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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Benjamin Hennot
La bataille de l’Eau Noire
Sortie le 23 septembre 2015
Article mis en ligne le 25 août 2015
dernière modification le 29 septembre 2015

par Charles De Clercq
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Une fausse bonne idée ! 29/100

Synopsis : La Bataille de l’Eau Noire raconte la lutte victorieuse des habitants d’une petite ville de Belgique contre un projet de barrage insensé en 1978. Un récit choral qui nous communique l’intensité d’un mouvement populaire exemplaire. Un fragment de l’Histoire de la société civile, raconté par ceux et celles qui l’ont faite.
Ils ont perpétré des chahuts et des chaulages, des sabotages et des saccages, des occupations et des “visites”, des campements sauvages et des corsos fleuris. Ils ont converti des billets de banque en vecteurs de propagande. Ils ont lancé la première radio libre de Belgique, dont les fugaces émissions étaient traquées (sans succès) par la gendarmerie. En cette tumultueuse année 1978, ces « Irréductibles Couvinois » étaient alors fermier, ouvrier en poêlerie, pompier, instituteur, professeur, assureur, naturaliste, jeune « lascar » ou étudiant en droit. Ensemble, et par-delà les convictions religieuses, politiques, idéologiques, par-delà les catégories sociales et culturelles, ils se sont unis et ont remporté une victoire fulgurante contre un projet de barrage inutile, qui aurait englouti la superbe vallée de l’Eau Noire et menacé leur cadre de vie. La Bataille de l’Eau Noire c’était neuf mois d’une lutte inventive, humoristique et furieusement déterminée. « C’était dur » confient-ils unanimement, mais pour ajouter aussitôt que ce fut aussi la période la plus intense de leur vie.


L’avant-première du film a eu lieu le jeudi 7 mai 2015, suivie de deux autres les 9 et 10 mai à Couvin.
Pour les Bruxellois, ce sera le 14 septembre au Studio 5 à Flagey (sortie officielle le 23/9 et tournée en Wallonie à partir de septembre - agenda).


Tout partait d’une bonne idée apparente : en 1978 des irréductibles Couvinois s’opposent au pouvoir central et aux autorités au sujet d’un barrage et ils sont fiers de leur réussite. On aura saisi le parallèle fait avec une très célèbre bande dessinée et, mon petit cœur écolo de gauche à défaut d’être bobo était prêt à s’enflammer et je partais avec un a priori positif. J’avais même pris un deuxième dossier presse pour le fournir à mon collègue du direct de 11h à 14h00 pour préparer une éventuelle interview lors de la sortie du documentaire.

Il m’a cependant fallu déchanter. Non pas à cause du « film » en lui-même ou de ses caractéristiques cinématographiques. Il y avait bien quelques effets spéciaux que vous verrez sur la bande-annonce qui déploient à plusieurs reprises une sorte d’hydre noire sur la région et dont on aurait pu se passer. Le film étant essentiellement constitué d’images d’archives et d’interviews aujourd’hui, il y a des différencessur le plan de la qualité des images même si la remastérisation est bien faite dans l’ensemble.

Pourquoi un désenchantement alors ? C’est que dès l’entame il y a un présupposé, un postulat : le barrage prévu à Couvin est une mauvaise idée, c’est dangereux, c’est l’affaire d’hommes politiques (mauvais et électoralistes ?) comme Mathot, d’ingénieurs ? de Bruxellois, de gens de la Ville ! A l’époque, je n’étais pas encore prêtre (pas encore entré au séminaire) mais Officier de police judiciaire dans un corps d’élite du Royaume et je n’ai pas participé, de près ou de loin à cette affaire du barrage, d’autant qu’enquêtant sur la criminalité en cols blancs dans tous les domaines où l’intérêt de l’Etat était en jeu, mes investigations m’auraient plutôt conduit à mener des investigations sur d’éventuelles magouilles politiques, mais ce ne fut pas le cas.

J’aurais aimé que les premières minutes du documentaire mettent le projet et ses images en situation. Ainsi, signaler que les pouvoirs publics envisageaient de créer un bassin de retenue d’eau à Couvin. D’en situer les raisons ? On ne peut croire un seul instant que la seule motivation soit purement politique, électoraliste (et la réaction populaire laisse entendre, justement, que cela n’aurait pas aidé à gagner des voix), que le projet ne serait qu’à classer dans les « travaux inutiles » ! Il y avait une raison à vouloir faire un barrage. Il aurait été bon de l’exprimer, et d’ajouter ensuite : malgré cela, des questions se posaient et mettaient en doute la validité de l’entreprise. Donner toutes les cartes en mains. Ensuite, partir dans la direction du documentaire pour signaler que des citoyens se sont levés pour dire non... mais il fallait enquêter à charge et à décharge !

Le documentaire est quasiment un plaidoyer pour les résistants. Et si je respecte les opinions et les personnes, je suis avant tout défendeur de l’Etat de droit lorsqu’il est démocratique (ce qui, jusqu’à preuve du contraire, est le cas de la Belgique). Et il aurait été utile de montrer les enjeux à ce niveau : qu’en est-il du rapport entre la propriété privée et l’intérêt général [1] ? Nous savons que l’on peut accepter que les éoliennes soient nécessaires, mais pas dans mon jardin et pas si elles m’empêchent de voir « mon » paysage. Or le documentaire laisse trop entendre cette voix qui titille le citoyen dans le sens du poil qu’il a raison de se dresser contre les autorités publiques.

Admettons, il ne manquerait plus que cela [2] ! Mais nous arrivons alors aux moyens utilisés et un message insidieux passe, peut-être à l’insu même du réalisateur que la fin justifierait les moyens ! Mais si je touche illégalement à la propriété d’autrui alors qu’on envisage légalement de toucher à la mienne, qu’en est-il de la validité éthique de mes arguments ? On dira que ce ne sont que des choses et des objets. Mais que diront les « braves gens » lorsque les fermiers excédés par la question du prix du lait, saccageront leurs voitures lorsqu’ils iront au supermarché acheter le lait parce qu’il y est moins cher ? Et tant qu’on y est, si les automobilistes mécontents d’une décision « imposée » par les « autorités » d’établir un piétonnier dans le Centre de Bruxelles venaient casser le mobilier et démolir les infrastructures qui canalisent les voitures ?

Il y a là des enjeux qui tiennent à la gestion de la cité et du bien commun ! Et ensuite, pourquoi ne pas démolir matériel et bâtiments de ceux qui veulent construire des éoliennes ou un RER ou un métro ? Et lâcher des animaux que l’on ne peut contrôler contre des géomètres qui sont peut-être pères de famille ? Et plus encore, quand des pompiers allument des incendies et viennent ensuite les éteindre ! Vous trouvez cela normal ? Il n’y a pas eu mort d’hommes ni de blessés, semble-t-il, et si pourtant un drame était arrivé [3] !

Et tant qu’on y est, question, comme cela, en passant sans lien avec le réalisateur du film donc : est-ce que ce ne sont pas les « autorités » a qui les Couvinois ont demandé le contournement routier de leur ville ?

Bande-annonce :

Une interview du réalisateur

http://www.youtube.com/embed/YWOv75oSg_Y
Présentation du film documentaire "La Bataille de l'Eau Noire"Eau Noire - YouTube
Notes :

[1Et il serait intéressant de revoir le documentaire La corde du diable de Sophie Bruneau où la réalisatrice aborde justement cette notion de clôture d’un espace privé (et donc interdit aux autres) par le biais du fil barbelé !

[2Au moment où j’écris cette critique, je découvre que des instances européennes rejettent une pétition de centaines de milliers de citoyens au sujet des accords de libres échanges avec l’Europe !

[3Hannah Arendt a bien montré les risques liés à l’action humaine (irréversibilité et imprévisibilité) dans La condition de l’homme moderne. Ce sont ces questions que j’aurais aimé voir traitées dans un documentaire. Il y a plusieurs façons de se faire entendre et de « faire justice ». Elles sont présentées par le biais de la fiction par Sidney Lumet : en 1957 dans 12 Angry Men (Douze hommes en colère) et en 1972 dans The Offence !


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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