de vingt ans souffrant d’un retard d’apprentissage. Outre de nombreuses apparitions dans des films britanniques, Cosmo Jarvis a tenu le rôle principal du film Monochrome de Tom Lawes en 2015. Il est également auteur-compositeur-interprète.
  • Paul Hilton (Alexander) : Paul Hilton a joué dans d’innombrables pièces représentées dans les plus prestigieux théâtres de Grande-Bretagne, notamment le Globe, le National Theater et le Royal Court Theater. On a pu le voir dans plusieurs programmes télévisés, mais également au cinéma dans les films London Road, Les Hauts de Hurlevent, Klimt, Edge et Swansong.
  • Naomi Ackie (Anna) : Après avoir étudié à la Royal Central School of Speech & Drama, Naomi Ackie a joué dans de nombreuses pièces au Soho Theater ou encore au Derby Theater. Elle apparaît dans des séries télévisées, notamment The Five et Doctor Who, mais aussi dans plusieurs courts-métrages. L’un d’eux, Almost Famous, a été sélectionné en 2015 au London Short Film Festival dans la catégorie du meilleur film de fiction. The Young Lady est son premier long-métrage.
  • Christopher Fairbank (Boris) : Il a étudié à la Royal Academy of Dramatic Art. On a pu le voir récemment dans la pièce Le Cercle de craie caucasien de Bertolt Brecht au Théâtre Royal d’Édimbourg. S’il donne régulièrement la réplique à Tom Hardy dans la série Taboo et multiplie les apparitions télévisées, il est surtout connu pour ses rôles au cinéma dans les films London Fields, Les gardiens de la galaxie, Jack et le chasseur de géants et Pirates des Caraïbes.

Source : (dossier presse)


2. Quelques liens pour prolonger la réflexion

Catherine Géry a étudié l’œuvre littéraire de Nicolas Leskov. Elle a participé en décembre 2001 à un colloque international sur le thème « La femme dans la modernité russe ». Ceux qui souhaitent par plaisir, par goût de la littérature et/ou souhaitent cheminer sur les passerelles entre les films et les œuvres qu’ils adaptent trouveront (ou pas) leur bonheur en suivant ces liens :

 Diaporama

 Bande-annonce (VO)

Notes :

[1primé lors du Festival Sundance Channel Shorts de Londres en 2014

[2Le lecteur anglophile trouvera ici, sur Wikipedia, le résumé du livre chapitre par chapitre.

[3(venant du lat. oboedire « prêter l’oreille à quelqu’un »)


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB

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