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Jean-Paul Salomé
La Daronne
Sortie du film le 09 septembre 2020
Article mis en ligne le 14 septembre 2020

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • film inspiré du roman éponyme de l’écrivaine Hannelore Cayre, paru en 2017 aux Editions Métailié, récompensé du Prix du polar européen et du Grand prix de la littérature policière.

Résumé : Patience Portefeux est interprète judiciaire franco-arabe, spécialisée dans les écoutes téléphoniques pour la brigade des Stups. Lors d’une enquête, elle découvre que l’un des trafiquants n’est autre que le fils de l’infirmière dévouée qui s’occupe de sa mère. Elle décide alors de le couvrir et se retrouve à la tête d’un immense trafic ; cette nouvelle venue dans le milieu du deal est surnommée par ses collègues policiers « La Daronne ».

La critique de Julien

Initialement prévu en salle en mars dernier avant d’être reporté, « La Daronne » permet à l’éclectique Isabelle Huppert de jouer le rôle de Patience Portefeux, une interprète judiciaire franco-arabe proche de la retraite, spécialisée dans les écoutes téléphoniques pour la brigade des Stups. Mais il y a un mais ! En mal d’action, et d’argent (elle doit payer ses loyers en retard, et l’hébergement de sa maman, jouée par la touchante Liliane Rovère), elle couvrira le fils, sous-écoute policière, de l’infirmière qui s’occupe de sa mère (victime de la maladie d’Alzheimer), avec dévouement, lui qui était en train de transporter une cargaison de résine de cannabis pour deux frères dealers. La drogue, abandonnée dans la nature, sera aussitôt récupérée par Patience, laquelle décidera alors de la revendre pour son compte, ou plutôt sur celui de la « Daronne », dans le quartier cosmopolite de Barbès...

Même si voir Isabelle Huppert en dealeuse fashion vêtue d’une abaya fait son petit effet durant les premiers instants où elle apparaît à l’écran, son rôle (pour lequel elle a dû apprendre ses répliques phonétiquement) et ses motivations, qui vont pourtant l’amener à franchir la ligne jaune, peinent à convaincre, la faute à une écriture trop superficielle, et quelques maigres flash-back et dialogues en guise de consolation quant à son histoire passée (pourtant la plus intéressante). De plus, à l’image du personnage naïf du commandant de brigade des stups (joué par Hippolyte Girardot) aveuglé par son amour pour Patience, avec qui il travaille et entretient une relation, alors qu’il s’agit de la femme qu’il cherche à arrêter (!), on peine à croire également aux seconds-rôles, qu’ils soient crédules et ferment ainsi les yeux, stéréotypés (petits dealers abrutis, grands et méchants caïds), ou tombent à point nommé dans ce trafic de drogues un brin trop facile (une propriétaire Asiatique expatriée sournoise).

Réalisé par Jean-Paul Salomé (« Les Femmes de l’Ombre », « Arsène Lupin »), « La Daronne » propose certes un récit adaptée d’un roman, mais lequel est malheureusement rendu peu crédible à l’écran, la faute notamment à une succession de péripéties et ficelles improbables, en plus de mélanger de manière nonchalante plusieurs genres, tels que le polar, la comédie, et le portrait psychologique d’une femme qui se libère, le tout au sein d’une mise en scène peu inspirée, sans suspens, que l’on sent en plus vouloir se chercher un certain style, sans y parvenir.

Malgré une Isabelle Huppert à contre-emploi, « La Daronne » ne va jamais plus loin que son résumé, qui promettait plus qu’il ne tient parole. En résulte un film parfois cocasse, insolent, mais trop jeu d’enfant, guère enthousiasmant.

https://www.youtube.com/embed/VYORD1EBFw0
LA DARONNE | Bande-annonce AU CINÉMA LE 9 SEPTEMBRE - YouTube