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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Jérôme Salle
L’odyssée
Sortie le 12 octobre 2016
Article mis en ligne le 24 septembre 2016
dernière modification le 17 octobre 2016

par Charles De Clercq
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Une odyssée fabuleuse. Une Calypso merveilleuse. Un casting malheureux : 56/100 !

Synopsis : 1948. Jacques-Yves Cousteau, sa femme et ses deux fils, vivent au paradis, dans une jolie maison surplombant la mer Méditerranée. Mais Cousteau ne rêve que d’aventure. Grâce à son invention, un scaphandre autonome qui permet de respirer sous l’eau, il a découvert un nouveau monde. Désormais, ce monde, il veut l’explorer. Et pour ça, il est prêt à tout sacrifier.

Acteurs : Lambert Wilson, Pierre Niney, Audrey Tautou.

 Une idole oubliée

Jérôme Salle quitte le domaine de la fiction et de l’action pour se consacrer à un biopic consacré à une « légende » des mers ; « le commandant Cousteau ». C’est non seulement une légende, mais c’est une « idole » qui a bercé l’enfance du réalisateur : « Cela me ramène à l’enfance... J’ai été élevé dans le sud de la France, mes parents avaient un voilier et nous naviguions dans les endroits où Cousteau a plongé en premier, entre les Embiez, Porquerolles, toutes ces îles du Var. Je garde aussi évidemment le souvenir de ses documentaires à la télé. Dès le départ, ce personnage et son œuvre étaient liés à ma propre vie… ». Toutefois, les idoles peuvent tomber de leur piédestal ! Ainsi, lorsque votre fils ne connait rien de cette histoire : « Tout part d’un de mes enfants. Je me retrouve à parler de Cousteau à la maison et je m’aperçois que mon fils ne voit absolument pas de qui je parle. Il ne connaissait rien, ni les films, ni la Calypso, ni les bonnets rouges de l’équipage ! C’était incroyable car pour les gens de ma génération, le commandant Cousteau c’était un peu Jésus Christ, l’un des hommes les plus connus au monde... En discutant autour de moi, j’ai réalisé qu’il était en train de tomber complètement dans l’oubli pour les moins de 20 ans, voire les moins de 30 ans. »

 Une légende à raconter

C’est donc cette idole que Salle veut montrer à la fois à une génération qui la connaît et à d’autres pour qui ce nom ne dit (presque) rien. Et l’on ne peut donc que louer le réalisateur de n’avoir pas fait une hagiographie du commandant Cousteau. Ce n’est donc pas un plaidoyer pour un procès en béatification ! C’est que les aspérités du personnage, ses zones de lumière, mais aussi celles d’ombre sont transmises dans le film. Ainsi on n’évacue pas le côté coureur de jupons ni non plus les compromis voire les compromissions avec l’industrie pétrolière. Le côté homme d’affaires magouilleur parfois qui est montré et il est possible que si cela se passait à notre époque, cela puisse se terminer devant les tribunaux. C’est donc un « biopic » tout en nuances et l’on comprend que celui-ci est en ouverture du neuvième Festival du film francophone d’Angoulême le 23 août dernier et vienne d’être projeté en clôture du 64e Festival international du film de Saint-Sébastien, ce 24 septembre. Plus que la narration d’une légende, ce serait ou c’est aussi l’adaptation d’un roman, de l’explorateur Albert Falco, Capitaine De La Calypso (interprété à l’écran par Vincent Heneine.

 Un biopic « à la Ushuaïa »

Le film est un hommage au commandant, mais il met aussi en vedettes le scaphandre autonome, les caméras de plongée sous-marine, mais surtout La Calyspo. Le navire est à lui seul un des personnages du film qui nous montre que sa remise en état est tributaire de l’engagement financier de Simone, l’épouse de Jacques-Yves Cousteau. La nature marine est également de mise, de façon quasiment documentaire, même s’il a fallu pallier la carence de la faune de façon « informatique », de nombreux poissons ayant disparu en soixante ans. De même le tournage n’a pu se faire en Antarctique car on ne peut plus y faire naviguer des navires avec une coque en bois. Si, en l’occurrence le film lui ne fait pas dans la langue de bois, s’il montre des côtés sombres et détestables du célèbre navigateur, s’il nous fait découvrir la lente, mais véritable conversion de l’homme au bonnet rouge, le film ne nous a pas séduit.

 Un problème de casting !

L’odyssée débute quasiment par la fin, la mort de Philippe. Très curieusement, le réalisateur nous la montre par noyade dans la carlingue de son hydravion alors qu’il a été broyé par son hélice. C’est Pierre Niney qui interprète Philippe adulte et il est probablement l’acteur qui est le plus convaincant dans l’ensemble du casting. C’est justement ce qui est le plus problématique dans le film : ses acteurs. Si Lambert Wilson arrive à donner le change avec son faux accent français pour donner crédit au commandant s’exprimant en anglais, en revanche le corps n’y est pas malgré l’intense préparation physique de l’acteur. Et le spectateur voit surtout Lambert Wilson qui, à son corps défendant, écrase, ou plutôt noie totalement le personnage qu’il incarne. Mais plus grave encore, ce qui nuit à la crédibilité, c’est d’avoir fait jouer par les mêmes acteurs trente ans de la vie de leurs rôles. Le même problème se pose d’ailleurs dans un autre film français, Une vie de Stéphane Brizé. S’agissant dans cette adaptation de Maupassant, le réalisateur est bien forcé de faire jouer le fils de l’héroïne, Julien, enfant, adolescent et adulte par des acteurs différents. Ici, Jérôme Salle fait de même pour les enfants de Cousteau. Il ne le fait pas pour des adultes. Hélas, le grimage ou maquillage ne fonctionne pas vraiment, contrairement à celui d’Eternité de Tran Anh Hung, réalisé en superposant des peaux âgées de façon informatique sur le vrai visage des acteurs. Pedro Almodóvar, un réalisateur on ne peut plus chevronné, avait fait le choix de faire jouer un même rôle par deux actrices dans Julieta. Il aurait peut-être été préférable de faire de même pour cette odyssée et cela d’abord pour Lambert Wilson (Jacques-Yves Cousteau) et surtout pour Audrey Tautou (Simone Cousteau) et Vincent Heneine (Albert « Bebert » Falco). Cela n’empêche pas de conseiller la vision du film pour découvrir une légende derrière l’odyssée, les ambiguïtés du commandant sous son bonnet rouge, ses éternels « ennuis » financiers, la relation avec les pétroliers, avec ses enfants, la mer, la mère de ses enfants, les femmes surtout.

Outre ce malheureux problème de casting, le film peine à s’installer et à présenter les protagonistes. Paradoxalement c’est trop long et donne un goût de trop peu. Ce que l’on retiendra surtout du film, c’est la relation entre le commandant et le fils Philippe (ici Pierre Niney tire vraiment bien son épingle du jeu), à la fois au plan personnel, mais plus encore sur celui de la prise de conscience des enjeux éthiques et écologiques. Prise de conscience par Pierre-Yves Cousteau certes, mais qui doit être la nôtre plus que jamais et c’est probablement la plus importante raison et motivation de découvrir ce film.

 Photos et bande-annnonce :


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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