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David Bruckner
La Proie d’une l’Ombre (The Night House)
Sortie du film le 18 août 2021
Article mis en ligne le 19 août 2021

par Julien Brnl

Genre : Horreur, thriller

Durée : 108’

Acteurs : Rebecca Hall, Sarah Goldberg, Evan Jonigkeit, Stacy Martin, Vondie Curtis-Hall...

Synopsis :
Une jeune veuve découvre les secrets troublants de son mari récemment décédé...

La critique de Julien

Présenté en janvier 2020 au Festival du Film de Sundance, c’est seulement maintenant que sort dans nos salles le film « La Proie de l’Ombre », et cela suite à la pandémie de Covid-19. Réalisé par David Bruckner, spécialisé dans le cinéma d’horreur, auquel on doit le film « Le Rituel » (2018), acquis par Netflix, « La Proie d’une Ombre » met en scène Rebecca Hall, dans la peau d’une trentenaire, et veuve depuis peu, étant donné qu’elle vient de perdre son mari, après qu’il se soit suicidé à l’aide d’un pistolet, sur une barque, situé sur le lac en contrebas de leur maison. Laissée seule dans cette dernière, qu’il avait construite pour elle, Beth va rapidement sentir une présence à ses côtés, l’appelant, l’attirant avec une allure fantomatique, tandis qu’elle sera victime de troublantes visions et d’étranges rêves, le tout mêlés à son défunt mari, mais que la lumière crue du jour viendra mystérieusement effacer tels des cauchemars, des hantises. Contre l’avis de son entourage, elle commencera alors à fouiller dans ses affaires, aspirant à des réponses...

De manière inattendue, « The Night House » (en version originale) a réussi à nous flanquer quelques frayeurs bien senties. Et ça tombe bien, car on était venus là pour ça ! Mais plus que ça, le film de David Bruckner renoue avec le film de fantômes et de présences surnaturelles à l’ancienne. Voix et appels téléphoniques venus d’outre-tombe, épais brouillard, apparitions instantanées, empreintes, craquements de plancher, coups dans les murs, radio qui s’allume toute seule... Le film de David Bruckner aligne tous les artifices du genre (et bien d’autres encore, mais qu’on taira !), mais il le fait avec maîtrise, et surtout avec imagination, au sein d’un scénario plus profond qu’il n’y paraît, et qui superpose et livre ses secrets au compte-goutte, et à mesure que la protagoniste creuse le terrain. Car il y a bien des mystères qui entourent cette histoire (et pas que), et auxquels on ne s’attendait pas...

Outre l’ambiance peu rassurante des lieux, « La Proie de l’Ombre » parle du deuil, et de révélations posthumes à l’égard d’un être tant aimé. Certes, tout cela ne ramènera pas ledit défunt, mais peut-on cependant fermer les yeux sur le passé, et tout pardonner ? Connait-on vraiment la personne avec laquelle on vit ? En général, l’esprit humain est-il capable de fermer les yeux une fois qu’un stimulus est déclenché ? Pour ce personnage, la réponse est tout simplement non. Et c’est l’actrice anglaise Rebecca Hall qui s’offre le haut de l’affiche, elle qui est de tous les plans dans le rôle d’une femme complexe, en pleine dépression psychologique, qui, contrairement à son mari, souffrait déjà d’idées noires, elle qui s’en veut dès lors pour ce qui est arrivé, pensant qu’elle les lui aurait transmises. On comprend dès lors sa position, sa culpabilité, tandis que sa quête fait en quelque sorte partie de son propre deuil, elle qui est de plus intimidée par une présence, qu’elle assimile à son mari, Owen (Evan Jonigkeit), la poussant à approfondir son dangereux voyage. L’actrice offre ici une interprétation à saluer, laquelle parvient à transmettre ses émotions, dont la peur, le manque, l’incompréhension, et le mal-être. Mais face à elle, la place réservée ici aux personnages secondaires est très importante. En effet, y sont-ils pour quelque chose ? Savent-ils quelque chose ? Agissent-ils pour ou contre Beth ? Toutes ces questions traverseront forcément l’esprit de celui qui regardera ce film. Et c’est fait pour !

Comme tout bon film d’horreur qui se mérite, « La Proie de l’Ombre » s’amuse avec l’environnement dans lequel se développe, c’est-à-dire avec ses décors, tout d’abord extérieurs, en témoigne notamment cette sublime maison - beaucoup moins rassurante la nuit que le jour - mais également intérieurs, via l’architecture de la maison. En effet, l’une des manières avec laquelle se manifeste la « menace » autour du personnage de Rebecca Hall se fait via des illusions d’optique qui étonnent, ce qui apporte dès lors un aspect ludique à ses mésaventures, et donc quelque chose de nouveau au genre. De plus, l’effet de miroir (inversant) est souvent utilisé ici pour livrer des indices venant redistribuer les cartes, tandis que le hors champs et les ruptures sonores s’occupent de nous dresser les poils.

Là où le film parvient aussi à convaincre, c’est avec les vraies et fausses pistes qu’il met en place, jouant ainsi avec nos nerfs, le spectateur étant dès lors curieux d’en savoir plus, et, comme le personnage principal, de démêler le vrai du faux. Nos aprioris, nos pires interprétations évoluent alors constamment au fil de celles de Beth, en fonction de la tournure des événements (insoupçonnés) et des révélations qui viennent ainsi la percuter (parfois littéralement et) violemment, la confrontant de plein fouet « au » passé. « La Proie de l’Ombre » a alors l’intelligence de livrer toutes les réponses qu’on attendait de lui, tout en laissant, en parallèle de ce que découvrira sa protagoniste, une part de mystère nécessaire à tout bon film laissant entrer dans quartiers une part d’inexplicable, d’insensé...

Annoncé à la réalisation d’un reboot de la franchise « Hellraiser » pour la plateforme en ligne de vidéo à la demande « Hulu », David Bruckner nous livre là un film aux multiples facettes, certes horrifiques, mais d’autant plus psychologiques, dramatiques et fantastiques. Mais c’est aussi et surtout un vrai film d’horreur qui parvient, au contraire de la majorité des films actuels du genre, à nous faire peur, et cela en plaçant sa principale intéressée dans une véritable paranoïa endeuillée, qui dépasse les limites du réel, et qui oblige à creuser plus profondément qu’en surface. Embarquez donc, chers amateurs, car vous devriez y trouver de quoi vous satisfaire...