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CINECURE
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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Nicolas Bedos
La Belle Époque
Sortie du film le 06 novembre 2019
Article mis en ligne le 7 novembre 2019

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • présenté en Sélection Officielle hors compétition au Festival de Cannes 2019 ;
  • seconde réalisation de Nicolas Bedos après le « Monsieur et Madame Adelman » (2017), dont il co-signait le scénario avec Doria Tillier, lesquels tenaient là le rôle d’un couple, dans une grande histoire d’amour audacieuse étalée sur près de cinquante années, tandis que le couple à la vie serait maintenant séparé depuis octobre dernier, selon une interview de Nicolas Bedos consacrée au magazine à Gala.

Résumé : Victor, un sexagénaire désabusé, voit sa vie bouleversée le jour où Antoine, un brillant entrepreneur, lui propose une attraction d’un genre nouveau : mélangeant artifices théâtraux et reconstitution historique, cette entreprise propose à ses clients de replonger dans l’époque de leur choix. Victor opte pour replonger dans la semaine la plus marquante de sa vie, celle où il rencontra le grand amour, quarante ans auparavant, le 16 mai 1974.

La critique de Julien

Nicolas Bedos nous avait chaleureusement impressionnés avec son premier film sorti deux ans plus tôt, « Monsieur et Madame Adelman », bien aidé par la présence de sa compagne (d’époque) Doria Tillier, aussi bien au scénario qu’au casting. Nommé dans la catégorie « Meilleur premier film » à la 43ème cérémonie des César, cette fresque romanesque conjugale et torrentielle racontait alors l’histoire d’un couple (Bedos et Tillier eux-mêmes), étalée sur près de cinquante années, qui s’était aimé, mais aussi détesté, pour finalement s’aimer encore plus, en abordant ainsi des thèmes pertinents rencontrés dans une vie de couple, tels que la paternité, l’inspiration, la fidélité, le partage, la maladie, l’argent (etc.), tandis qu’il rendait aussi hommage aux femmes de l’ombre qui vivent derrière un mari trop encombrant. Or, à l’issue de ce second effort intitulé « La Belle Époque », force est de constater que la question du couple, face aux années qui passent, passionne le cinéaste, et semble faire désormais partie intégrante de son œuvre.

Après 25 années de mariage, Victor (Daniel Auteuil), un sexagénaire désabusé par les temps qui courent, se voit mettre à la porte par son épouse Marianna (Fanny Ardant). La raison ? Son incapacité à sourire à la vie actuelle et à aller de l’avant, à s’apitoyer depuis bien trop longtemps sur son sort, lequel est dépassé par l’époque, par la technologie, et se noie dans le présent, en tentant alors se raccrocher naïvement aux codes que lui offrait la vie passée, dont il possédait encore les clefs de lecture. Or, Marianne, elle, voit la vie d’un autre regard, et veut en profiter. Leur fils Maxime (Michaël Cohen), qui tente tant bien que mal d’avoir un dialogue avec son père (qui ne comprend rien à ce qu’il fait dans la vie) lui offrira alors un carton d’invitation afin de participer à une expérience de reconstitution historique, organisée par la boîte d’Antoine (Guillaume Canet), l’un de ses amis. Victor finira alors par l’accepter, vis-à-vis de sa situation. L’occasion pour lui de chercher un peu de réconfort dans le passé, et de replonger le jour de sa rencontre avec sa femme, jouée dès lors par une comédienne, Margot (Doria Tillier), la compagne d’Antoine, laquelle n’a pas non plus la vie facile avec ce dernier...

« La Belle Époque » se divise d’emblée en deux parties, la première étant plus incisive que la seconde. Entièrement écris cette fois-ci par Nicolas Bedos, le scénario nous expose tout d’abord de plein fouet la vie tumultueuse d’un premier couple, campé par Daniel Auteuil et Fanny Ardant, lui dessinateur au chômage et elle psychologue, qui bât alors de l’aile, elle qui ne mâche pas ses mots pour le lui faire comprendre. En parallèle, on découvre celui de Guillaume Canet et de Doria Tillier, lui dans la peau d’un patron de boîte, scénariste et metteur en scène possessif, et elle dans celle d’une comédienne ayant alors fui les plateaux de son compagnon, épuisée par ses crises de colère, pour lequel tout n’est jamais assez bien (joué). Pourtant, cette dernière va ici lui venir en aide, promesse à la clef...

Dans cette entame, « La Belle Époque » fait preuve de vitalité débordante, et de punchlines corrosives à souhait. Et qu’est-ce qu’on aime ça ! Aussi, le réalisateur soigne la mise en scène de son film, lui qui filme à plusieurs reprises ses acteurs se donner la réplique simultanément dans une position ou dans une action différente de la précédente, au sein d’une même pièce, donnant ainsi l’impression qu’ils ont voyagé d’un endroit à un autre, d’une phrase à l’autre, ce qui offre considérablement du style, de l’efficacité à l’ensemble, et capte instantanément notre attention. Et le montage n’est certainement pas en reste dans cet effet.

Et puis, si cette histoire met avant tout en scène celle d’un couple au bord du précipice n’ayant réussi à garder la tête haute, oxygéner leur amour, ou à évoluer dans un même sens au fil du temps, Bedos parvient à faire vivre d’autres personnages, et avec une belle énergie et répartie (on pense notamment à ceux de Pierre Arditi ou de Denis Podalydès, déjà présents dans son précédent film).
Une fois le bon coup de balai passé du premier acte, « La Belle Époque » se concentre alors sur ce qui ne fonctionne pas dans ces deux histoires amoureuses, pour alors mieux leur permettre de se retrouver. Le film tourne ainsi vers la comédie sentimentale, mais qui sait nous parler à bon escient des tumultes rencontrés dans une relation longue, mais aussi de la difficulté à rester connecter dans une époque qui change sans arrêt, et surtout de s’y adapter. Malgré quelque temps morts et des petits épisodes de tromperies ou de sentiments vagues où Nicolas Bedos s’évade quelque peu, son film s’avère être un sympathique moment de cinéma assez charmant dans l’ensemble, et au travers duquel revivre le passé et les premiers instants permettraient de raviver la flemme, et de nous rappeler combien il est important de se dire les choses, et de se remettre en question soi-même avant de juger l’autre...

Film de cinéma et de théâtre, Nicolas Bedos exploite-là son idée originale avec conviction et ressource, lui qui rend aussi bien un hommage aux meilleures années, qu’au métier de comédien. En effet, cette société de production en question, qui reconstitue à l’identique la période choisie par ses (riches) clients, est une mise en abyme exaltante, aussi drôle, romanesque que profonde, avec laquelle il débute son histoire, et la termine. En l’espace de seulement deux films, autant dire que le metteur en scène ne cesse de nous surprendre, et imprègne déjà le cinéma francophone de sa patte, entre dramaturgie, nostalgie, amour du couple, et du dialogue.

« La Belle Époque » est une parenthèse hors du temps, et de haut vol. Un œuvre généreuse, raffinée, à la fois simple et complexe, entre passé et présent, parfois dispersée, intensément jouée, qui parle autant qu’elle évoque, constate, et guéri tous ses sujets. On est d’ores et déjà impatient de voir comment Nicolas Bedos va mettre à service ses talents pour mettre en boîte la troisième aventure de « OSS 117 : Alerte Rouge en Afrique Noire » (dont il va débuter le tournage d’ici peu, pour une sortie en février 2021) !



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