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Sebastián Borensztein
La Odisea (La Odisea de los Giles / Les Losers héroïques)
Sortie du film le 05 août 2020
Article mis en ligne le 6 août 2020

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • adaptation du roman d’Eduardo Sacheri intitulé « La Noche de la Usina », et publié en 2016 ;
  • prix du meilleur film ibéro-américain lors de la 34e édition des Goya Awards ;
  • Chino Darín, le fils de Ricardo Darín, donne ici la réplique à son père, eux qui sont également co-producteurs du film.

Résumé : L’ancien footballeur Fermin Pelassi et sa femme Linda décident de réaliser leur rêve en mettant sur pieds, avec d’autres villageois, une coopérative. Ils réunissent tant bien que mal l’argent nécessaire et vont le confier à la banque locale. Mais peu après, le manager corrompu de l’agence disparaît avec leurs économies... juste avant le tristement célèbre « Corralito ». Les amis vont unir leurs forces pour récupérer ce qui leur appartient. Mais malgré leur énergie et leur astuce, cela ne va pas se dérouler comme prévu...

La critique de Julien

Non, « La Odisea / Les Losers Héroïques » n’est pas adapté d’une histoire vraie, même s’il en a tout l’air ! Mais le cinquième film du cinéaste argentin Sebastián Borensztein, très actif avant cela dans la réalisation d’épisodes de séries télévisées, s’empare en toile de fond de la véritable crise économique ayant ébranlé l’Argentine de 1998 à 2002, et plus précisément du « corralito », soit la restriction aux Argentins de leurs sorties d’argent du système bancaire, dans le but d’éviter l’effondrement du système, alors imposée par le gouvernement radical de Fernando de la Rúa, le 03 décembre 2001. Cette crise, ayant alimenté une révolte populaire, puis conduit de fil en anguille à la démission du président argentin de l’époque, a alors inspiré l’écrivain Eduardo Sacheri, avec son roman « La Noche de la Usina » (2016), aujourd’hui adapté au cinéma.

On y suit alors un groupe d’habitants d’une ville de la province de Buenos Aires, composé de bosseurs hommes et femmes honnêtes et respectueux des normes, mais que le système va alors prendre pour des couillons, ce que nous expliquera dès l’ouverture, suivi d’une grosse explosion, le personnage principal campé par l’impeccable Ricardo Darín, c’est-à-dire, et selon « le dictionnaire », comme des personnes lentes, qui manquent de vivacité et d’ingéniosité. Sauf que les abus auxquels seront confrontés ces personnes finiront comme des coups de pieds au visage, auxquels ils diront stop. En effet, après avoir investi leurs économies dans une coopérative locale, leur argent se retrouvera gelé à la banque, ne pouvant dès lors retirer par jour que l’équivalent de 250 pesos. Sauf qu’en réalité, ce dernier servira à remplir les poches d’un avocat, dans une arnaque générée par ce dernier et le directeur de la banque. Solidaire, et à l’affût de la moindre information, ce groupe aura alors connaissance d’une planque inviolable, créée par cet avocat, lesquels mettront dès lors en place un plan pour récupérer leur argent, qui leur est dû !

Sur le ton de la comédie politique, égratignant gentiment le monde intimidant et baratinant des banques et de la finance, déployant à leur avantage et intérêt leurs crocs, mais dans le sens du poil, pour alors en ressortir un meilleur profit, « La Odisea » se regarde comme un casse doucement dispersé dans sa mise en place, et pourtant très ingénieux, où des personnes issues de classe moyenne, jusque-là toujours droites dans leurs bottes, feront justice elles-mêmes, tout en restant pacifistes dans leur manière d’agir. Sebastián Borensztein, tout en convoitant le drame, et le réalisme social, s’amuse à filmer sa bande de bras cassés, cessant ainsi de se laisser voler. Et avec sa belle brochette de personnalités pas comme les autres, ses retournements de situation plus ou moins réussis - étant donné un plan établit par essais-erreurs, et loin d’être infaillible, ce film se révèle cocasse, tout en ayant des choses à dire, mais avec moins de cran qu’espéré, si on le compare par exemple à l’excellentissime et culotté « Les Nouveaux Sauvages » (2014) de Damian Szifron. De plus, le rythme subit la longueur de son récit, tandis qu’il ne révolutionne pas le genre, mais permet de poser un autre regard sur la crise économique, et ses requins, qui n’hésitent pas à s’en mettre plein les poches sur le dos de ceux qui en ont vraiment besoin, sans s’en rendre forcément compte. Voilà qui a de quoi nous faire réfléchir quant à celle qui nous attend...

Tout en y allant moins fort qu’attendu, « La Odisea / Les Losers Héroïques » revisite (tout en étant adapté) un épisode de la trouble période de la crise économique argentine, survenue de 1998 à 2002, et cela sur le ton de la comédie engagée, et docilement décalée.

https://www.youtube.com/embed/3jYK-T2NkqI
La Odisea (Les Losers Heroiques) l Trailer BE l Release : 05.08.2020 - YouTube