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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Eric Barbier
La promesse de l’aube
Sortie le 20 décembre 2017
Article mis en ligne le 29 novembre 2017

par Charles De Clercq
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Romain Gary, une « sublime figure de papier » qui rend compte d’une relation maternelle. 85/100

Synopsis : De son enfance difficile en Pologne en passant par son adolescence sous le soleil de Nice, jusqu’à ses exploits d’aviateur en Afrique pendant la Seconde Guerre mondiale, Romain Gary a vécu une vie extraordinaire. Mais cet acharnement à vivre mille vies, à devenir un grand homme et un écrivain célèbre, c’est à Nina, sa mère, qu’il le doit. C’est l’amour fou de cette mère attachante et excentrique qui fera de lui un des romanciers majeurs du XXe siècle, à la vie pleine de rebondissements, de passions et de mystères. Mais cet amour maternel sans bornes sera aussi son fardeau pour la vie…

Acteurs : Pierre Niney, Charlotte Gainsbourg, Didier Bourdon, Jean-Pierre Darroussin, Finnegan Oldfield, Catherine McCormack.

 Un préambule dispensable !

... dispensable, parce que personnel et donc sans intérêt pour une critique, raison pour laquelle le texte est caché... Mais comme un critique ou un spectateur n’est pas indemne de son histoire, celle-ci joue un rôle...


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Une information pour débuter et l’on comprendra donc que ce paragraphe caché soit écrit à la première personne ! Je sors enthousiaste de la projection du dernier film d’Eric Barbier, à tel point que, dans la foulée, je suis allé acheté le roman de Romain Gary sur lequel je calais jusque là. Le blocage était tout personnel, intime même, s’agissant d’une œuvre (autobiographique) qui mettait la mère sur un piédestal alors que j’avais, au bas mot, un contentieux avec la mienne, moi qui ait fat l’objet d’une mesure de placement judiciaire comme mineur en danger. Avec une formation littéraire (de professeur de français) j’avais aimé les romans de Gary. C’était en particulier la fameuse affaire Emile Ajar ! Sous ce pseudo, Gary obtenait le deuxième prix Goncourt jamais attribué dans de telles circonstances. J’avais un peu plus de vingt ans, une passion pour le théâtre et j’étais fasciné par les multiples visages ou pseudonymes qu’il prenait pour écrire. Quelques années plus tard, Romain Gary quittait ce monde, âgé de 66 ans, alors même que je changeais radicalement d’orientation professionnelle. J’entrais au séminaire, j’abandonnais mon job d’officier de police judiciaire et... je tournais la page des livres de Romain Gary pour en ouvrir d’autres ! Aujourd’hui, ayant quasiment l’âge du romancier aux multiples plumes au moment de sa mort, j’ai été bluffé et subjugué par la mise en images par Barbier d’un roman maternel que je me suis donc empressé de lire durant le week-end !


 De Dassin à Barbier

C’est donc enrichi de la lecture du roman de Gary que nous abordons cette critique en reprenant ce « nous » que l’on appelle de « modestie » ! L’enjeu était de taille pour Eric Barbier qui n’est pas le plus connu des réalisateurs français. Et si nous avons vu deux de ses films Le serpent et Le dernier diamant, il ne semblait pas, a priori, le réalisateur qu’il fallait pour s’attaquer à un tel monument. Surtout après l’interprétation remarquable d’Assaf Dayan et de Melina Mercouri dans la version de Jules Dassin en 1970 (introuvable en DVD, mais disponible sur Youtube). Le film de Barbier a certes quelques faiblesses par rapport à son prédécesseur, mais celles-ci sont largement compensées par le scénario et surtout l’interprétation ! Le scénario, on le comprend aisément puisqu’il repose sur l’œuvre de Gary. L’interprétation révèle quelques acteurs, chevronnés ou pas, qui sont au service de l’intrigue et de sa mise en scène. Ceux-ci arrivent à donner corps à cette histoire, à Romain Gary, à sa relecture et réécriture de sa vie. S’agit-il de sa vie d’ailleurs ? C’est que de nombreux événements paraissent tout bonnement incroyables. S’il ne s’agissait de la réalité, l’on pourrait se dire que c’est too much ! Et pourtant le film est conforme au roman et suit d’ailleurs sa structure. La voix off reprend textuellement des extraits du film...

...même si l’un de ceux-ci au début du roman sera reporté à la fin, à l’initiative de Pierre Niney, flamboyant dans ses divers âges adultes de l’écrivain :

« Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. »

Un texte auquel Pierre Niney donne sa voix (et l’on sent le métier de celui qui fut quelques années durant pensionnaire de la Comédie française), franche et littéraire à la fois, mais aussi sa force de jeu, celle de l’adulte encore jeune qui peut laisser s’exprimer une certaine fragilité ! La narration se situe dans l’aujourd’hui d’un récit qui laisse le passé s’exprimer dans les flashbacks. Occasion de découvrir un formidable jeune acteur (premier rôle au cinéma de Pawel Puchalski qui s’avère impérial !). Le relais sera pris par Némo Schiffman pour donner corps à Romain adolescent (14-16 ans), qui laisse deviner l’adulte -de 18 à 30 ans environ - qui sera interprété par Pierre Niney, acteur décidément remarquable. C’est qu’il joint sa maturité à une certaine fragilité physique (apparente probablement), mais aussi son côté et sa passion littéraires... pour interpréter un personnage littéraire.

 Un personnage littéraire

Littéraire et réel, certes, mais, oserons-nous, « une sublime figure de papier » pour reprendre ici le titre de la thèse de Nanine Charbonnel, Jésus-Christ, sublime figure de papier (2017) [1]. C’est que, s’il y a un seul « Roman Kacew », il y a peut-être plusieurs « Romain Gary » dans le roman Promesse de l’aube. Le roman autobiographique et le film qui l’adapte semblent à ce point si fantastiques que l’on peut penser fabulation, alors même que des témoins peuvent témoigner d’une « vérité ». La question à poser (elle le fut déjà par Pilate, du moins dans un texte, théologique, mais aussi « littéraire » !) est « qu’est-ce que la vérité ? ».

 Un récit fabuleux !

Romain Gary écrit et Barbier filme avec le souci de vérité parce qu’ils veulent rendre compte d’une « Histoire vraie » ! Toutefois, vérité n’est pas synonyme de réalité ! Même si le réalisateur s’appui sur un récit autobiographique qu’il respecte, il est plus que probable que la majorité des événements et situations sont colorés par la relecture qu’en fait son protagoniste. C’est d’une certaine façon à l’image des récits bibliques et tout particulièrement des Evangiles. De nombreuses histoires et faits qui sont racontés, rapportés, avec toute l’apparence d’un témoignage de type journalistique sont avant tout des constructions théologiques qui si elles ne sont pas « réelles » sont « vraies » au sens symbolique, philosophique et théologique (en tout cas pour ceux et celles qui adhèrent à ce corpus de croyance). Ici, Gary rend compte de sa relation avec sa mère. Ou, plutôt, il règle ses comptes avec elle. Comme s’il fallait écrire le lien et en même temps rompre ce cordon ombilical. Comment ne pas s’interroger sur une relation qui ferait le bonheur de psychanalyste ? Comment ne pas se demander si l’homme Gary a pu se sortir d’un tel carcan ? Comment ne pas se dire aussi que c’est grâce à cette relation troublante qu’il a pu être ce grand écrivain aux multiples visages ? Et en cela, le film d’Eric Barbier nous a bluffé par son dynamisme épique, par la façon dont il rend compte du roman, par le visage de la mère, hallucinant, grâce à une fabuleuse Charlotte Gainsbourg ! Ajoutons-y quelques très bons seconds rôles : Didier Bourdon, Jean-Pierre Darroussin et surtout Finnegan Oldfield ! Notre enthousiasme manque probablement de neutralité. Certes, mais nous y avons trouvé un souffle « littéraire » qui nous a fait remonter à la source, le roman, qui, lui-même nous a permis de revivre le film tout en fermant les yeux sur ses éventuelles faiblesses. Il faudra probablement pondérer notre enthousiasme en lisant d’autres critiques !

 Diaporama

Copyright Julien Panié

 Bande-annonce

Notes :

[1(L’auteur développe en gros la thèse de la non-existence physique de Jésus de Nazareth. C’est probablement le travail le plus sérieux en la matière et le premier qui traite la question de façon scientifique et crédible. Nous pensons toutefois que cela n’interdit pas de poser un « monsieur Jésus », historique donc, à la base. Ce qui rejoindrait les travaux qui montrent qu’il y a un hiatus entre « le Jésus de l’histoire » et « le Christ de la foi ». L’on se demandera probablement la raison de cette longue parenthèse qui ne semble n’avoir aucun lien avec Romain Gary. Et pourtant ce n’est pas du délire de la part du rédacteur-prêtre qui rédige cette critique. C’est que, comme le développe J. Riley, s’il y a bien « un Jésus », il y a plusieurs « Christs » (voir cet ouvrage).


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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