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CINECURE
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CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Amat Escalante
La región salvaje
Sortie le 17 mai 2017
Article mis en ligne le 1er mai 2017
dernière modification le 24 mai 2017

par Charles De Clercq
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Quand le cosmique convoque la créature tapie au plus intime de l’humain.
Images de soi et de la masculinité, confusion des genres, sont au cœur du film. 73/100

Synopsis : Jeune mère au foyer, Alejandra élève ses deux garçons avec son mari Angel. Fabian, son frère, est infirmier dans un hôpital local. Leurs vies provinciales vont être bouleversées par l’arrivée de la mystérieuse Veronica…

Acteurs : Ruth Ramos, Simone Bucio, Jesus Meza, Eden Villavicencio.

Un confrère et ami avait recommandé la vision de La región salvaje et nous ne l’avons pas regretté, d’autant que le film titillait des souvenirs, ce que nous avons partagé au sortir de la salle avec un autre journaliste. Le film n’était pas sans faire penser à Possession réalisé par Andrzej Żuławski, et sorti en salles en 1981. Il semble que cela soit assumé et que le réalisateur fasse hommage à son prédécesseur (décédé à l’âge de 75 ans en février 2016). On ne va pas pratiquer le jeu des différences et ressemblances, même si le thème et certaines scènes sont analogues (pas identiques) et qu’il ne s’agit pas d’un remake, mais d’un film qui aborde la violence, la sexualité, l’homosexualité, la société, le sexe et le fantastique.

Tourné au Mexique, à Guanajuato, le plus catholique des Etats mexicains, rendu célèbre par Eisenstein, revisité en 2015 par Peter Greenaway dans le remarquable Eisenstein In Guanajuato (Que Viva Eisenstein !), le quatrième film d’Amat Escalante a un fait divers comme point de départ : L’idée originale m’est venue de deux articles d’un journal local de Guanajuato. L’un parlait d’une jeune femme qu’une de ses connaissances avait tenté de violer en pleine forêt, mais elle avait réussi à lui résister. À l’arrivée de la police, ils avaient tous les deux été placés dans la même chambre d’hôpital. Quelque temps après, on la traitait de « pute ». Plus tard, l’accusé a fui la ville, ce qui a rendu sa culpabilité évidente ; il est maintenant en prison. J’avais été étonné de toutes ces rumeurs, tous ces ragots et la victimisation que cette femme avait dû endurer. Le second article montrait une photo du corps d’un homme flottant dans un ruisseau avec en gros titre « Une tarlouze retrouvée noyée ». Cela m’a scandalisé. C’était un infirmier qui travaillait dans un hôpital public. Maintenant, à la place d’un homme qui a dévoué sa vie aux autres, les lecteurs de ce journal se souviendront de lui comme d’une « tarlouze ». Ces gros titres ont été le déclencheur de La región salvaje. J’ai cherché une raison de les rassembler ; c’est comme ça que j’ai fini par faire appel à quelque chose qui ne serait pas de notre monde.. Il transcende ce fait divers en en faisant une œuvre atypique qui rejoint nos animalités, l’indicible de la sexualité.

Tout commence bien loin, ll y a longtemps, dans le cosmos lorsque celui-ci par la chute d’une météorite va ramener quelque chose ici-bas. Ça qui tombe du ciel et d’un passé probablement lointain, enfoui en pleine campagne et « récupéré » par un couple énigmatique provoque, évoque, convoque le plaisir et la jouissance, par toutes les entrées possibles de la femme... et de l’homme. C’est que Ça n’a pas de sexe ou plutôt qu’il/elle les a tous ou qu’il/elle dépasse ces catégories. Plutôt que d’être venu du cosmos, Ça pourrait tout aussi bien être tapi au plus profond de l’inconscient des humain, mais pas que ! De l’animal-humain et de tous les animaux d’ailleurs : une scène qui convoque les animaux au sexe pur (et l’on peut jouer ici sur plusieurs sens du mot) vaut à elle seule son pesant d’évocation, de fantastique et d’inconscient qui se donnent à voir sur la Toile cinématographique.

Ça n’a donc pas d’objet sexuel déterminé. C’est là, tout simplement. Ça attend celui/celle qui se risquera, demandera, redemandera un contact approfondi, addictif et souvent mortel. Ça n’est pas le seul intérêt du film. Celui-ci nous montre différents protagonistes, dont l’un est coincé, figé, enfermé dans une image patriarcale et hétérosexuelle, mais qui a un amant infirmier et gay. L’un et l’autre seront confrontés à ces images assumées ou pas, au regard des autres, au prix à payer pour le silence ou pour une mauvaise interprétation par des tiers de « mots-dits ». Cela et Ça seront à découvrir à l’écran dans des images « poétiques », tendres, émouvantes, poisseuses parfois quand il s’agit de la « créature » comme la nomme Escalante, séduisante, grotesque et sale.

La región salvaje sera plutôt destiné tant à un public cinéphile, probablement averti, comme on dit, qu’au fan de cinéma de « genre ». On pourrait même gloser sur ce terme puisque, d’une certaine façon, la question du « genre » est présente. Tant celui de la créature, représentative du sexe sans tabou, contrainte et culture et que l’humain(e) ne rencontre que dans un lieu clos, caché que justement d’hommes dans une culture machiste qui les condamne à cacher ce qu’ils sont et ne peuvent dire, exprimer, transmettre (et cette absence-là, de réponse en ce lieu-là sera mortelle pour l’un des protagonistes en quête d’une réponse absolue). Opposé à ce « caché », les animaux seuls, pourront se laisser aller, en pleine nature à se donner sans tabou puisque sans culture ! La región salvaje est un film qui gagne à être revu pour y découvrir des clés supplémentaires pour que l’on puisse se laisser pénétrer (!) au plus intime par les thèmes et questions qu’il soulève.
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