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CINECURE
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Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews. Si celui-ci produit des émissions consacrées au cinéma sur la radio RCF Bruxelles, celle-ci n’est aucune responsable du site ou de ses contenus et aucun lin contractuel ne les relie. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

Marie Amiguet et Vincent Munier
La Panthère des Neiges (The Velvet Queen)
Sortie du film le 30 mars 2022
Article mis en ligne le 8 avril 2022

par Julien Brnl

Genre : Documentaire

Durée : 92’

Acteurs : Vincent Meunier, Sylvain Tesson...

Synopsis :
Au cœur des hauts plateaux tibétains, le photographe Vincent Munier entraîne l’écrivain Sylvain Tesson dans sa quête de la panthère des neiges. Il l’initie à l’art délicat de l’affût, à la lecture des traces et à la patience nécessaire pour entrevoir les bêtes. En parcourant les sommets habités par des présences invisibles, les deux hommes tissent un dialogue sur notre place parmi les êtres vivants et célèbrent la beauté du monde. D’après le best-seller de Sylvain Tesson et avec la musique originale de Warren Ellis et Nick Cave.

La critique de Julien

Il existe des films qui dégagent une certaine aura et une émotion palpable lorsqu’on les regarde, les faisant dès lors dépasser de leur cadre de « simple » divertissement. Il en existe également d’autres, plus rares, qui engendreront indubitablement des applaudissements en fin de séance. « La Panthère des Neiges » est de ces deux-là en même temps.

Certes, « La Panthère des Neiges » est un documentaire, mais on aurait plutôt tendance à parler ici d’un film documentaire, étant donné que celui-ci raconte bien une histoire, et même une double histoire, soit celle d’un rêve, et d’une rencontre. Loin de toute visée pédagogie, ni moralisatrice, on y suit d’une part le photographe, cinéaste et éditeur Vincent Munier, amoureux des grands espaces et de la poésie du monde sauvage, lequel a fondé KOBALANN Éditions & Productions en 2010, et publié une dizaine d’ouvrages photographiques, dont « Tibet, Minéral animal » (2018). Ce dernier est d’ailleurs le fruit des voyages qu’il a entrepris avec le philosophe et aventurier Sylvain Tesson sur le plateau du Changtang au Tibet, lequel est ainsi le second protagoniste du film, lui qui a écrit à la suite de leurs voyages le récit « La Panthère des Neiges » (2019), publié aux éditions Gallimard. C’est donc tout naturellement que son ami Vincent Meunier l’a adapté pour le cinéma, avec l’aide de la réalisatrice franco-suisse Marie Amiguet, biologiste de formation diplômée d’un Master de cinéma animalier (IFFCAM), avec laquelle il avait déjà collaborée. C’est ensemble qu’ils ont dès lors décidé de capter en images la rencontre introspective des deux hommes avec la très rare panthère des neiges...

Ignorer les douleurs, mépriser le temps et ne jamais douter de ce qu’il désire, tels sont les principes de Vincent Meunier, amoureux de la nature, lequel ne se sent aussi bien que lorsqu’il est seul dans la nature, face à son immensité, encore préservée des pattes de l’Homme. Loin du théâtre de marionnettes de ce dernier, Vincent Meunier préfère le fuir, pour respirer, préférant dès lors célébrer l’espoir, plutôt que le désespoir, et notamment au travers de ses photographies. Ce dernier apprendra alors à Sylvain Tesson la technique de l’affût photographique, bien que rien ne garantit d’en obtenir satisfaction, au contraire du « tout-tout-de-suite » de l’épilepsie du monde moderne. Il est également question de chasses aux empreintes, laquelle est sans doute l’une des techniques les plus vieilles au monde, ainsi que d’observation attentive et immobile des décors naturels escarpés, et des lignes de crête, à l’affût donc de la moindre ombre, le tout lorsque le temps le permet...

Pourtant habitué des expéditions en milieux extrêmes, l’écrivain découvrira ici la vraie définition de la patience, en apprenant ainsi à contempler ce qui l’entoure, dans cette quête de rencontre avec la panthère des neiges. En chemin, les deux hommes croiseront ainsi des regards, incommunicables, notamment avec le Grand Bharal, le yak, le renard du Tibet, l’ours, le cerf, ou encore le chat de Pallas. Saisissant de beauté, « La Panthère des Neiges » est alors narré par la voix chuchotante des deux hommes autour de leurs apprentissages respectifs vis-à-vis de la nature qu’ils découvrent, avec pour l’un, un œil toujours aussi ouvert et obsédé, et pour l’autre, un nouveau regard. Nourrissantes et sensées, leurs réflexions mettent alors le doigt sur l’indifférence de l’Homme concernant le monde qui l’entoure, lequel, en plus d’avoir des yeux qui ne sont pas faits pour tout voir, ne regarde pas au bon endroit, lui qui est incapable de se contenter de ce que la nature lui offre, ou encore de lutter pour qu’elle demeure, intacte. Et puis, il y a bien évidemment le point d’orgue de ce film, qui nous prend de plus en plus à la gorge à mesure que les images, épurées et somptueuses, se suivent. Tel un fantôme extrêmement bien camouflé, la panthère observe ici l’Homme (bon dans ce cas), elle qui, dans ce qui semble être un moment de communion, et de confiance, s’adonnera à l’objectif de Vincent Munier et de son complice, les larmes aux yeux, et les nôtres avec.

Ode à la vie sauvage et à l’importance du monde animal, ne fût-ce que dans les paysages terrestres, « La Panthère des Neiges » tente alors, à juste mesure, et sans forcer le message, de nous faire prendre conscience de l’utilité de la patience, elle qui nous aide(rait) ainsi à aimer davantage le monde, et à le découvrir autrement, et dès lors à vivre en harmonie avec lui. Certes, on y est encore loin, mais ce film documentaire fait partie de ceux qui célèbrent la nature et la nécessité de la préserver. Enfin, la force de persuasion et la magnificence des images et des mots n’auraient pas la même puissance sans la sublime musique de Warren Ellis et Nick Cave, elle qui finit par nous bouleverser face à ladite apparition, au son du titre « We Are Not Alone », dont les paroles résonnent particulièrement...



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