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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Christophe Barratier
L’outsider
Sortie le 22 juin 2016
Article mis en ligne le 13 juin 2016

par Charles De Clercq
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Il nous décrit un monde mesuré à l’aune de l’espace entre le pouce et l’index ! Il y a 4,5 milliards de bonnes raisons de voir ce film. 79/100

Synopsis : On connaît tous Jérôme Kerviel, le trader passé du jour au lendemain de l’anonymat au patronyme le plus consulté sur les moteurs de recherche du net en 2008… l’opérateur de marchés de 31 ans dont les prises de risque auraient pu faire basculer la Société Générale voire même le système financier mondial… l’homme condamné deux ans plus tard à cinq ans de prison dont trois ferme et aux plus lourds dommages-intérêts jamais vus pour un particulier : 4,9 milliards d’euros. La chaîne hiérarchique de la « SocGen » s’est défendue d’avoir eu connaissance de ces prises de positions risquées. Pourtant, le trader junior avait le vent en poupe. Fin 2007, chiffres à l’appui, il a fait gagner à la Société Générale un milliard et demi d’euros sur l’année écoulée. Du jamais vu dans les salles de marchés de la banque à la Défense. A cette époque, Kerviel est dans une spirale de réussite. Une « bonne gagneuse », une « cash-machine » comme le surnommaient ses collègues. Il est jeune, il a une gueule … celui que tout le monde envie sur le plateau où travaillent les traders... (ci-contre : Christophe Barratier. Source de la photo)

Acteurs : Arthur Dupont, François-Xavier Demaison, Sabrina Ouazani, Tewfik Jallab, Thomas Coumans.

Présentation BRFF : On connaît tous Jérôme Kerviel, le trader passé du jour au lendemain de l’anonymat à la célébrité. A 31 ans, il a fait gagné à la Société Générale un milliard et demi d’euros. C’est du jamais vu. Il est Le trader, la poule aux œufs d’or. Il est rentré par la petite porte d’une des plus grosses banques d’Europe et il va monter les échelons et apprendre vite, très vite comment gagner des millions. Mais à ce jeu là, la roue peut aussi tourner très rapidement. Christophe Barratier s’éloigne à des années-lumière de l’innocence de ses petits choristes qui l’a fait connaître. Son tour de force, nous passionner d’un sujet et d’un personnage emblématique d’une société où l’argent est tout, où l’argent est roi. Barratier nous ouvre la porte du monde de la finance à travers une mise en scène haletante, un scénario terriblement bien construit et un casting de premier ordre. On suit aussi et surtout Jérôme, le jeune homme qui est devenu un requin au fil de son apprentissage. Ou comment l’être humain peut perdre son humanité pour l’appât du gain. Un autre type de banditisme, sans sang et violence physique, mais aux conséquences tout aussi graves.


Que pouvait-on apprendre de plus de l’histoire de Jérome Kerviel, hypemédiatisée ? Nous pensons tous connaître l’homme qui est allé voir le pape ? Plusieurs y voient une sorte de chevalier blanc, à l’heure où l’on met au pinacle ceux que l’on appelle des « lanceurs d’alerte ». Etait-ce ce portrait qui allait nous être présenté ? Ou, en revanche, celui de la Société Générale affreusement abusée (à l’insu de son plein gré) par un très méchant arnaqueur ? En réalité, ni l’un ni l’autre. Il ne s’agit pas d’un procès à charge ou à décharge.

Christophe Barratier adapte le roman L’Engrenage : mémoires d’un trader de Jérôme Kerviel dont l’auteur est loin de s’encenser. Nous n’avons pas lu le roman, mais le film n’est pas tant consacré à l’affaire dite Kerviel qu’à l’itinéraire d’un homme depuis le mois d’août 2000, moment où la Société Générale l’engage au sein de la division banque d’investissement et de financement (SG CIB) à La Défense à Puteaux. Le film se termine avec sa mise à pied (son expulsion ?) le dimanche 20 janvier 2008. Que s’est-il passé durant ces sept années ?

Le réalisateur (et Jérome Kerviel ?) nous fait découvrir un univers (impitoyable), cloisonné, tout à la fois ouvert sur le monde, mais opaque et complètement replié sur lui-même. S’il y a des analogies avec The Wolf of Wall Street de Martin Scorsese le côté superficiel et brillant y est beaucoup moins présent. Questionné à ce sujet, Kerviel lui-même précise : prenait-il de la coke ? « Moi ? Non ». Sortait-il en boîte ? « Seulement le jeudi soir » ; Et les belles fringues ? « Pas plus que ça » ; ou un bel appartement ? « J’avais un petit deux-pièces à Neuilly », ou encore les belles bagnoles ? « Je n’ai pas de voiture, je prenais le métro »…

Le hasard du calendrier fait que le film sortira après un énième rebondissement de l’affaire Kerviel. Il y en aura probablement d’autres. Cependant nous ne pouvons que conseiller la vision du film, tant pour les questions qu’il soulève que pour le jeu des différents acteurs. La spirale infernale dans laquelle s’embarque Kerviel/Dupont propose un monde désincarné où le jeu devient jeu pour lui-même sans se rendre compte des conséquences (par exemple, celles qui font l’objet du film Money Monster sur le mode de la fiction). Ce monde est un jeu (de rôle ?) où tout se passe sur des écrans d’ordinateur et des tapis fictifs sous lesquels on cache de l’argent. La valeur des biens, du monde, des gains se mesure entre le pouce et l’index, au travers de la vitre d’une tour (infernale !). Un tour qui se situe hors du monde (un peu comme celle de Hight Rise de Ben Whetley) et sans plus aucun lien avec la réalité. Arthur Dupont incarne à merveille cet homme qui se dupe lui-même dans une impossible montée vers les sommets dont ceux qui l’ont sous leurs ordres ne sont pas dupes non plus. Un sommet que l’on veut gravir et atteindre en marchant sur des destinées humaines et qui se termine pas une fulgurante descente aux enfers. Plus que la destinée propre de Jérôme Kerviel, responsable sans l’être et probablement non coupable sinon d’avoir cru que les courbes financières se mesuraient à l’aune d’autres courbes, celles des détresses humaines et humanitaires le film nous fait découvrir la fragilité des systèmes financiers aux mains de quelques hommes qui font confiance à leurs malsaines intuitions, spéculations, encodées dans des programmes informatiques !

Outre Arthur Dupont et François-Xavier Demaison dans les rôles principaux, notons dans un second rôle, l’excellent Thomas Coumans, impérial dans celui de Mathieu Priester en relation avec Jérôme Kerviel et qui tentera de l’aider sans y parvenir, Thomas que nous avions reçu dans nos studios en mars dernier (le podcast de son interview ici). Pour être complet, un autre acteur belge, Benjamin Ramon, meilleur espoir masculin aux Magritte du cinéma 2016 est également au casting dans le rôle de Ben. Nous avions également reçu Benjamin (lien vers le podcast vers son interview).


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB

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