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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Michael Dudok de Wit
La tortue rouge
Sortie le 29 juin 2016
Article mis en ligne le 10 juin 2016
dernière modification le 29 juillet 2016

par Charles De Clercq
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Une ode à la Nature.
Fable philosophique de toute beauté qui ne dit mot. 88/100

Synopsis : A travers l’histoire d’un naufragé sur une île déserte tropicale peuplée de tortues, de crabes et d’oiseaux, La tortue rouge (primé au Festival de Cannes 2016 dans la section Un certain regard) raconte les grandes étapes de la vie d’un être humain.

 Un Ghibli à la sauce hollandaise

Etonnante rencontre des studios Ghibli avec l’Occident en en particulier les Pays-Bas dont le réalisateur Michael Dudok de Wit propose ici son premier long-métrage d’animation dont il est également le scénariste avec Pascale Ferran. Le diaporama ci-après permet de découvrir quelques-uns des croquis préparatoires à ce qui deviendra le film qui a obtenu le Prix Spécial Un Certain Regard au Festival de Cannes de 2016. Un film qui fait droit à la nature, aux animaux jusque dans les plus petits détails.

 Bien plus que Robinson !

Ce film est bien plus qu’une « robinsonnade » ! C’est un conte ou une fable philosophique et fantastique, une ode à la « Nature » que l’on peut ici majusculer, une réflexion sur l’humain et sa place au sein de celle-ci. La tortue rouge peut probablement être lu à plusieurs niveaux, à commencer par les enfants qui y découvriront une belle histoire qu’ils peuvent prendre au premier degré, celle d’un adolescent que les vagues déferlantes conduisent sur une île déserte. Comment il va grandir et murir avec les animaux, faire des rencontres surprenantes, dont l’une fantastique avec une tortue rouge, fonder une famille et puis mourir. Les adultes y verront bien sûr la Ghibli touch, qui apporte un surcroit de beauté aux dessins et scénario de Michael Dudok de Wit. Qu’il s’agisse du protagoniste principal (et plus tard des autres humains) très expressif(s) même si les yeux sont réduits à de simples ovales noirs, mais également des animaux, petits et grands, de l’île et aussi de l’eau, source de vie et de mort qui est quasiment un personnage à elle seule ! Celui ou celle qui a vu et apprécié les grands films des célèbres studios japonais ne sera pas dépaysé par cette conjonction de deux univers culturels.

 Etre animal et humain...

Toutefois, le film nous invite à aller beaucoup plus loin et nous interroge sur notre humanité, notre place sur la planète, notre interaction avec la nature (voire la Nature). D’où venons-nous ? Pourquoi vivre ? Pourquoi mourir ? Que faire de notre existence ? Le tout se découvre dans un récit sans paroles. Seuls quelques cris, gutturaux, universels, prélangagiers jailliront pour exprimer une détresse, un désarroi, une colère. Les seuls sons que nous entendrons seront les bruits de la nature et des (autres) animaux. « Autres » entre parenthèses parce que les humains, ou probablement faudrait-il écrire « l’humain » (re)trouve son statut, sa place « animale ». Il n’est pas ici le seigneur et le maître de la « création ». Mais le film est aussi bercé et ponctué d’une bande musicale due à Laurent Perez del Mar. Si celle-ci est emphatique, au risque d’être trop présente, elle ne franchit pas le cap d’une démesure et aide à vibrer à l’histoire qui nous est contée. Singulièrement, malgré le titre, c’est celle d’un homme avant d’être celle d’une tortue (rouge).

Voici la lecture très (voire trop) personnelle que nous faisons de ce film ouvert à beaucoup (d’autres) interprétations !

 Tu ne quitteras pas cette île !

Il (nous ne savons pas et ne saurons jamais son nom, si même il en a un) est débarqué par les flots d’une mer déchainée sur une île déserte. Déserte au sens de sans humains. Il n’y a que des animaux et des plantes. Et la mer le met là, au monde, l’offre au monde, lui donne là d’exister sur cette terre, si petite, fragile et luxuriante aussi. Il est là, au sortir de l’adolescence en quête de cet univers qu’il découvre, qu’il explore. Il lui faut se désaltérer, se nourrir. Explorer, explorer,... Faire le tour de cet univers bien petit, fini. Autour et à perte de vue : la mer, calme, reposante et attirante. Il lui faut en sortir. Mais il s’agit d’une utopie, d’un topos, d’un lieu qui n’existe pas ou est inaccessible ! L’eau est à perte de vue et si la nature présente sur l’île lui donne les troncs nécessaires pour fabriquer un radeau. Mais, à l’image de Numéro 6 (Patrick McGoohan, le prisonnier sans nom de la série dystopique The Prisoner), quelque chose va l’empêcher de quitter son île. Nous pouvions déjà pressentir qu’il ne s’était pas donné les conditions d’une réussite, lui qui partait sur la mer sans emporter d’eau douce ! Tu ne quitteras pas la terre semble lui dire la mer ou l’informel qui brise son embarcation de fortune. Trois essais et puis abandonnera...

 Le temps suspendu !

Après cette troisième et toute aussi vaine tentative, notre Robinson - dont les seules échappatoires ne pouvaient s’exercer qu’à travers les songes - va être confronté plus encore à un monde fantastique, celui de la tortue rouge. Occasion aussi d’un combat, pour, d’une certaine façon, se la mettre à dos. Qu’est-ce qui doit mourir en nous - ou dans la nature - lorsque nous sommes confrontés à l’adversité ? A l’image du grain de blé tombé en terre et qui porte du fruit, qu’est-ce qui qui bien naître de la mort ? La vie peut-elle naître de la mort, de nos fragilités et impuissances ? Les carapaces peuvent-elles se briser et libérer ce qui était en sommeil ? Cette seconde partie du film nous confrontera à d’autres personnages. Une femme aux longs cheveux rouges et, plus tard, un enfant. Le leur et qui refera d’une certaine manière le parcours du « père » depuis son arrivée sur l’île. Durant cette partie, qui dure une bonne vingtaine d’années au vu de l’évolution du fils, le temps semble suspendu : la barbe du père, ses cheveux et ceux de sa compagne ne poussent plus. Nous sommes comme figés dans un monde imaginaire...

 Le temps retrouvé !

...Jusqu’à ce que la nature et singulièrement la mer recouvre ses droits. Forte et puissante, elle confronte l’humain à sa radicale impuissance, à sa fragilité. Comment vivre après de telles épreuves ? Il faut bien reprendre le cours du temps. Le temps où il faut lâcher prise et laisser partir l’enfant qui ne l’est plus vers un nouvel horizon. Ne pas s’accrocher à ce que l’on a mené à la vie. Vos enfants ne sont pas vos enfants ! Ils ne sont pas votre propriété. Il faut leur laisser prendre le large, aller vers l’inconnu. Leurs obstacles éventuels seront les leurs, pas les nôtres.
A ceux qui auront donné, la vie, il faudra accepter que les choses aient une fin, qu’ils ne sont éternels que par ce qu’ils ont transmis ! Il ne s’agit pas simplement de (se) reproduire, mais de transmettre. Chacun a un héritage à dessiner pour dire une destinée. A défaut de parole, une écriture, sur le sable, pour dire l’humanité de l’un et l’animalité de l’autre (à moins que l’une et l’autre soient communes ?). On pourra alors laisser le temps repartir. Vieillir. Barbe blanche et cheveux blancs. Laisser son corps sur le sable pour y mourir ou pour retourner à l’océan primordial.

 Diaporama

y compris des croquis d’étude

Bande-annonce :


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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